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La Bible en cinq ans pour le 6 mai 2008

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Chroniques, Chapitre 12

II. David, fondateur du culte du Temple> 1 Les premiers ralliés à David., 24 Les guerriers qui le firent roi.
1 Voici ceux qui rejoignirent David à Çiqlag alors qu’il était encore retenu loin de Saül fils de Qish ; c’étaient des preux, des combattants à la guerre,
2 qui pouvaient tirer à l’arc de la main droite et de la gauche, en utilisant pierres et flèches.Des frères de Saül le Benjaminite :
3 Ahiézer le chef, et Yoash, fils de Hashshemaa de Gibéa, Yeziel et Pélèt, fils d’Azmavèt, Beraka et Yéhu d’Anatot,
4 Yishmaya de Gabaôn, un preux parmi les Trente et à la tête des Trente ;
5 Yirmeya, Yahaziel, Yohanân et Yozabad de Gedérot,
6 Éléuzaï, Yerimot, Béalya, Shemaryahu, Shephatyahu de Hariph,
7 Elqana, Yishiyyahu, Azaréel, Yoézer, Yashobéam, Coréites,
8 Yoéla, Zebadya, fils de Yeroham de Gedor.
9 Des Gadites firent sécession pour rejoindre David dans son refuge du désert. C’étaient des preux vaillants, des hommes de guerre prêts à combattre, sachant manier le bouclier et la lance. Ils faisaient figure de lions ; par l’agilité, ils ressemblaient aux gazelles sur les montagnes.
10 Ézer était le chef, Obadya le second, Éliab le troisième,
11 Mashmanna le quatrième, Yirmeya le cinquième,
12 Attaï le sixième, Éliel le septième,
13 Yohanân le huitième, Elzabad le neuvième,
14 Yirmeyahu le dixième, Makbannaï le onzième.
15 Tels étaient les fils de Gad, chefs de corps ; un commandait à cent s’il était petit, à mille s’il était grand.
16 Ce sont eux qui passèrent le Jourdain, au premier mois, tandis qu’il coule partout à pleins bords, et qui mirent en fuite les riverains tant à l’orient qu’à l’occident.
17 Quelques Benjaminites et Judéens s’en vinrent aussi trouver David en son refuge.
18 David s’avança au-devant d’eux, prit la parole et leur dit : « Si c’est en amis que vous venez à moi pour me prêter main-forte, je suis disposé à m’unir à vous, mais si c’est pour me tromper au profit de mes ennemis alors que mes mains n’ont fait aucun tort, que le Dieu de nos pères le voie et fasse justice ! »
19 L’Esprit revêtit alors Amasaï, chef des Trente :« On est à toi, David
et avec toi, fils de Jessé !
Paix, paix à toi
et paix à celui qui t’assiste
car c’est ton Dieu qui t’assiste ! »David les accueillit et les mit parmi les chefs de troupe.
20 Quelques Manassites se rendirent à David alors qu’il venait lutter avec les Philistins contre Saül. Mais ils ne leur prêtèrent pas main-forte car, s’étant consultés, les princes des Philistins renvoyèrent David en disant : « Il irait se rendre à son seigneur Saül au prix de nos têtes ! »
21 Il partait donc pour Çiqlag quand quelques Manassites se rendirent à lui : Adnah, Yozabad, Yediaël, Mikaël, Yozabad, Élihu, Çilletaï, chefs des milliers de Manassé.
22 Ce fut un renfort pour David et sa troupe, car ils étaient tous de vaillants preux et devinrent officiers dans l’armée.
23 Jour après jour, en effet, David recevait des renforts, si bien que son camp devint un camp gigantesque.
24 Voici le nombre des guerriers équipés pour la guerre qui rejoignirent David à Hébron pour lui transférer la royauté de Saül selon l’ordre de Yahvé :
25 Fils de Juda portant le bouclier et la lance : six mille huit cents guerriers équipés pour la guerre ;
26 des fils de Siméon, sept mille cent preux vaillants à la guerre ;
27 des fils de Lévi, quatre mille six cents,
28 ainsi que Yehoyada, commandant les Aaronides avec trois mille sept cents de ces derniers,
29 Sadoq, jeune preux vaillant, et vingt-deux officiers de sa famille ;
30 des fils de Benjamin, trois mille frères de Saül, la majorité d’entre eux demeurant jusqu’alors au service de la maison de Saül ;
31 des fils d’Éphraïm, vingt mille huit cents preux vaillants, hommes illustres de leur famille ;
32 de la demi-tribu de Manassé, dix-huit mille hommes nominativement désignés pour aller proclamer David roi ;
33 des fils d’Issachar, sachant discerner les moments où Israël devait agir et la manière de le faire, deux cents chefs et tous leurs frères à leurs ordres ;
34 de Zabulon, cinquante mille hommes aptes au service militaire, en ordre de combat, avec toutes sortes d’armes, et prêts à prêter main-forte d’un cœur résolu ;
35 de Nephtali, mille officiers et avec eux trente-sept mille hommes munis du bouclier et de la lance ;
36 des Danites, vingt-huit mille six cents hommes en ordre de combat ;
37 d’Asher, quarante mille hommes partant en guerre en ordre de combat ;
38 de Transjordanie, cent vingt mille hommes de Ruben, de Gad, de la demi-tribu de Manassé, avec toutes sortes d’armes de guerre.
39 Tous ces hommes de guerre, venus en renfort en bon ordre, se rendirent à Hébron de plein cœur pour proclamer David roi sur tout Israël ; tous les autres Israélites étaient d’ailleurs unanimes pour conférer la royauté à David.
40 Trois jours durant, ils demeurèrent là à manger et à boire avec David.
Leurs frères avaient tout apprêté pour eux ;
41 de plus, des environs et jusque d’Issachar, Zabulon et Nephtali, on leur faisait parvenir des vivres, par ânes, chameaux, mulets et bœufs : farine, figues et gâteaux de raisins, vin et huile, gros et petit bétail en masse, car c’était liesse en Israël.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 w) Le chap. 12 se divise en deux parties vv. 1-23, les partisans de David avant sa royauté ; vv. 24-41, les contingents des douze tribus qui firent David roi sur tout Israël. Ce chap. n’a pas de parallèle dans Samuel. Si le Chroniste est responsable de la deuxième partie, son intention est ici d’insister sur le caractère pan-israélite de la royauté de David, cf. 11.1 ; mais la liste peut lui être postérieure.


