L'excentricité d'un tel comportement peut troubler. Il est impossible d'imaginer une personne saine d'esprit qui se met volontairement à genoux devant quelqu'un, et de telle sorte que cela ne se voie même pas, sans rien exiger et sans rien demander. Sans retenir ses larmes, voyant qu'elles tombent par hasard sur les pieds, elle les essuie avec ses cheveux, puis elle baise ces pieds usés par la route et les arrose d'un parfum très précieux. Qu'est-ce donc : folie, sensibilité excessive ? La retenue nous joue un mauvais tour. Il est difficile de contenir en soi la conscience de la divino-humanité du Christ. Mais nous essayons de nous protéger de ce fait aussi par la bonne éducation, le bon sens et la bienséance. Il est plus facile de vivre l'idée que Dieu est un Maître lointain, incompréhensible et tout-puissant que de prendre conscience qu'Il est à la fois Dieu et Homme. Si l'on comprend ne serait-ce qu'une seconde qu'on peut toucher Sa main et en sentir la chaleur, il devient impossible de se retenir. Voici notre Dieu : Il est assis à côté, à table ; Il dit quelque chose, Il mange, Il est fatigué par la route. Il n'est pas là-bas, loin dans les nuages, au milieu de l'éclat de la lumière. Il est ici, à portée de main. Il est impossible de renoncer à la possibilité de Le toucher ; mais spontanément, on tombe à genoux et on Lui baise les pieds.