Le jour du Seigneur, le jour où le Seigneur viendra sur Sa terre, auprès de Son peuple, était attendu en Israël comme un jour de triomphe sur les païens, le jour du règne d’Israël sur tous les peuples. Mais les prophètes apportent une vision tout autre de ce jour...
Le jour du Seigneur, le jour où le Seigneur viendra sur Sa terre, auprès de Son peuple, était attendu en Israël comme un jour de triomphe sur les païens, le jour du règne d’Israël sur tous les peuples. Mais les prophètes apportent une vision tout autre de ce jour: le peuple de Dieu s’est enlisé dans les péchés, la sainteté de Dieu et le péché humain sont incompatibles; c’est pourquoi le jour du Seigneur est ténèbres et non lumière, ce n’est pas un triomphe, mais le Jour de colère, Dies irae, et il vaut la peine de se rappeler les célèbres «Requiem» de Mozart et de Verdi. Et aucune tentative humaine d’accomplir la loi ne sauvera en ce jour.
Existe-t-il donc une possibilité de salut? Oui, répond le prophète Sophonie. Cherchez le Seigneur, non Sa loi, mais Lui-même. Cherchez la justice, non la justice des œuvres humaines, mais la justice de Dieu, qui vient de Lui-même. Cherchez l’humilité de la sagesse, et c’est là un mot remarquable, qui unit paradoxalement en lui l’humilité et la sagesse. On peut le comprendre comme «sagesse humble», c’est-à-dire une sagesse qui n’est pas orgueilleuse, qui ne s’enfle pas, mais qui connaît ses limites et est ouverte à la voix de la Sagesse de Dieu. On peut aussi le comprendre comme «humilité sage», c’est-à-dire non pas une humilité à n’importe quel prix, non pas un «abaissement pire que l’orgueil», mais une ouverture au monde de Dieu, guidée par Lui, une croissance dans les relations d’amour envers Dieu et les hommes.
Où est ce jour, dans le passé ou dans l’avenir? Ni là ni là: il est dans le présent. Car le Seigneur est venu dans ce monde et y demeure jusqu’à Sa victoire définitive; nous vivons en ce jour, et les paroles de Sophonie s’adressent directement à nous.
1 m) La menace du Jour de Yahvé laisse subsister l’espoir de la conversion. Le salut est promis aux « humbles » (ou « pauvres »), v. 3.
1 n) Verbe rare, diversement interprété « Rassemblez-vous », « Rentrez en vous-mêmes », « Courbez-vous ». La ressemblance avec le mot signifiant « brin de paille » invite à voir ici l’image de l’entassement de la paille sur l’aire, pour le battage, cf. v. 2.
2 o) « vous ne soyez chassés » lo’ tiddahqû conj. ; « la naissance du décret » ledet hoq hébr.
3 p) « humbles » ou « pauvres », en hébreu `anawîm. Les pauvres tiennent une grande place dans la Bible. Si la littérature de sagesse considère parfois la pauvreté, rêsh, comme la conséquence de la paresse, Pr 10.4 (mais cf. Pr 14.21 ; 18.12), les prophètes savent que les pauvres sont avant tout les opprimés, `aniyyîm ; ils réclament justice pour les faibles et les petits, dallîm, et les indigents, ’ebyônîm, Am 2.6s ; Isa 10.2 ; cf. Jb 34.28s ; Si 4.1s ; Jc 2.2s. Le Deutéronome, à la suite d’Ex 22.20-26 ; 23.6, leur fait écho par sa législation humanitaire, Dt 24.10s. Avec Sophonie, le vocabulaire de la pauvreté prend une coloration morale et eschatologique, 3.11s ; cf. Isa 49.13 ; 57.14-21 ; 66.2 ; Ps 22.27 ; 34.3s ; Ps 37.11s ; 69.34 ; 74.19 ; 149.4 ; voir aussi Mt 5.3 ; Lc 1.52 ; 6.20 ; 7.22. Les `anawîm sont en somme les Israélites soumis à la volonté divine. À l’époque des Septante, le terme `anaw (ou `anî) exprime de plus en plus une idée d’altruisme, Za 9.9 ; cf. Si 1.27. C’est aux « pauvres » que sera envoyé le Messie, Isa 61.1 ; cf. 11.4 ; Ps 72.12s ; Lc 4.18. Lui-même sera humble et doux, Za 9.9 ; cf. Mt 11.29 ; 21.5, et sera même opprimé, Isa 53.4 ; Ps 22.25.
