Bible-Centre

Lectures orthodoxes pour le 10 décembre 2009

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Timothée, Chapitre 6,  vers 17-21

17 Portrait du riche chrétien., 20 Adjuration finale et salutation.
17 Aux riches de ce monde, recommande de ne pas juger de haut, de ne pas placer leur confiance en des richesses précaires, mais en Dieu qui nous pourvoit largement de tout, afin que nous en jouissions.
18 Qu’ils fassent le bien, s’enrichissent de belles œuvres, donnent de bon cœur, sachent partager ;
19 de cette manière, ils s’amassent pour l’avenir un solide capital, avec lequel ils pourront acquérir la vie véritable.
20 Ô Timothée, garde le dépôt. Évite les discours creux et impies, les objections d’une pseudo-science.
21 Pour l’avoir professée, certains se sont écartés de la foi. La grâce soit avec vous !
Notes:
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17 x) Var. (Vulg.) « dans le Dieu vivant ».


20 y) Le « dépôt » est une idée importante des Pastorales, 2 Tm 1.12, 14. Son contenu est celui de la foi, 4.6 ; 2 Tm 1.13 ; Tt 1.9, ou de la tradition, 2 Th 2.15 ; 3.6, mais la notion est d’origine juridique et accentue, chez le dépositaire, le devoir de conserver puis de rendre ou de transmettre intact le dépôt qui lui a été confié. Cf. « garde ce que tu as », Ap 2.25 ; 3.11.


20 z) Cette pseudo-science, « prétendue gnose », sera aussi celle que réfutera un jour Irénée.


21 a) Var. (Vulg.) « avec toi ». Add. (Vulg.) « Amen ».


Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.

Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.

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Luc, Chapitre 18,  vers 31-34

IV. La montée vers Jérusalem> 31 Troisième annonce de la Passion.
31 Prenant avec lui les Douze, il leur dit : « Voici que nous montons à Jérusalem et que s’accomplira tout ce qui a été écrit par les Prophètes pour le Fils de l’homme.
32 Il sera en effet livré aux païens, bafoué, outragé, couvert de crachats ;
33 après l’avoir flagellé, ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera. »
34 Et eux ne saisirent rien de tout cela ; cette parole leur demeurait cachée, et ils ne comprenaient pas ce qu’il disait.
Lire la suite:Luc, Chapitre 18
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

31 z) Luc affirme à maintes reprises que la Passion a été prédite par les Prophètes 24.25, 27, 44 ; Ac 2.23 ; 3.18, 24 ; 8.32-35 ; 13.27 ; 26.22s.


Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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