Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 9 juin 2008

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 52

VI. Appendices> 1 La catastrophe de Jérusalem et la faveur rendue à Joiakîn.
Sédécias avait vingt et un ans à son avènement et il régna onze ans à Jérusalem. Sa mère s’appelait Hamital, fille de Yirmeyahu, et était de Libna.
Il fit ce qui est mal aux yeux de Yahvé, tout comme avait fait Joiaqim.
Cela arriva à Jérusalem et en Juda à cause de la colère de Yahvé, tant qu’enfin il les rejeta de devant sa face.Sédécias se révolta contre le roi de Babylone.
En la neuvième année de son règne, au dixième mois, le dix du mois, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint attaquer Jérusalem avec toute son armée, il campa devant la ville et la cerna d’un retranchement.
La ville fut investie jusqu’à la onzième année du roi Sédécias.
Au quatrième mois, le neuf du mois, alors que la famine sévissait dans la ville et que la population n’avait plus rien à manger,
une brèche fut faite au rempart de la ville. Alors le roi et tous les hommes de guerre s’enfuirent de nuit et s’échappèrent de la ville par la porte entre les deux murs, qui est près du jardin du roi — les Chaldéens cernaient la ville — et ils prirent le chemin de la Araba.
Mais les troupes chaldéennes poursuivirent le roi et atteignirent Sédécias dans les plaines de Jéricho, où tous ses soldats, l’abandonnant, se débandèrent.
On fit prisonnier le roi qu’on emmena à Ribla, au pays de Hamat, auprès du roi de Babylone qui le fit passer en jugement.
10 Il égorgea les fils de Sédécias sous ses yeux ; de même tous les princes de Juda, il les égorgea à Ribla.
11 Puis il creva les yeux de Sédécias et le lia avec des chaînes de bronze. Alors, le roi de Babylone l’emmena à Babylone où il l’emprisonna jusqu’au jour de sa mort.
12 Au cinquième mois, le dix du mois — c’était en la dix-neuvième année du règne de Nabuchodonosor, roi de Babylone —, Nebuzaradân, commandant de la garde, un de l’entourage immédiat du roi de Babylone, fit son entrée à Jérusalem.
13 Il incendia le Temple de Yahvé, le palais royal et toutes les maisons de Jérusalem.
14 Les troupes chaldéennes qui étaient avec le commandant de la garde abattirent tous les remparts qui entouraient Jérusalem.
15 Nebuzaradân, commandant de la garde, déporta (une partie des pauvres du peuple et) le reste de la population laissée dans la ville, les transfuges qui étaient passés au roi de Babylone et ce qui restait des artisans.
16 Mais Nebuzaradân, commandant de la garde, laissa une partie des pauvres du pays, comme vignerons et laboureurs.
17 Les Chaldéens brisèrent les colonnes de bronze du Temple de Yahvé, les bases roulantes et la Mer de bronze qui étaient dans le Temple de Yahvé ; ils en emportèrent tout le bronze à Babylone.
18 Ils prirent aussi les vases à cendres, les pelles, les couteaux, les coupes d’aspersion, les navettes et tous les ustensiles de bronze qui servaient au culte.
19 Le commandant de la garde prit encore les coupes, les encensoirs, les coupes d’aspersion, les vases à cendres, les chandeliers, les bols et les patères, tout ce qui était en or et tout ce qui était en argent.
20 Quant aux deux colonnes, à la Mer unique, aux douze bœufs de bronze qui étaient sous la Mer et aux bases roulantes, que le roi Salomon avait fabriqués pour le Temple de Yahvé, on ne pouvait évaluer ce que pesait le bronze de tous ces objets.
21 Quant aux colonnes, l’une avait dix-huit coudées de haut ; un fil de douze coudées en mesurait le tour ; épaisse de quatre doigts, elle était creuse à l’intérieur ;
22 un chapiteau de bronze la surmontait, haut de cinq coudées, ayant tout autour un treillis et des grenades, le tout en bronze. De même pour la deuxième colonne et les grenades.
23 Il y avait quatre-vingt-seize grenades sur les côtés. En tout, cela faisait cent grenades autour du treillis.
24 Le commandant de la garde fit prisonniers Seraya, le prêtre en chef, Çephanya, le prêtre en second, et les trois gardiens du seuil.
25 De la ville, il fit prisonniers un eunuque, préposé aux hommes de guerre, sept des familiers du roi qui furent trouvés dans la ville, le secrétaire du chef de l’armée, chargé de la conscription, ainsi que soixante hommes de condition qui furent trouvés dans la ville.
26 Nebuzaradân, commandant de la garde, les prit et les mena auprès du roi de Babylone, à Ribla,
27 et le roi de Babylone les fit mettre à mort à Ribla, au pays de Hamat. Ainsi Juda fut-il déporté loin de sa terre.
28 Voici le nombre des gens déportés par Nabuchodonosor. La septième année : 3 023 Judéens ;
29 la dix-huitième année de Nabuchodonosor, furent emmenées de Jérusalem 832 personnes ;
30 la vingt-troisième année de Nabuchodonosor, Nebuzaradân, commandant de la garde, déporta 745 Judéens. En tout : 4 600 personnes.
31 Mais la trente-septième année de la déportation de Joiakîn, roi de Juda, au douzième mois, le vingt-cinq du mois, Évil-Mérodak, roi de Babylone, en l’année de son avènement, fit grâce à Joiakîn, roi de Juda, et le tira de prison.
32 Il lui parla avec bonté et lui accorda un siège supérieur à ceux des autres rois qui étaient avec lui à Babylone.
33 Joiakîn quitta ses vêtements de captif et mangea toujours à la table du roi, sa vie durant.
34 Son entretien fut assuré constamment par le roi de Babylone, jour après jour, jusqu’au jour de sa mort, sa vie durant.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 y) Ce chap. reprend, avec quelques compléments, 2 R 24.18 — 25.30 (voir les notes), et correspond aussi à 39.1-10 ; une même source est à la base des trois passages. Il a été ajouté au livre de Jérémie, comme Isa 36-39 au livre d’Isaïe. Il montre l’accomplissement des menaces du prophète et s’achève, comme 2 R, par des perspectives d’espoir, également entrevues par Jérémie.


