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Lecture en trois ans pour le 4 septembre 2008

La Bible de Jérusalem (fr)

Ezéchiel, Chapitre 30

II. Oracles contre les nations i> 1 Le jour de Yahvé contre l’Égypte.
La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
Fils d’homme, prophétise et dis : Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Poussez des cris : « Ah ! Quel jour ! »
Car le jour est proche, il est proche le jour de Yahvé ; ce sera un jour chargé de nuages, ce sera le temps des nations.
L’épée viendra en Égypte, l’angoisse au pays de Kush, quand les morts tomberont en Égypte, quand on emportera ses richesses et que ses fondements seront renversés.
Kush, Put et Lud, toute l’Arabie, Kub et les fils du pays de l’Alliance tomberont avec eux par l’épée.
Ainsi parle Yahvé.
Ils tomberont, les appuis de l’Égypte ; il croulera l’orgueil de sa force : de Migdol à Syène, on y tombera par l’épée, oracle du Seigneur Yahvé.
Ils seront dévastés au milieu de pays dévastés, ses villes seront au milieu de villes détruites.
Et ils sauront que je suis Yahvé, quand je mettrai le feu à l’Égypte et que se briseront tous ses soutiens.
Ce jour-là, les messagers que j’enverrai partiront sur des bateaux pour troubler Kush dans sa sécurité. L’angoisse se répandra chez ses habitants, au jour de l’Égypte — oui ! la voici qui vient !
10 Ainsi parle le Seigneur Yahvé : J’anéantirai la multitude de l’Égypte, par la main de Nabuchodonosor, roi de Babylone.
11 Lui et son peuple avec lui, la plus barbare des nations, seront amenés pour ravager le pays. Ils tireront l’épée contre l’Égypte et rempliront le pays de cadavres.
12 Je mettrai les Nils à sec, je vendrai le pays à des méchants. Je dévasterai le pays et ce qu’il renferme par la main d’étrangers. Moi, Yahvé, j’ai parlé.
13 Ainsi parle le Seigneur Yahvé :
J’anéantirai les ordures, j’ôterai de Noph les faux dieux. Il n’y aura plus de prince au pays d’Égypte. Je répandrai la crainte au pays d’Égypte.
14 Je dévasterai Patros, je mettrai le feu à Çoân, je ferai justice de No.
15 Je déverserai ma fureur sur Sîn, la forteresse de l’Égypte ; j’exterminerai la multitude de No.
16 Je mettrai le feu à l’Égypte, Sîn sera pris de convulsions, à No, on ouvrira une brèche et les eaux se répandront.
17 Les jeunes gens de On et de Pi-Bésèt tomberont par l’épée et les villes elles-mêmes iront en captivité.
18 À Tahpanhès, le jour deviendra ténèbres quand j’y briserai les sceptres de l’Égypte et que l’orgueil de sa force prendra fin. Quant à elle, un nuage la couvrira et ses filles iront en captivité.
19 C’est ainsi que je ferai justice de l’Égypte, et l’on saura que je suis Yahvé.
20 La onzième année, au premier mois, le sept du mois, la parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
21 Fils d’homme, j’ai brisé le bras de Pharaon, roi d’Égypte, et voici que nul n’a pansé sa blessure en y appliquant des remèdes, en y mettant un bandage et en le pansant pour qu’il retrouve la force de manier l’épée.
22 C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Yahvé. Voici que je me déclare contre Pharaon, roi d’Égypte ; je lui briserai les bras, celui qui est valide et celui qui est brisé, et je ferai tomber l’épée de sa main.
23 Je disséminerai l’Égypte parmi les nations, je la disperserai dans les pays.
24 Je fortifierai les bras du roi de Babylone et je mettrai mon épée dans sa main. Je briserai les bras de Pharaon et celui-ci poussera devant son ennemi des gémissements de mourant.
25 Je fortifierai les bras du roi de Babylone, mais les bras de Pharaon tomberont. Et l’on saura que je suis Yahvé, quand je mettrai mon épée dans les mains du roi de Babylone et qu’il la brandira contre le pays d’Égypte.
26 Je disséminerai les Égyptiens parmi les nations, je les disperserai dans les pays, et l’on saura que je suis Yahvé.
Lire la suite:Ezéchiel, Chapitre 31
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 i) Cet oracle est un complément, peut-être tardif, à l’oracle du chap. 29.


5 j) « l’Arabie », en lisant ha`arab (avec syr. ; Aq. Sym.) au lieu de ha`ereb, « l’union ». — Kub est inconnu, et il faut peut-être lire Lub (avec grec), c’est-à-dire la Libye.


13 k) Noph est Memphis, en Basse-Égypte. Patros cf. 29.14. Çoân est Tanis, ville du Delta. No est Thèbes, capitale de la Haute-Égypte, cf. Jr 46.25. Sîn est une forteresse du Delta. On est Héliopolis, Pi-Bésèt est Bubaste, deux villes de Basse-Égypte. Tahpanhès est une ville frontière à l’est du Delta.


16 l) « et les eaux se répandront » wenaphôçû mayim d’après grec ; « et Noph, les ennemis de leur jour » (?) wenôph çarê yômam hébr.


