Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 24 juin 2008

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Chroniques, Chapitre 25

IV. Les premières réformes de la monarchie> 1 6. DEMI-PIÉTÉ ET DEMI-SUCCÈS D’AMASIAS, OZIAS ET YOTAM, 1 Avènement d’Amasias., 5 Guerre contre Édom., 17 Guerre contre Israël., 25 Fin du règne.
1 Amasias devint roi à l’âge de vingt-cinq ans et régna vingt-neuf ans à Jérusalem. Sa mère s’appelait Yehoaddân, et était de Jérusalem.
2 Il fit ce qui est agréable à Yahvé, non pas pourtant d’un cœur sans défaillance.
3 Lorsque le royaume se fut affermi sous son gouvernement, il mit à mort ceux de ses officiers qui avaient tué le roi son père.
4 Mais il ne fit pas mourir leurs fils, car il est écrit dans la Loi, dans le livre de Moïse, que Yahvé a prescrit : Les pères ne seront pas mis à mort pour les fils et les fils ne seront pas mis à mort pour les pères, mais chacun sera mis à mort pour son propre crime.
5 Amasias réunit les Judéens et les constitua en familles avec officiers de milliers et de centaines pour tout Juda et Benjamin. Il recensa ceux qui avaient vingt ans et plus et il en trouva trois cent mille, hommes d’élite aptes à faire campagne, la lance et le bouclier au poing.
6 Il enrôla ensuite comme mercenaires, pour cent talents d’argent, cent mille preux vaillants d’Israël.
7 Un homme de Dieu vint alors le trouver et lui dit : « Ô Roi, il ne faut pas que les troupes d’Israël viennent se joindre à toi, car Yahvé n’est ni avec Israël ni avec aucun des Éphraïmites.
8 Car s’ils viennent, tu auras beau agir et combattre vaillamment, Dieu ne t’en fera pas moins trébucher devant tes ennemis, car c’est en Dieu qu’est le pouvoir de soutenir et d’abattre. »
9 Amasias répondit à l’homme de Dieu : « Quoi ! Et les cent talents que j’ai donnés à la troupe d’Israélites ! » — « Yahvé a de quoi te donner beaucoup plus que cela », dit l’homme de Dieu.
10 Amasias détacha alors de la sienne la troupe qui lui était venue d’Éphraïm et la renvoya chez elle ; ces gens furent très excités contre Juda et retournèrent chez eux fort en colère.
11 Amasias se décida à partir à la tête de ses troupes, il gagna la vallée du Sel et battit dix mille fils de Séïr.
12 Les Judéens emmenèrent vivants dix mille captifs qu’ils conduisirent au sommet de la Roche, d’où ils les précipitèrent ; tous s’écrasèrent.
13 Quant à la troupe qu’avait congédiée Amasias au lieu de l’emmener combattre avec lui, elle envahit les villes de Juda, de Samarie à Bet-Horôn, battit une troupe de trois milliers et fit un grand pillage.
14 Une fois rentré de sa campagne victorieuse contre les Édomites, Amasias introduisit les dieux des fils de Séïr, en fit ses dieux, se prosterna devant eux et les encensa.
15 La colère de Yahvé s’enflamma contre Amasias, il lui envoya un prophète qui lui dit : « Pourquoi recherches-tu les dieux de ce peuple, qui n’ont pu le sauver de ta main ? »
16 Il lui parlait encore qu’Amasias l’interrompit : « T’avons-nous nommé conseiller du roi ? Arrête-toi, si tu ne veux pas qu’on te frappe. » Le prophète s’arrêta, puis il dit : « Je sais que Dieu a tenu conseil pour ta perte, puisque tu as agi ainsi et que tu n’as pas écouté mon conseil. »
17 Après avoir tenu conseil, Amasias, roi de Juda, envoya dire à Joas, fils de Joachaz, fils de Jéhu, roi d’Israël : « Viens et mesurons-nous ! »
18 Joas, roi d’Israël, retourna ce message à Amasias, roi de Juda : « Le chardon du Liban manda ceci au cèdre du Liban : « Donne ta fille pour femme à mon fils », mais les bêtes sauvages du Liban passèrent et foulèrent le chardon.
19 « Me voici vainqueur d’Édom », as-tu dit, et tu te montes la tête ! Sois glorieux et reste maintenant chez toi. Pourquoi provoquer le malheur et amener ta chute et celle de Juda avec toi ? »
20 Mais Amasias n’écouta pas ; c’était le fait de Dieu qui voulait livrer ces gens-là pour avoir recherché les dieux d’Édom.
21 Joas, roi d’Israël, se mit en campagne. Ils se mesurèrent, lui et Amasias, roi de Juda, à Bet-Shémesh qui appartient à Juda.
22 Juda fut battu devant Israël et chacun s’enfuit à sa tente.
23 Quant au roi de Juda, Amasias, fils de Joas, fils de Joachaz, le roi d’Israël Joas le fit prisonnier à Bet-Shémesh et l’emmena à Jérusalem. Il fit une brèche au rempart de Jérusalem, depuis la porte d’Éphraïm jusqu’à la porte de l’Angle, sur quatre cents coudées.
24 Il prit tout l’or et l’argent, tout le mobilier qui se trouvait dans le Temple de Dieu chez Obed-Édom, les trésors du palais royal, des otages, et retourna à Samarie.
25 Amasias, fils de Joas, roi de Juda, vécut encore quinze ans après la mort de Joas, fils de Joachaz, roi d’Israël.
26 Le reste de l’histoire d’Amasias, du début à la fin, n’est-il pas écrit au livre des Rois de Juda et d’Israël ?
27 Après l’époque où Amasias se détourna de Yahvé, on trama contre lui un complot à Jérusalem ; il s’enfuit vers Lakish, mais on le fit poursuivre à Lakish et mettre à mort là-bas.
28 On le transporta avec des chevaux et on l’enterra auprès de ses pères dans la Cité de Juda.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 s) À ce long paragraphe correspond seulement un v. dans 2 R 14.7. Le Chroniste doit avoir disposé d’une source beaucoup plus développée. La vengeance des mercenaires israélites, après leur renvoi, contre des villes de Juda, conduira à la guerre contre Israël, v. 17s ; 2 R ne lui donnait pas d’autre motif que l’enivrement d’Amasias après sa victoire sur Édom. Noter encore l’intervention prophétique, vv. 7 et 15.


