Bible-Centre

La Bible pour les débutants pour le 30 juin 2009

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 6

I. Oracles contre Juda et Jérusalem> 1 Encore l’invasion.
Fuyez, gens de Benjamin,
du milieu de Jérusalem !
À Téqoa sonnez du cor !
Sur Bet-ha-Kérem dressez un signal !
Car du Nord survient un malheur,
un grand désastre.
La belle, la délicate,
je la détruis, la fille de Sion !
Vers elle arrivent des pasteurs
avec leurs troupeaux !
Tout autour d’elle ils ont dressé des tentes,
chacun broute sa part.
Préparez contre elle le saint combat !
Debout ! Montons à l’assaut en plein midi !
Malheur à nous ! déjà le jour décline,
les ombres du soir s’allongent.
Debout ! Montons de nuit à l’assaut,
que nous détruisions ses palais !
Car ainsi parle Yahvé Sabaot :
Abattez des arbres,
devant Jérusalem, construisez une levée :
c’est la ville qui va recevoir ma visite,
elle en qui il n’y a qu’oppression.
Comme un puits qui fait sourdre son eau,
ainsi fait-elle sourdre sa méchanceté.
Violence et dévastation, voilà ce qu’on y entend ;
devant moi, constamment, maladies et blessures.
Corrige-toi, Jérusalem,
sinon mon âme se détournera de toi,
sinon je te réduirai en solitude,
en pays inhabité.
Ainsi parle Yahvé Sabaot :
On va grappiller, grappiller comme sur une vigne, ce qui reste d’Israël ;
repasse la main, comme le vendangeur
sur les pampres !
10 — À qui dois-je parler, devant qui témoigner
pour qu’ils écoutent ?
Voici : leur oreille est incirconcise,
ils ne peuvent pas être attentifs.
Voici : la parole de Yahvé leur est un objet de raillerie,
ils n’y ont plus goût.
11 Je suis rempli de la colère de Yahvé,
je suis las de la contenir !
— Déverse-la donc sur l’enfant dans la rue,
et aussi sur les réunions des jeunes gens.
Ils seront pris, le mari comme la femme
et le vieillard, l’homme plein de jours.
12 Leurs maisons passeront à d’autres,
leurs champs et leurs femmes ensemble.
Oui, j’étendrai la main
sur les habitants de ce pays — oracle de Yahvé !
13 Car du plus petit au plus grand,
tous sont avides de rapine ;
prophète comme prêtre,
tous ils pratiquent le mensonge.
14 Ils pansent à la légère la blessure de mon peuple
en disant : « Paix ! Paix ! »
alors qu’il n’y a point de paix.
15 Les voilà dans la honte pour leurs actes abominables,
mais déjà ils ne sentent plus la honte,
ils ne savent même plus rougir.
Aussi tomberont-ils parmi ceux qui tombent,
ils trébucheront quand je les visiterai,
dit Yahvé.
16 Ainsi parle Yahvé :
Arrêtez-vous sur les routes et voyez,
renseignez-vous sur les chemins de jadis :
quelle était la voie du bien ? Suivez-la
et vous trouverez le repos pour vos âmes.
Mais ils ont dit : « Nous ne la suivrons pas ! »
17 Je vous ai installé des guetteurs :
« Attention au signal du cor ! »
Mais ils ont dit : « Nous n’y prêterons pas attention ! »
18 Alors, nations, écoutez,
assemblée, connais ce qui va leur arriver !
19 Terre, écoute !
Voici que j’amène un malheur sur ce peuple-là :
c’est le fruit de leurs pensées,
car ils n’ont pas fait attention à mes paroles
et ils ont méprisé ma loi.
20 Que m’importe l’encens importé de Sheba,
le roseau odorant qui vient d’un lointain pays ?
Vos holocaustes ne me plaisent pas,
vos sacrifices ne m’agréent pas.
21 C’est pourquoi, ainsi parle Yahvé :
Voici, je vais dresser devant ce peuple
des obstacles où ils trébucheront.
Père et fils, tous ensemble,
voisin et ami, ils périront.
22 Ainsi parle Yahvé :
Voici qu’un peuple arrive du Nord,
une grande nation se lève des confins de la terre ;
23 ils tiennent fermement l’arc et le javelot,
ils sont barbares et impitoyables ;
leur bruit est comme le mugissement de la mer ;
ils montent des chevaux,
ils sont prêts à combattre comme un seul homme
contre toi, fille de Sion.
24 Nous avons appris la nouvelle,
nos mains ont défailli,
l’angoisse nous a pris,
une douleur comme pour celle qui enfante.
25 Ne sortez pas dans la campagne,
ne vous risquez pas sur les routes,
car l’ennemi porte l’épée :
terreur de tous côtés !
26 Fille de mon peuple, revêts le sac,
roule-toi dans la cendre,
fais un deuil comme pour un fils unique,
une lamentation amère,
car soudain il arrive
sur nous, le dévastateur.
27 Je t’ai établi comme celui qui éprouve mon peuple,
pour que tu connaisses et éprouves leur conduite.
28 Tous, ils sont totalement rebelles,
semeurs de calomnies,
durs comme bronze et fer,
ce sont tous des destructeurs.
29 Le soufflet est haletant,
pour que le plomb soit dévoré par le feu.
Vainement le fondeur s’emploie à
fondre,
les scories ne se détachent point.
30 « Argent de rebut », voilà comme on les nomme !
Oui, Yahvé les a mis au rebut !
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 7
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 w) Les Benjaminites installés au nord de Juda sont peut-être censés s’être réfugiés à Jérusalem. — Téqoa, patrie d’Amos, à 8 km au sud de Bethléem ; Bet-ha-Kérem, cf. Ne 3.14, est de localisation incertaine ; peut-être Ramat Rahel, à 5 km au sud de Jérusalem.