1 z) Libna, ville de la tribu de Juda, Jos 15.42, à localiser probablement au Tell es-Sâfi, au nord de la ville philistine de Gat.


4 a) Fin décembre 589.


6 b) Juin-juillet 587.


7 c) « le roi » conj. d’après 39.4 et v. 8 ; omis par hébr.


12 d) Juillet-août 587.


13 e) Une glose ajoute, ici et à 2 R 25.9, « il incendia aussi toute maison de grand personnage ».


15 f) Les mots mis entre parenthèses, absents de 2 R 25.11 et 39.5, doivent provenir du v. 16.


20 g) Cette dernière mention manque en 2 R ; ces bœufs de bronze avaient déjà été enlevés au temps d’Achaz, 2 R 16.17.


23 h) Sens incertain. Le mot est à rattacher à la racine qui signifie « vent », « souffle ». On peut comprendre aussi « qui pendaient librement » ou « en relief » (litt. « à l’air »), mais les « vents » désignent aussi les « côtés », Ez 42.20 (cf. Ez 39.7 où il s’agit de points cardinaux, les quatre « côtés » du monde).


28 i) Cette courte notice, vv. 28-30, propre à Jérémie, doit reproduire un document babylonien. Elle paraît ne tenir compte que des adultes. Les années du règne sont comptées selon le comput babylonien, qui néglige l’année incomplète de l’avènement.


30 j) Les dates de ces trois déportations sont donc : 598 ; 587 et enfin 582. La dernière eut peut-être lieu à l’occasion de la révolte ammonite-moabite, qui avait pu trouver des connivences en Juda.


31 k) En 562.


34 l) C’est sur la grâce faite à Joiakîn, symbole de la fin de la captivité, que se clôt le livre de Jérémie.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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