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La Bible en cinq ans pour le 3 octobre 2007

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Rois, Chapitre 10

VI. Le cycle d’Élisée> 1 Massacre de la famille royale d’Israël., 12 Massacre des princes de Juda., 15 Jéhu et Yonadab., 18 Massacre des fidèles de Baal et destruction de son temple., 28 Règne de Jéhu en Israël (841-814).
1 Il y avait à Samarie soixante-dix fils d’Achab. Jéhu écrivit des lettres qu’il envoya à Samarie aux commandants de la ville, aux anciens et aux tuteurs des enfants d’Achab. Il disait :
2 « Maintenant — quand cette lettre vous parviendra — , vous avez avec vous les fils de votre maître, vous avez les chars et les chevaux, une ville forte et des armes.
3 Voyez quel est, parmi les fils de votre maître, le meilleur et le plus digne, mettez-le sur le trône de son père, et combattez pour la maison de votre maître. »
4 Ils eurent une très grande peur et dirent : « Voilà que les deux rois n’ont pas tenu devant lui, comment pourrions-nous tenir nous-mêmes ? »
5 Le maître du palais, le commandant de la ville, les anciens et les tuteurs envoyèrent ce message à Jéhu : « Nous sommes tes serviteurs, nous ferons tout ce que tu ordonneras, nous ne proclamerons pas de roi, fais ce qui te paraît bon. »
6 Jéhu leur écrivit une seconde lettre, où il disait : « Si donc vous êtes pour moi et si vous voulez m’écouter, prenez les chefs des hommes de la maison de votre maître et venez me trouver demain à cette heure à Yizréel. » (Il y avait soixante-dix fils du roi chez les grands de la ville, qui les élevaient.)
7 Dès que cette lettre leur parvint, ils prirent les fils du roi, les égorgèrent tous les soixante-dix, mirent leurs têtes dans des corbeilles et les lui envoyèrent à Yizréel.
8 Le messager vint annoncer à Jéhu : « On a apporté les têtes des fils du roi. » Il dit : « Mettez-les en deux tas à l’entrée de la porte, jusqu’au matin. »
9 Le matin, il sortit et, se tenant debout, il dit à tout le peuple : « Soyez sans reproche ! Moi, j’ai conspiré contre mon maître et je l’ai assassiné, mais tous ceux-là, qui les a tués ?
10 Sachez donc que rien ne tombera à terre de l’oracle que Yahvé a prononcé contre la famille d’Achab : Yahvé a fait ce qu’il avait dit par le ministère de son serviteur Élie. »
11 Et Jéhu frappa tous ceux qui restaient de la maison d’Achab à Yizréel, tous ses grands, ses familiers, ses prêtres ; il n’en laissa échapper aucun.
12 Jéhu partit et alla à Samarie. Comme il était en route, à Bet-Éqèd-des-Pasteurs,
13 il y trouva les frères d’Ochozias, roi de Juda, et demanda : « Qui êtes-vous ? » Ils répondirent : « Nous sommes les frères d’Ochozias et nous descendons saluer les fils du roi et les fils de la reine mère. »
14 Il ordonna : « Prenez-les vivants. » On les prit vivants et on les égorgea à la citerne de Bet-Éqèd, au nombre de quarante-deux ; il n’en épargna pas un seul.
15 Parti de là, il trouva Yonadab fils de Rékab, qui venait à sa rencontre ; il le salua et lui dit : « Ton cœur est-il loyalement avec le mien, comme mon cœur est avec le tien ? » Yonadab répondit : « Oui. » — « Si c’est oui, donne-moi la main. » Yonadab lui donna la main et Jéhu le fit monter près de lui sur le char.
16 Il lui dit : « Viens avec moi, tu admireras mon zèle pour Yahvé », et il l’emmena sur son char.