20 m) Mars-avril 587.


21 n) L’Égypte tenta d’intervenir pour faire lever le siège de Jérusalem, mais elle échoua, cf. Jr 37.5-8.


22 o) Annonce d’une nouvelle défaite, qui détruira le reste des forces de l’Égypte.


À la différence du livre de Jérémie, celui d’Ézéchiel se présente comme un tout bien ordonné. Après une introduction, 1.3, où le prophète reçoit de Dieu sa mission, le corps du livre se divise clairement en quatre parties : 1° les chap. 4-24 contiennent presque uniquement des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem ; 2° les chap. 25-32 Sont des oracles contre les nations, où le prophète étend la malédiction divine aux complices et aux provocateurs de la nation infidèle ; 3° dans les chap. 33-39, pendant et après le siège, le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur ; 4° il prévoit enfin, chap. 40-48, le statut politique et religieux de la communauté future, rétablie en Palestine.

Cependant, cette logique de la composition dissimule de sérieuses failles. Il y a de nombreux doublets, ainsi 3.17-21 = 33.7-9 ; 8.25-29 = 33.17-20, etc. Les indications sur le mutisme dont Ézéchiel est frappé par Dieu, 3.26 ; 24.27 ; 33.22, sont séparées par de longs discours. La vision du char divin, 1.4 – 3.15, est interrompue par celle du livre, 2.1 – 3.9. De même, la description des péchés de Jérusalem, 11.1-21, fait suite au chap. 8 et coupe manifestement le récit du départ du char divin qui, de 10.22, se continue en 11.22. Les dates données dans les chap. 26-33 ne se suivent pas. Ces maladresses sont difficilement imputables à un auteur écrivant son ouvrage d’un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’elles sont le fait de disciples travaillant sur des écrits ou des souvenirs, les combinant et les complétant. Le livre d’Ézéchiel a donc eu, dans une certaine mesure, le sort des autres livres prophétiques. Mais l’égalité de la forme et de la doctrine nous assure que ces disciples nous ont gardé fidèlement la pensée et, généralement, la parole même de leur maître. Leur travail rédactionnel est surtout sensible dans la dernière partie du livre, 40-48, dont le noyau remonte cependant à Ézéchiel lui-même.

D’après l’état actuel, Ézéchiel a exercé toute son activité parmi les exilés de Babylonie entre 593 et 571, les dates extrêmes données par le texte, 1.2 et 29.17. On s’est étonné que, dans ces conditions, les oracles de la première partie paraissent adressés aux habitants de Jérusalem et que parfois Ézéchiel ait l’air d’être corporellement présent dans la ville, surtout 11.13. On a donc émis l’hypothèse d’un double ministère d’Ézéchiel : il serait resté en Palestine et y aurait prêché jusqu’après la ruine de Jérusalem en 587. C’est seulement alors qu’il aurait rejoint les captifs de Babylonie. La vision du rouleau en 2.1–3.9 marquerait la vocation du prophète en Palestine, celle du char divin, 1.4-28 et 3.10-15, marquerait l’arrivée chez les exilés. Le transfert de cette vision au début du livre en aurait changé toute la perspective. Cette hypothèse sert à répondre à certaines difficultés, mais elle en soulève d’autres. Elle entraîne de sérieux remaniements du texte, elle doit admettre que, même pendant son ministère « palestinien », Ézéchiel vivait ordinairement en dehors de la ville, puisqu’il y est « transporté », 8.3, et il est curieux que, si Ézéchiel et Jérémie ont prêché ensemble à Jérusalem, ni l’un ni l’autre ne fasse allusion au ministère de son confrère. D’autre part, les difficultés de la thèse traditionnelle ne doivent pas être exagérées : les reproches adressés aux gens de Jérusalem servaient de leçon aux exilés et, lorsque Ézéchiel paraît être dans la Ville Sainte, le texte dit explicitement qu’il y est transporté « en vision », 8.3, comme il en est ramené « en vision », 11.24. L’hypothèse d’un double ministère ne garde que peu de partisans.

Quelle que soit la solution adoptée, la même grande figure se dégage du livre. Ézéchiel est un prêtre, 1.3. Le Temple est sa préoccupation majeure, qu’il s’agisse du Temple présent qui est souillé par des rites impurs, 8, et que quitte la Gloire de Yahvé, 10, ou du Temple futur, dont il décrit minutieusement le plan, 40-42, et où il voit revenir Dieu, 43. Il a le culte de la Loi et, dans son histoire des infidélités d’Israël, 20, le reproche d’avoir « profané les sabbats » revient comme un refrain. Il a horreur des impuretés légales, 4.14, et un grand souci de séparer le sacré du profane, 45.1-6. En qualité de prêtre, il réglait des cas de droit ou de morale, et son enseignement prend de ce fait un tour casuistique, 18. Sa pensée et son vocabulaire s’apparentent à la Loi de Sainteté, Lv 17-26. Cependant on ne peut démontrer ni qu’il s’en soit inspiré ni que la Loi de Sainteté dépende de lui, et les contacts les plus frappants se trouvent dans des passages rédactionnels. Il reste que les deux ensembles ont été transmis dans des milieux de pensée très voisins. L’œuvre d’Ézéchiel s’intègre au courant « sacerdotal » comme celle de Jérémie appartenait au courant « deutéronomiste ».