15 x) Ou « le plus petit d’entre eux en valait cent, le plus grand mille. »


23 y) Mot-à-mot « camp de Dieu ».


28 z) Le nom de Yehoyada remplace celui d’Ébyatar qu’on attendrait, cf. 2 S 8.17 ; c’est qu’Ébyatar avait été destitué par Salomon. Il y eut un Yehoyada chef du sacerdoce de Jérusalem, mais beaucoup plus tard, cf. 2 R 11 et 12.


L’Ancien Testament comprend un second groupe de livres historiques, qui doublent en grande partie et ensuite prolongent l’histoire deutéronomiste qui s’étend de Josué à la fin des Rois. Ce sont les deux livres des Chroniques, puis celui d’Esdras et, selon l’opinion commune, celui de Néhémie. Les deux livres des Chroniques n’en formaient primitivement qu’un seul et les livres d’Esdras et de Néhémie faisaient partie du même ensemble, œuvre d’un seul auteur. Non seulement on y retrouve le même style et les mêmes idées fondamentales, mais la répétition, au début de Esd 1, des versets qui terminent 2 Ch 36 certifie l’unité de composition.

Les livres des Chroniques (d’après le titre hébreu ; la Bible grecque et la Vulgate les appellent « Paralipomènes », c’est-à-dire les livres qui donnent les « choses omises », qui apportent un complément) sont donc une œuvre du judaïsme postexilique, d’une époque où le peuple, privé de son indépendance politique, jouissait cependant d’une sorte d’autonomie reconnue par les maîtres de l’Orient : il vivait sous la direction de ses prêtres, selon les règles de sa loi religieuse. Le Temple et ses cérémonies étaient le centre de la vie nationale. Mais ce cadre légaliste et rituel est vivifié par un courant de piété personnelle, par les doctrines de sagesse, par le souvenir des gloires ou des défaillances du passé et la confiance dans les promesses des prophètes.

L’auteur des Chroniques, un lévite de Jérusalem, appartient profondément à ce milieu.

Il écrit après Esdras et Néhémie, notablement plus tard puisqu’il peut combiner à sa guise les sources qui les concernent. Le début de l’époque grecque, avant 300 av. J.-C., paraît être la date la plus vraisemblable. L’ouvrage reçut ensuite des additions, venant d’une ou de plusieurs mains, en particulier les tables généalogiques de 1 Ch 2-9 furent augmentées et des listes nominatives furent ajoutées, probablement celles des partisans de David, 12, celles des prêtres et des lévites, 15, et la longue addition de 1 Ch 23.3 – 27.34, qui recense le personnel cultuel et administratif de David.

Ces compléments, qui peuvent avoir utilisé de bons documents, restent dans la ligne de pensée du Chroniste.

Il manifeste un grand intérêt pour le Temple. Le clergé joue dans son œuvre un rôle prééminent, non seulement les prêtres et les lévites, selon l’esprit du Deutéronome et des textes sacerdotaux du Pentateuque, mais les classes inférieures du clergé, les portiers et les chantres, désormais assimilés aux lévites. La sanctification du clergé s’étend aux laïcs par leur participation aux sacrifices de communion, qui retrouvent chez le Chroniste leur importance ancienne. Cette communauté sainte n’est pas restreinte aux seuls Judéens : par-delà l’apostasie du royaume d’Israël, dont il parle le moins possible, il retrouve les Douze Tribus unies sous le sceptre de David et, au-delà des circonstances présentes, il attend la réunion de tous les fils d’Israël. Les païens eux-mêmes ne sont pas exclus de la prière du Temple. « Israël » est pour lui tout le peuple fidèle, avec qui Dieu avait fait alliance autrefois, avec qui il a renouvelé cette alliance en la personne de David. C’est sous David que se sont le mieux réalisées les conditions du règne de Dieu sur la terre, de la théocratie ; c’est dans l’esprit de David que la communauté doit vivre, avec un constant souci de réforme qui est un retour aux traditions, pour que Dieu lui garde sa faveur et accomplisse les promesses.