17 Il entra dans Samarie et frappa tous les survivants de la famille d’Achab à Samarie, il l’extermina, selon la parole que Yahvé avait dite à Élie.
18 Jéhu rassembla tout le peuple et lui dit : « Achab a vénéré Baal un peu, Jéhu va le vénérer beaucoup.
19 Maintenant, appelez-moi tous les prophètes de Baal, tous ses fidèles et tous ses prêtres, qu’il n’en manque pas un, car j’ai à offrir un grand sacrifice à Baal. Quiconque s’abstiendra perdra la vie. » — Jéhu agissait par ruse, pour anéantir les fidèles de Baal. —
20 Il ordonna : « Convoquez une assemblée sainte pour Baal »; et ils la convoquèrent.
21 Jéhu envoya des messagers dans tout Israël et tous les fidèles de Baal arrivèrent, il n’en resta pas un qui ne vînt. Ils se rendirent au temple de Baal, qui fut rempli d’un mur à l’autre.
22 Jéhu dit au gardien du vestiaire : « Sors des vêtements pour tous les fidèles de Baal », et il sortit pour eux les vêtements.
23 Jéhu vint au temple de Baal avec Yonadab fils de Rékab et dit aux fidèles de Baal : « Assurez-vous bien qu’il n’y a pas de serviteurs de Yahvé ici avec vous, mais rien que des fidèles de Baal »,
24 et il s’avança pour offrir des sacrifices et des holocaustes.Or Jéhu avait posté au-dehors quatre-vingts de ses gens et avait dit : « Si l’un de vous laisse échapper un des hommes que je vais vous livrer, sa vie paiera pour la vie de l’autre. »
25 Lorsque Jéhu eut achevé d’offrir l’holocauste, il ordonna aux gardes et aux écuyers : « Entrez, frappez-les ! Que pas un ne sorte ! » Les gardes et les écuyers entrèrent, les passèrent au fil de l’épée et arrivèrent jusqu’au sanctuaire du temple de Baal.
26 Ils enlevèrent la stèle du temple de Baal et la brûlèrent.
27 Ils démolirent la stèle de Baal, ils démolirent aussi le temple de Baal et en firent un cloaque, ce qu’il est resté jusqu’à maintenant.
28 Ainsi Jéhu fit que Baal disparut d’Israël.
29 Cependant Jéhu ne se détourna pas des péchés de Jéroboam fils de Nebat, où il avait entraîné Israël, les veaux d’or de Béthel et de Dan.
30 Yahvé dit à Jéhu : « Parce que tu as bien exécuté ce qui m’était agréable et que tu as accompli tout ce que j’avais dans le cœur contre la maison d’Achab, tes fils jusqu’à la quatrième génération s’assiéront sur le trône d’Israël. »
31 Mais Jéhu ne suivit pas fidèlement et de tout son cœur la loi de Yahvé, Dieu d’Israël : il ne se détourna pas des péchés de Jéroboam, où il avait entraîné Israël.
32 En ce temps-là, Yahvé commença à tailler dans Israël et Hazaël battit les Israélites dans tout le territoire
33 à partir du Jourdain vers le soleil levant, tout le pays de Galaad, le pays des Gadites, des Rubénites, des Manassites, depuis Aroër qui est sur le torrent d’Arnon, Galaad et Bashân.
34 Le reste de l’histoire de Jéhu, tout ce qu’il a fait, tous ses exploits, cela n’est-il pas écrit au livre des Annales des rois d’Israël ?
35 Il se coucha avec ses pères et on l’enterra à Samarie ; son fils Joachaz devint roi à sa place.
36 Jéhu avait régné sur Israël pendant vingt-huit ans à Samarie.
Lire la suite:2 Rois, Chapitre 11
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 o) « Soixante-dix » est un chiffre consacré pour exprimer la totalité d’une descendance, Gn 46.27 ; Jg 8.30 ; 9.2 ; 12.14. Il s’agit des fils et petits-fils d’Achab, mais en premier lieu des fils de Joram. — « de la ville » grec luc. ; « de Yizréel » hébr. ; — « des enfants » grec luc. ; omis par hébr.