Mais ce prêtre est aussi un prophète d’action. Plus qu’aucun autre, il a multiplié les gestes symboliques. Il mime le siège de Jérusalem, 4.1 – 5.4, le départ des émigrants, 12.1-7, le roi de Babylone à la croisée des chemins, 21.23s, l’union de Juda et d’Israël, Ez 37.15s. Jusque dans les épreuves personnelles que Dieu lui envoie, il est un « signe » pour Israël, 24.24, comme avaient été Osée, Isaïe et Jérémie. Mais la complexité de ses actions symboliques contraste avec la simplicité des gestes de ses prédécesseurs.

Ézéchiel est surtout un visionnaire. Son livre ne contient que quatre visions proprement dites, mais elles occupent une place considérable : 1-3 ; 8-11 ; 37 ; 40-48. Elles ouvrent un monde fantastique : les quatre animaux du char de Yahvé, la sarabande cultuelle du Temple avec son grouillement de bêtes et d’idoles, la plaine d’ossements qui s’animent, un Temple futur dessiné comme sur un plan d’architecte, d’où jaillit un fleuve de rêve dans une géographie utopique. Ce pouvoir d’imaginer s’étend aux tableaux allégoriques que trace le prophète : les deux sœurs Ohola et Oholiba, 23, le Naufrage de Tyr, 27, le Pharaon-Crocodile, 29 et 32, l’Arbre Géant, 31, la Descente aux Enfers, 32.

En contraste avec cette puissance visuelle, peut-être comme sa rançon et comme si l’intensité des images étouffait l’expression, le style d’Ézéchiel est monotone et gris, froid et dilué, d’une indigence rare quand on le compare à celui des grands classiques, à la pureté vigoureuse d’Isaïe, à la chaleur émouvante de Jérémie. L’art d’Ézéchiel vaut par ses dimensions et son relief, qui créent comme une atmosphère d’horreur sacrée devant le mystère du divin.

On voit que, si par bien des traits Ézéchiel se relie à ses prédécesseurs, il ouvre néanmoins une voie nouvelle. Et cela est vrai aussi de sa doctrine. Ézéchiel rompt avec le passé de sa nation. Le souvenir des promesses faites aux Pères et de l’Alliance conclue au Sinaï apparaît sporadiquement mais, si Dieu a sauvé jusqu’ici son peuple souillé dès sa naissance, 16.3s, ce n’est pas pour accomplir les promesses, c’est pour défendre l’honneur de son nom, 20 ; s’il doit remplacer l’Alliance ancienne par une Alliance éternelle, 16.60 ; 37.26s, ce n’est pas en récompense d’un « retour » du peuple vers lui, c’est par une bienveillance pure, nous dirions une grâce prévenante, et le repentir viendra après, 16.62-63. Le messianisme d’Ézéchiel, d’ailleurs peu exprimé, n’est plus royal et glorieux : il annonce bien un futur David mais celui-ci ne sera que le « berger » de son peuple, 34.23 ; 37.24, un « prince », 24.24, et non plus un roi, pour lequel il n’y a pas de place dans la vision théocratique de l’avenir, 45.7s. Il rompt avec la tradition de la solidarité dans le châtiment et affirme le principe de la rétribution individuelle, 18 ; cf. 33. Solution théologique provisoire qui, trop souvent contredite par les faits, conduira lentement à l’idée d’une rétribution outre-tombe. Prêtre si attaché à son Temple, il rompt, comme avait déjà fait Jérémie, avec l’idée que Dieu est lié à son sanctuaire. En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal qui étaient restés souvent opposés : les rites – qui subsistent – sont valorisés par les sentiments qui les inspirent. Toute la doctrine d’Ézéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur : il faut se faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, 18.31, ou plutôt Dieu lui-même donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau », et mettra dans l’homme un esprit « nouveau », 11.19 ; 36.26. Comme pour la bienveillance divine qui prévient le repentir, on est ici au seuil de la théologie de la grâce, que développeront saint Jean et saint Paul.

Cette spiritualisation de toutes les données religieuses est le grand apport d’Ézéchiel. Quand on l’appelle le père du Judaïsme, on se réfère souvent à son souci de séparation du profane, de pureté légale, à ses minuties rituelles, et l’on pense aux Pharisiens. Cela est tout à fait injuste : Ézéchiel, comme Jérémie mais d’une autre manière, est à l’origine du courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme et débouche dans le Nouveau Testament. Jésus est le Bon Pasteur qu’Ézéchiel avait annoncé et il a inauguré le culte en esprit que celui-ci avait appelé.

Par un autre de ses aspects, Ézéchiel est à l’origine du courant apocalyptique. Ses visions grandioses préludent à celles de Daniel et il n’est pas étonnant que dans l’Apocalypse de saint Jean on retrouve si souvent son influence.

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