La lecture d'aujourd'hui nous propose la parabole du bon Samaritain, bien connue de tout lecteur de l'Évangile (v. 25-37). Cette parabole est souvent comprise comme un simple appel à faire preuve de miséricorde envers chacun, indépendamment du statut social, de l'appartenance religieuse et de tout ce qui sépare si souvent les hommes. Pourtant, la situation décrite dans la parabole n'est pas si simple. La question posée par le « légiste », probablement un enseignant de la Torah, était : « Qui est mon prochain ? » Dans le langage moderne, on parle généralement en ce sens des « nôtres » et des « étrangers ». L'interlocuteur de Jésus comprend manifestement le « prochain » précisément ainsi : qui est « des miens » ? Je ne peux tout de même pas aimer chaque personne que je rencontre !
Sans lui répondre directement, Jésus raconte une parabole sur un homme pieux qui avait, selon toute apparence, souffert aux mains des Samaritains sur le chemin qui menait de Jérusalem vers sa région natale (v. 33). À cette époque, la route de la Galilée à la Judée passait par Jéricho, et les Juifs en pèlerinage à Jérusalem devaient traverser la Samarie, dont les habitants leur étaient généralement extrêmement hostiles. Très probablement, ce sont eux qui ont attaqué le voyageur solitaire. La situation devint tout à fait incroyable : les compatriotes et coreligionnaires de l'homme battu passèrent à côté de lui (v. 31-32), tandis que l'aide vint de celui dont on pouvait le moins l'attendre, un Samaritain (v. 33-35). Ainsi, les siens devinrent des étrangers et l'étranger devint l'un des siens.
Il ne s'agit pas ici de l'aide en tant que telle, ni même de la miséricorde. Il s'agit des relations, sans lesquelles il n'y a pas de Royaume : celles des hommes avec Dieu et entre eux. Tel est le sens du commandement que l'interlocuteur de Jésus connaissait parfaitement (v. 25-28). Or les relations du Royaume ne peuvent ni ne doivent être conditionnées ou limitées par quoi que ce soit : elles sont inconditionnelles et absolues, sinon il ne saurait être question du Royaume. En racontant Sa parabole, Jésus a appelé Son interlocuteur à construire ses relations avec chacun comme s'ils demeuraient déjà dans le Royaume ; autrement, le chemin qui y mène ne s'ouvrira jamais.