6 p) L’hébreu rosh signifie à la fois « chef » et « tête ». L’équivoque, voulue peut-être par Jéhu, est résolue dans le sens le plus brutal par ses correspondants, v. 7, sur lesquels il rejette alors la responsabilité, v. 9.


13 q) « Frères » au sens large de « parents ». Ils vont visiter les fils de Joram et ceux de Jézabel. Il est invraisemblable qu’ayant déjà dépassé Samarie, ils ne sachent rien du massacre des vv. 6-7. L’épisode est hors de place.


15 r) « Ton cour... avec le mien » grec., hébr. intraduisible. — Yonadab, fils de Rékab, était un Yahviste fervent qui avait imposé à son clan les règles de la vie du désert, Jr 35.1-11. Il est normal qu’il ait soutenu Jéhu ; mais cet épisode, comme le précédent, ne doit pas être à sa vraie place.


22 s) Le changement de vêtements est une purification préliminaire à la participation au culte, attestée chez les Phéniciens et chez les Arabes païens ; cf. Gn 35.2.


25 t) Trad. conjecturale d’un texte corrompu ; hébr. « Les gardes et les écuyers les passèrent au fil de l’épée, et jetèrent et allèrent jusqu’à la ville du temple de Baal ».


26 u) Cette stèle est probablement un pieu sacré (on ne pouvait brûler une stèle de pierre).


29 v) Jugement de type deutéronomiste. La source que suivait l’auteur des Rois dans les récits précédents louait sans réticence, v. 30, le yahvisme sincère et brutal de Jéhu. Mais en exterminant les fidèles de Baal, Jéhu voulait sans doute aussi supprimer les derniers appuis de la dynastie d’Achab.


33 w) Les Israélites perdaient ainsi toutes leurs possessions de Transjordanie. Le v. est surchargé de gloses inspirées de Dt 3.12s.


Comme ceux de Samuel, les livres des Rois ne formaient d’abord qu’un ouvrage de la Bible hébraïque. Ils correspondent aux deux derniers livres des Règnes dans la traduction grecque et des Rois dans la Vulgate.

Ils font immédiatement suite aux livres de Samuel et 1 R 1-2 contient la fin du grand document de 2 S 9-20. Le long récit du règne de Salomon, 1 R 3-11, détaille l’excellence de sa sagesse, la splendeur de ses constructions, surtout du Temple de Jérusalem, l’étendue de ses richesses. C’est une époque glorieuse, certes, mais l’esprit conquérant du règne de David a disparu : on conserve, on organise, surtout on exploite. L’opposition entre les deux fractions du peuple se maintient et, à la mort de Salomon, en 931, le royaume se divise : les dix tribus du Nord font une sécession aggravée d’un schisme religieux, 1 R 12-13. L’histoire parallèle des deux royaumes d’Israël et de Juda se développe de 1 R 14 à 2 R 17 : c’est souvent l’histoire des luttes entre ces royaumes frères, c’est aussi celle des assauts extérieurs de l’Égypte contre Juda et des Araméens dans le Nord. Le danger devient plus pressant quand les armées assyriennes interviennent dans la région, d’abord au IXe siècle, plus fortement au VIIIe siècle, où Samarie tombe sous leurs coups en 721, cependant que Juda s’est déjà déclaré vassal. L’histoire de Juda seul se continue jusqu’à la ruine de Jérusalem en 587 dans 2 R 18-25.21. Le récit s’étend surtout sur deux règnes, celui d’Ézéchias, 2 R 18-20, et celui de Josias 2 R 22-23, marqués par un réveil national et une réforme religieuse. Les grands événements politiques sont alors l’invasion de Sennachérib sous Ézéchias en 701, en réponse au refus du tribut assyrien, et, sous Josias, la ruine de l’Assyrie et la formation de l’empire chaldéen. Juda dut se soumettre aux nouveaux maîtres de l’Orient, mais se révolta bientôt. Le châtiment ne tarda pas : en 597, les armées de Nabuchodonosor prirent Jérusalem et déportèrent une partie de ses habitants ; dix ans après, un sursaut d’indépendance amena une nouvelle intervention de Nabuchodonosor, qui s’acheva en 587 par la ruine de Jérusalem et une seconde déportation. Les Rois s’achèvent par deux courts appendices, 2 R 25.22-30.