17 t) Il est en réalité le fils d’Ochozias. C’est un autre Joas, roi d’Israël celui-là, qui est fils de Joachaz.


28 u) Il faudrait peut-être lire « de David », comme en 2 R 14.20.


L’Ancien Testament comprend un second groupe de livres historiques, qui doublent en grande partie et ensuite prolongent l’histoire deutéronomiste qui s’étend de Josué à la fin des Rois. Ce sont les deux livres des Chroniques, puis celui d’Esdras et, selon l’opinion commune, celui de Néhémie. Les deux livres des Chroniques n’en formaient primitivement qu’un seul et les livres d’Esdras et de Néhémie faisaient partie du même ensemble, œuvre d’un seul auteur. Non seulement on y retrouve le même style et les mêmes idées fondamentales, mais la répétition, au début de Esd 1, des versets qui terminent 2 Ch 36 certifie l’unité de composition.

Les livres des Chroniques (d’après le titre hébreu ; la Bible grecque et la Vulgate les appellent « Paralipomènes », c’est-à-dire les livres qui donnent les « choses omises », qui apportent un complément) sont donc une œuvre du judaïsme postexilique, d’une époque où le peuple, privé de son indépendance politique, jouissait cependant d’une sorte d’autonomie reconnue par les maîtres de l’Orient : il vivait sous la direction de ses prêtres, selon les règles de sa loi religieuse. Le Temple et ses cérémonies étaient le centre de la vie nationale. Mais ce cadre légaliste et rituel est vivifié par un courant de piété personnelle, par les doctrines de sagesse, par le souvenir des gloires ou des défaillances du passé et la confiance dans les promesses des prophètes.

L’auteur des Chroniques, un lévite de Jérusalem, appartient profondément à ce milieu.

Il écrit après Esdras et Néhémie, notablement plus tard puisqu’il peut combiner à sa guise les sources qui les concernent. Le début de l’époque grecque, avant 300 av. J.-C., paraît être la date la plus vraisemblable. L’ouvrage reçut ensuite des additions, venant d’une ou de plusieurs mains, en particulier les tables généalogiques de 1 Ch 2-9 furent augmentées et des listes nominatives furent ajoutées, probablement celles des partisans de David, 12, celles des prêtres et des lévites, 15, et la longue addition de 1 Ch 23.3 – 27.34, qui recense le personnel cultuel et administratif de David.

Ces compléments, qui peuvent avoir utilisé de bons documents, restent dans la ligne de pensée du Chroniste.

Il manifeste un grand intérêt pour le Temple. Le clergé joue dans son œuvre un rôle prééminent, non seulement les prêtres et les lévites, selon l’esprit du Deutéronome et des textes sacerdotaux du Pentateuque, mais les classes inférieures du clergé, les portiers et les chantres, désormais assimilés aux lévites. La sanctification du clergé s’étend aux laïcs par leur participation aux sacrifices de communion, qui retrouvent chez le Chroniste leur importance ancienne. Cette communauté sainte n’est pas restreinte aux seuls Judéens : par-delà l’apostasie du royaume d’Israël, dont il parle le moins possible, il retrouve les Douze Tribus unies sous le sceptre de David et, au-delà des circonstances présentes, il attend la réunion de tous les fils d’Israël. Les païens eux-mêmes ne sont pas exclus de la prière du Temple. « Israël » est pour lui tout le peuple fidèle, avec qui Dieu avait fait alliance autrefois, avec qui il a renouvelé cette alliance en la personne de David. C’est sous David que se sont le mieux réalisées les conditions du règne de Dieu sur la terre, de la théocratie ; c’est dans l’esprit de David que la communauté doit vivre, avec un constant souci de réforme qui est un retour aux traditions, pour que Dieu lui garde sa faveur et accomplisse les promesses.

