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Lecture en trois ans pour le 28 avril 2008

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 12

I. Oracles contre Juda et Jérusalem> 1 Le bonheur des méchants., 7 Plaintes de Yahvé sur son héritage envahi., 14 Jugement et salut des peuples voisins.
Tu es trop juste, Yahvé,
pour que j’entre en contestation avec toi.
Cependant je parlerai avec toi de questions de droit :
Pourquoi la voie des méchants est-elle prospère ?
Pourquoi tous les traîtres sont-ils en paix ?
Tu les plantes, ils s’enracinent,
ils vont bien, ils portent du fruit.
Tu es près de leur bouche,
mais loin de leurs reins.
Mais toi, Yahvé, tu me connais, tu me vois,
tu éprouves mon cœur qui est avec toi.
Enlève-les comme des brebis pour l’abattoir,
consacre-les pour le jour du massacre.
(Jusques à quand le pays sera-t-il en deuil et l’herbe de toute la campagne desséchée ? C’est par la perversité de ses habitants que périssent bêtes et oiseaux.)Car ils disent :
il ne voit pas notre destinée.
— Si la course avec des piétons t’épuise,
comment lutteras-tu avec des chevaux ?
Dans un pays en paix tu te sens en sécurité,
mais que feras-tu dans les halliers du Jourdain ?
Car même tes frères et la maison de ton père, même eux te trahiront ! Même eux crieront après toi à pleine voix. N’aie pas confiance en eux quand ils te diront de bonnes paroles !
J’ai abandonné ma maison,
quitté mon héritage ;
ce que je chérissais, je l’ai livré
aux mains de ses ennemis.
Mon héritage s’est comporté envers moi
comme un lion de la brousse,
il a poussé contre moi ses rugissements,
aussi l’ai-je pris en aversion.
Mon héritage serait-il un rapace bigarré,
que les rapaces l’encerclent de toutes parts ?
Allez ! Rassemblez toutes les bêtes sauvages,
faites-les venir à la curée !
10 Des pasteurs en grand nombre ont saccagé ma vigne,
piétiné mon domaine,
réduit mon domaine préféré
en solitude désertique.
11 Ils en ont fait une région désolée,
en deuil, désolée devant moi.
Tout le pays est désolé
et personne ne prend cela à cœur !
12 Sur tous les monts chauves du désert
sont arrivés des dévastateurs
(car Yahvé tient une épée dévorante) :
d’un bout du pays jusqu’à l’autre
il n’y a de paix pour aucune chair.
13 Ils ont semé du blé, ils moissonnent des épines :
ils se sont épuisés sans profit.
Ils ont honte de leurs récoltes,
à cause de l’ardente colère de Yahvé.
14 Ainsi parle Yahvé : C’est au sujet de tous mes mauvais voisins, qui ont touché à l’héritage que j’avais donné à mon peuple Israël ; voici, je vais les arracher de leur sol. (Mais la maison de Juda, je l’arracherai du milieu d’eux.)
15 Mais, après les avoir arrachés, à nouveau j’en aurai pitié et je les ramènerai chacun en son héritage, chacun en son pays.
16 Et s’ils apprennent avec soin les voies de mon peuple, de façon à jurer par mon nom : « Par Yahvé vivant », comme ils ont appris à mon peuple à jurer par Baal, alors ils seront établis au milieu de mon peuple.
17 Mais s’ils ne veulent pas écouter, j’arracherai une telle nation et je l’exterminerai, oracle de Yahvé.
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 13
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 s) Ce problème est ici posé pour la première fois dans l’AT. Voir l’Introduction aux livres sapientiaux.


4 t) « il » le grec précise Dieu.


5 u) Littéralement « la hauteur », c’est-à-dire les berges, recouvertes de végétation et dangereuses parce qu’elles servent de repaire à toutes sortes d’animaux. On peut aussi comprendre « la crue » (litt. « la montée »), mais cf. 49.19 ; 50.44. — Loin d’accorder la vengeance demandée, cette réponse de Yahvé annonce au prophète d’autres persécutions ; au lieu de répondre à sa question, elle laisse dans son mystère la rétribution des bons et des méchants, cf. Jb 38.1s ; 40.1-5 ; 42.1-6.


9 v) Allusion aux incursions des Moabites, Ammonites et Édomites en Palestine après 602, cf. 2 R 24.1-2.


11 w) « ils en ont fait » versions ; « il en a fait » hébr.


13 x) « leurs récoltes » mittebû ’oteykem conj. ; « vos récoltes » mittebû ’oteyhem hébr.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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