L’ouvrage cite nommément trois de ses sources, une Histoire de Salomon, les Annales des rois d’Israël et les Annales des rois de Juda, mais il en eut d’autres : outre la fin du grand document davidique, 1 R 1-2, une description du Temple, d’origine sacerdotale, 1 R 6-7, surtout une histoire d’Élie composée vers la fin du IXe siècle et une histoire d’Élisée un peu postérieure ; ces deux histoires sont à la base des cycles d’Élie, 1 R 17 – 2 R 1, et d’Élisée, 2 R 2-13. Les récits du règne d’Ézéchias qui mettent en scène Isaïe, 2 R 18.17-20.19, proviennent des disciples de ce prophète.

Lorsque l’utilisation des sources n’y contrevient pas, les événements sont enfermés dans un cadre uniforme : chaque règne est traité pour lui-même et entièrement, le début et la fin des règnes sont marqués par des formules à peu près constantes, où ne manque jamais un jugement sur la conduite religieuse du roi. Tous les rois d’Israël sont condamnés à cause du « péché originel » de ce royaume, la fondation du sanctuaire de Béthel ; parmi les rois de Juda, huit seulement sont loués pour leur fidélité générale aux prescriptions de Yahvé. Mais cette louange est six fois restreinte par la remarque que « les hauts lieux ne disparurent pas »; seuls Ézéchias et Josias reçoivent une approbation sans réserve.

Ces jugements s’inspirent évidemment de la loi du Deutéronome sur l’unité du sanctuaire. Il y a davantage : la découverte du Deutéronome sous Josias et la réforme religieuse qu’elle inspira marquent le point culminant de toute cette histoire, et l’ouvrage entier est une démonstration de la thèse fondamentale du Deutéronome, qui est reprise dans 1 R 8 et 2 R 17 : si le peuple observe l’alliance conclue avec Dieu, il sera béni, s’il la transgresse, il sera châtié. Cette influence deutéronomiste se retrouve dans le style, chaque fois que le rédacteur développe ou commente ses sources.

Il est vraisemblable qu’une première rédaction deutéronomiste fut faite avant l’Exil, avant la mort de Josias à Megiddo en 609, et la louange décernée à ce roi, 2 R 23.25 (moins les derniers mots), serait la conclusion de l’ouvrage primitif. Une seconde édition, également deutéronomiste, fut donnée pendant l’Exil, après 562 Si on lui attribue la fin actuelle du livre, 2 R 25.22-30, un peu plus tôt si on l’arrête après le récit de la seconde déportation, 2 R 25.21, qui a l’allure d’une conclusion. Il y eut enfin quelques additions, pendant et après l’Exil.

Les livres des Rois doivent être lus dans l’esprit où ils ont été écrits, comme une histoire du salut. L’ingratitude du peuple élu, la ruine successive des deux fractions de la nation paraissent tenir en échec le plan de Dieu, mais il y a toujours pour sauvegarder l’avenir du groupe de fidèles qui n’ont pas plié le genou devant Baal, un reste de Sion qui garde l’Alliance. La stabilité des résolutions divines se manifeste dans la permanence étonnante de la lignée davidique, dépositaire des promesses messianiques, et le livre, sous sa forme dernière, se clôt sur la grâce fait à Joiakîn, comme sur l’aurore d’une rédemption.

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