Le centre permanent d’intérêt de cette longue histoire est le Temple de Jérusalem et son culte, depuis les préparations sous David jusqu’à la restauration accomplie par la communauté revenue de l’Exil.

Ces grandes pensées du Chroniste expliquent la composition de son ouvrage. Les premiers chapitres, 1 Ch 1-9, donnent des listes généalogiques qui s’attardent davantage sur la tribu de Juda et la descendance de David, sur les lévites, sur les habitants de Jérusalem. Cela sert d’introduction à l’histoire de David qui occupe toute la fin du premier livre, 10-29. Les démêlés avec Saül sont omis, comme la faute avec Bethsabée, les drames de famille et les révoltes, mais la prophétie de Natân est mise en relief, 1 Ch 17, et une place considérable est faite aux institutions religieuses : transport de l’arche et organisation du culte à Jérusalem, 13, 15-16, préparatifs pour la construction du Temple, 21-29. David a dressé le plan, assemblé les matériaux, réglé les fonctions du clergé jusque dans les détails, et il a laissé la réalisation à son fils Salomon. Dans l’histoire de celui-ci, 2 Ch 1-9, la construction du Temple, la prière du roi lors de la dédicace et les promesses que Dieu fait en réponse occupent la plus grande place. À partir du schisme, le Chroniste ne se préoccupe que du royaume de Juda et de la dynastie davidique. Les rois sont jugés d’après leur fidélité ou leur infidélité aux principes de l’alliance, selon qu’ils se rapprochent ou s’écartent du modèle donné par David, 2 Ch 10-36. Les désordres sont suivis de réformes, dont les plus profondes sont celles d’Ézéchias et de Josias ; ce dernier roi a des successeurs impies qui précipitent le désastre, mais les Chroniques s’achèvent par la permission donnée par Cyrus de reconstruire le Temple. On a dit qu’elles se continuaient par les livres d’Esdras et de Néhémie.

Pour écrire cette histoire, l’auteur s’est servi d’abord des livres canoniques, ceux de la Genèse et des Nombres pour les listes du début, surtout ceux de Samuel et des Rois. Il les utilise librement, il choisit ce qui va à son propos, il ajoute et retranche. Cependant il ne cite jamais ces sources essentielles que nous pouvons vérifier. En revanche, il se réfère à un certain nombre d’autres ouvrages, des « livres » des rois d’Israël ou des rois d’Israël et de Juda, un « midrash » du livre des Rois, des « paroles » ou des « visions » de tel ou tel prophète. Ces écrits nous sont inconnus et on discute sur leur contenu et leurs relations mutuelles. Ils décrivaient probablement les différents règnes à la lumière des interventions prophétiques. Il est douteux que le Chroniste ait utilisé aussi des traditions orales.

Puisque le Chroniste a eu des sources que nous ignorons et qui pouvaient être dignes de foi, il n’y a pas lieu de suspecter en principe tout ce qu’il ajoute aux livres canoniques que nous connaissons. Chaque cas doit être examiné pour lui-même et des recherches récentes ont, sur plusieurs points, vengé le Chroniste du discrédit où le tenaient beaucoup d’exégètes. Mais il arrive aussi qu’il donne des informations incompatibles avec le tableau que tracent Samuel ou les Rois, ou bien qu’il modifie sciemment ce que disent ces derniers livres. Ce procédé – qui serait inexcusable chez un historien moderne dont la mission est de raconter, en l’expliquant, l’enchaînement des faits – se justifie par l’intention de l’auteur : il n’est pas un historien, il est un théologien qui, à la lumière des expériences anciennes et d’abord de l’expérience davidique, « pense » les conditions du royaume idéal ; il fait confluer dans une synthèse le passé, le présent et l’avenir : il projette à l’époque de David toute l’organisation cultuelle qu’il a sous les yeux, il omet tout ce qui pourrait amoindrir son héros. En dehors des informations nouvelles qu’il contient et dont on peut éprouver la valeur, son ouvrage vaut moins pour une reconstitution du passé que comme un tableau de l’état et des préoccupations de son époque.

Car il écrit pour ses contemporains. Il leur rappelle que la vie de la nation dépend de sa fidélité à Dieu et que cette fidélité s’exprime par l’obéissance à la Loi et la régularité d’un culte animé par la vraie piété. Il veut faire de son peuple une communauté sainte, pour laquelle se réaliseront les promesses faites à David. Les hommes religieux du judaïsme contemporain du Christ vivront de son esprit, avec parfois des déviations qu’il n’avait pas prévues. Son enseignement sur la primauté du spirituel et sur la conduite par Dieu de tous les événements du monde a une valeur permanente.

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