4 x) Littéralement « sanctifiez contre elle la guerre », celle-ci ayant été jusque-là considérée comme un devoir sacré, cf. de même 22.7. Mais, malgré le vocabulaire, on est à l’opposé de l’idéal de la guerre sainte dans laquelle Yahvé combat avec son peuple, cf. Dt 1.30 ; 20.4 ; Isa 31.4, ou au moins, contre ses ennemis, Isa 13.3. Pour Jérémie, la guerre n’est plus un acte religieux, car Yahvé a quitté le camp d’Israël qu’il a décidé de châtier, cf. 21.5 ; 34.22.


6 y) La « visite » de Dieu, soit pour délivrer, 15.15 ; Ex 3.16 ; Lc 1.68 ; soit pour livrer au châtiment, 6.15 ; 8.12 ; 9.24, cf. Isa 10.3, etc.


9 z) Le « reste d’Israël », ici comme en 8.3, n’est pas encore une expression technique. Elle le sera en 23.3 et 31.7, pour désigner le peuple fidèle, bénéficiaire du salut. Cf. Isa 4.3.


10 a) Jérémie, invité à recueillir les restes, déclare, aux vv. 10-11a, ne plus trouver d’auditeurs attentifs. Dieu lui répond.


14 b) Promesses mensongères des faux prophètes, cf. 4.10, avec qui Jérémie entrera en conflit violent par ses annonces de malheur. Eux annoncent la « paix » (shalôm), mot qui exprime non seulement l’absence de danger extérieur (sens qui apparaît au premier plan à l’époque de Jérémie), mais tout un idéal de bonheur dans la prospérité individuelle et collective, dans les bons rapports avec Dieu et dans l’harmonie sociale. C’est l’idéal que doit réaliser la paix messianique, cf. Isa 11.6.


16 c) Tantôt ceux des ancêtres pécheurs, Jb 22.15, tantôt, comme ici, ceux des ancêtres fidèles, cf. 18.15 ; Ps 139.14.


20 d) Ou Saba, 1 R 10.1.


27 e) L’hébr. ajoute « (comme une) forteresse » le mot de 1.18.


28 f) Littéralement « (ils sont) bronze et fer ».


29 g) Comparaison tirée du raffinage des métaux et ici spécialement du traitement de la galène, dont il faut extraire séparément plomb et argent. Mais Israël, pourtant mis au creuset de l’épreuve, ne se purifie pas.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

Réduire

Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.

Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.