Le centre permanent d’intérêt de cette longue histoire est le Temple de Jérusalem et son culte, depuis les préparations sous David jusqu’à la restauration accomplie par la communauté revenue de l’Exil.

Ces grandes pensées du Chroniste expliquent la composition de son ouvrage. Les premiers chapitres, 1 Ch 1-9, donnent des listes généalogiques qui s’attardent davantage sur la tribu de Juda et la descendance de David, sur les lévites, sur les habitants de Jérusalem. Cela sert d’introduction à l’histoire de David qui occupe toute la fin du premier livre, 10-29. Les démêlés avec Saül sont omis, comme la faute avec Bethsabée, les drames de famille et les révoltes, mais la prophétie de Natân est mise en relief, 1 Ch 17, et une place considérable est faite aux institutions religieuses : transport de l’arche et organisation du culte à Jérusalem, 13, 15-16, préparatifs pour la construction du Temple, 21-29. David a dressé le plan, assemblé les matériaux, réglé les fonctions du clergé jusque dans les détails, et il a laissé la réalisation à son fils Salomon. Dans l’histoire de celui-ci, 2 Ch 1-9, la construction du Temple, la prière du roi lors de la dédicace et les promesses que Dieu fait en réponse occupent la plus grande place. À partir du schisme, le Chroniste ne se préoccupe que du royaume de Juda et de la dynastie davidique. Les rois sont jugés d’après leur fidélité ou leur infidélité aux principes de l’alliance, selon qu’ils se rapprochent ou s’écartent du modèle donné par David, 2 Ch 10-36. Les désordres sont suivis de réformes, dont les plus profondes sont celles d’Ézéchias et de Josias ; ce dernier roi a des successeurs impies qui précipitent le désastre, mais les Chroniques s’achèvent par la permission donnée par Cyrus de reconstruire le Temple. On a dit qu’elles se continuaient par les livres d’Esdras et de Néhémie.

Pour écrire cette histoire, l’auteur s’est servi d’abord des livres canoniques, ceux de la Genèse et des Nombres pour les listes du début, surtout ceux de Samuel et des Rois. Il les utilise librement, il choisit ce qui va à son propos, il ajoute et retranche. Cependant il ne cite jamais ces sources essentielles que nous pouvons vérifier. En revanche, il se réfère à un certain nombre d’autres ouvrages, des « livres » des rois d’Israël ou des rois d’Israël et de Juda, un « midrash » du livre des Rois, des « paroles » ou des « visions » de tel ou tel prophète. Ces écrits nous sont inconnus et on discute sur leur contenu et leurs relations mutuelles. Ils décrivaient probablement les différents règnes à la lumière des interventions prophétiques. Il est douteux que le Chroniste ait utilisé aussi des traditions orales.

Puisque le Chroniste a eu des sources que nous ignorons et qui pouvaient être dignes de foi, il n’y a pas lieu de suspecter en principe tout ce qu’il ajoute aux livres canoniques que nous connaissons. Chaque cas doit être examiné pour lui-même et des recherches récentes ont, sur plusieurs points, vengé le Chroniste du discrédit où le tenaient beaucoup d’exégètes. Mais il arrive aussi qu’il donne des informations incompatibles avec le tableau que tracent Samuel ou les Rois, ou bien qu’il modifie sciemment ce que disent ces derniers livres. Ce procédé – qui serait inexcusable chez un historien moderne dont la mission est de raconter, en l’expliquant, l’enchaînement des faits – se justifie par l’intention de l’auteur : il n’est pas un historien, il est un théologien qui, à la lumière des expériences anciennes et d’abord de l’expérience davidique, « pense » les conditions du royaume idéal ; il fait confluer dans une synthèse le passé, le présent et l’avenir : il projette à l’époque de David toute l’organisation cultuelle qu’il a sous les yeux, il omet tout ce qui pourrait amoindrir son héros. En dehors des informations nouvelles qu’il contient et dont on peut éprouver la valeur, son ouvrage vaut moins pour une reconstitution du passé que comme un tableau de l’état et des préoccupations de son époque.

Car il écrit pour ses contemporains. Il leur rappelle que la vie de la nation dépend de sa fidélité à Dieu et que cette fidélité s’exprime par l’obéissance à la Loi et la régularité d’un culte animé par la vraie piété. Il veut faire de son peuple une communauté sainte, pour laquelle se réaliseront les promesses faites à David. Les hommes religieux du judaïsme contemporain du Christ vivront de son esprit, avec parfois des déviations qu’il n’avait pas prévues. Son enseignement sur la primauté du spirituel et sur la conduite par Dieu de tous les événements du monde a une valeur permanente.

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