4 q) Sophonie énumère (sauf Gat, peut-être déjà ruinée) les cités philistines confédérées, la « ligue de la mer ». Reprenant le procédé de Isa 10.29-31 et de Mi 1.10-15, il tire, par des jeux de mots, un nom de Gaza et d’Éqrôn des présages de malheur.
9 r) D’après Gn 19.30-38, Ammon et Moab sont issus de Lot, échappé de Sodome.
11 s) Cette promesse de conversion des « îles », qui dépasse Moab et Ammon, est sans doute une addition qui semble dépendre d’Isa 41.1, 5 ; 42.4, 10, 12 ; 49.1 ; 51.5.
12 t) Kush (la Nubie) désigne ici l’Égypte, sur laquelle ont régné des pharaons nubiens peu de temps avant Sophonie (de 715 à 663 ; XXVe dynastie). L’oracle paraît incomplet.
13 u) L’ennemi par excellence, qui écrasait Juda depuis près d’un siècle.
14 v) « le hibou » kôs conj. ; « une voix » qôl hébr. — « le corbeau » `oreb grec ; « la ruine » horeb hébr. — « le palais de cèdre » litt. « le cèdre »; le palais étant en ruines, le corbeau ne peut plus se percher nulle part cette explication est un glose qui rompt le rythme du passage.
D’après le titre de son livre, Sophonie a prophétisé sous Josias, 640-609. Ses attaques contre les modes étrangères, 1.8, et les cultes des faux dieux, 1.4-5, ses reproches aux ministres, 1.8, et son silence sur le roi indiquent qu’il prêcha avant la réforme religieuse et pendant la minorité de Josias, entre 640 et 630, donc juste avant que ne commence le ministère de Jérémie. Juda, amputé par Sennachérib d’une partie de son territoire, a vécu sous la domination assyrienne, et les règnes impies de Manassé et d’Amon ont favorisé le désordre religieux. Mais l’affaiblissement de l’Assyrie suscite maintenant l’espoir d’une restauration nationale, qui s’accompagnera d’une réforme religieuse.
Le livre se divise en quatre courtes sections : le Jour de Yahvé, 1.2 – 2.3 ; contre les nations, 2.4-15 ; contre Jérusalem, 3.1-8 ; promesses, 3.9-20. Sans raison suffisante, on a voulu retrancher certains oracles contre les nations et toutes les promesses de la dernière section ; comme tous les recueils prophétiques, celui de Sophonie a reçu des retouches et des additions, mais elles sont peu nombreuses : en particulier, les annonces de la conversion des païens, 2.11 et 3.9-10, étrangères au contexte, s’inspirent du Second Isaïe, l’authenticité des petits psaumes 3.14-15 et 16-18a est très discutée et l’on s’accorde à dater du temps de l’Exil les derniers versets, 3.18-20.
Le message de Sophonie se résume en une annonce du Jour de Yahvé (voir Amos), une catastrophe qui atteindra les nations aussi bien que Juda. Celui-ci est condamné pour ses fautes religieuses et morales, qui sont inspirées par l’orgueil et la révolte, 3.1, 11. Sophonie a du péché une notion profonde, qui annonce celle de Jérémie : c’est une atteinte personnelle au Dieu vivant. Le châtiment des nations est un avertissement, 3.7, qui devrait ramener le peuple à l’obéissance et à l’humilité, 2.3, et le salut n’est promis qu’à un « reste » humble et modeste, 3.12-13. Le messianisme de Sophonie se réduit à cet horizon, qui est sans doute limité mais qui découvre le contenu spirituel des promesses.
Le petit livre de Sophonie a eu une influence restreinte et il n’est utilisé qu’une fois dans le Nouveau Testament, Mt 13.41. Mais la description du Jour de Yahvé, 1.14-18, a inspiré celle de Joël et a fourni au Moyen Âge le début du Dies irae.