Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 28 septembre 2007

La Bible de Jérusalem (fr)

2 Rois, Chapitre 6

VI. Le cycle d’Élisée> 1 La hache perdue et retrouvée., 8 4. GUERRES ARAMÉENNES, 8 Élisée capture tout un détachement araméen., 24 La famine dans Samarie assiégée., 32 Élisée annonce la fin imminente de l’épreuve.
1 Les frères prophètes dirent à Élisée : « Voici que l’endroit où nous habitons près de toi est trop étroit pour nous.
2 Allons donc jusqu’au Jourdain ; nous y prendrons chacun une poutre et nous nous ferons là une demeure. » Il répondit : « Allez. »
3 L’un d’eux dit : « Consens à accompagner tes serviteurs », et il répondit : « J’irai »;
4 il partit avec eux. Arrivés au Jourdain, ils coupèrent le bois.
5 Or, comme l’un deux abattait sa poutre, la lame de fer tomba dans l’eau, et il s’écria : « Hélas, Monseigneur ! Et encore elle était empruntée ! »
6 Mais l’homme de Dieu lui demanda : « Où est-elle tombée ? » et l’autre lui montra la place. Alors il cassa un bout de bois, le jeta à cet endroit et fit flotter le fer.
7 Il dit : « Retire-le », et l’homme étendit la main et le prit.
8 Le roi d’Aram était en guerre avec Israël. Il tint conseil avec ses officiers et dit : « À telle et telle place sera mon camp. »
9 Mais l’homme de Dieu envoya dire au roi d’Israël : « Sois sur tes gardes, ne traverse pas cette place, car les Araméens y descendent »,
10 et le roi d’Israël envoya des hommes à la place que l’homme de Dieu lui avait dite. Il l’avertissait et le roi se tenait sur ses gardes, et cela pas rien qu’une ou deux fois.
11 Le cœur du roi d’Aram fut troublé par cette affaire, il convoqua ses officiers et leur demanda : « Ne m’apprendrez-vous pas qui parmi les nôtres est pour le roi d’Israël ? »
12 L’un de ses officiers répondit : « Non, Monseigneur le roi ; c’est Élisée, le prophète d’Israël, qui révèle au roi d’Israël les paroles que tu prononces dans ta chambre à coucher. »
13 Il dit : « Allez, voyez où il est, et j’enverrai le saisir. » On lui fit ce rapport : « Voici qu’il est à Dotân. »
14 Alors le roi envoya là-bas des chevaux, des chars et une forte troupe, qui arrivèrent de nuit et cernèrent la ville.
15 Le serviteur de l’homme de Dieu se leva de bon matin et sortit. Et voilà qu’une troupe entourait la ville avec des chevaux et des chars ! Son serviteur lui dit : « Ah ! Monseigneur, comment allons-nous faire ? »
16 Mais il répondit : « N’aie pas peur, car il y en a plus avec nous qu’avec eux. »
17 Et Élisée fit cette prière : « Yahvé, daigne ouvrir ses yeux pour qu’il voie ! » Yahvé ouvrit les yeux du serviteur et il vit : voilà que la montagne était couverte de chevaux et de chars de feu autour d’Élisée !
18 Comme les Araméens descendaient vers lui, Élisée pria ainsi Yahvé : « Daigne frapper ces gens de berlue », et il les frappa de berlue, selon la parole d’Élisée.
19 Alors Élisée leur dit : « Ce n’est pas le chemin, et ce n’est pas la ville. Suivez-moi, je vous conduirai vers l’homme que vous cherchez. » Mais il les conduisit à Samarie.
20 À leur entrée dans Samarie, Élisée dit : « Yahvé, ouvre les yeux de ces gens et qu’ils voient. » Yahvé ouvrit leurs yeux et ils virent : voilà qu’ils étaient au milieu de Samarie !
21 Le roi d’Israël, en les voyant, dit à Élisée : « Faut-il les tuer, mon père ? »
22 Mais il répondit : « Ne les tue pas. Ceux même que ton épée et ton arc ont fait captifs, les mets-tu à mort ? Offre-leur du pain et de l’eau pour qu’ils mangent et qu’ils boivent, et qu’ils aillent chez leur maître. »
23 Le roi leur servit un grand festin ; après qu’ils eurent mangé et bu, il les congédia et ils partirent chez leur maître. Les bandes araméennes ne revinrent plus sur le territoire d’Israël.
24 Il advint, après cela, que Ben-Hadad, roi d’Aram, rassembla toute son armée et vint mettre le siège devant Samarie.
25 Il y eut une grande famine à Samarie et le siège fut si dur que la tête d’âne valait quatre-vingts sicles d’argent et le quarteron d’oignons sauvages cinq sicles d’argent.
26 Comme le roi d’Israël passait sur le rempart, une femme lui cria : « Au secours, Monseigneur le roi ! »
27 Il répondit : « Si Yahvé ne te secourt pas, d’où pourrais-je te secourir ? Serait-ce de l’aire ou du pressoir ? »
28 Puis le roi lui dit : « Qu’as-tu ? » Elle reprit : « Cette femme m’a dit : "Donne ton fils, que nous le mangions aujourd’hui, et nous mangerons mon fils demain."
29 Nous avons fait cuire mon fils et nous l’avons mangé ; le jour d’après, je lui ai dit : "Donne ton fils, que nous le mangions", mais elle a caché son fils. »
30 Quand le roi entendit les paroles de cette femme, il déchira ses vêtements ; le roi passait sur le rempart, et le peuple vit qu’en dessous, il portait le sac à même le corps.
31 Il dit : « Que Dieu me fasse tel mal et y ajoute tel autre, si la tête d’Élisée fils de Shaphat lui reste aujourd’hui sur les épaules ! »
32 Élisée était assis dans sa maison et les anciens étaient assis avec lui, et le roi se fit précéder par un messager. Mais avant que celui-ci n’arrivât jusqu’à lui, Élisée dit aux anciens : « Avez-vous vu que ce fils d’assassin a donné l’ordre qu’on m’ôte la tête ! Voyez : quand arrivera le messager, fermez la porte et repoussez-le avec la porte. Est-ce que le bruit des pas de son maître ne le suit point ? »
33 Il leur parlait encore que le messager descendit chez lui et dit : « Voici que tout ce mal vient de Yahvé ! Pourquoi garderais-je confiance en Yahvé ? »
Lire la suite:2 Rois, Chapitre 7
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 j) Probablement Gilgal, où Élisée résidait parfois au milieu des prophètes, 2 R 4.38.


18 k) Non pas la cécité complète, mais une aberration de la vue, cf. Gn 19.11. Dieu avait au contraire manifesté au serviteur, v. 17, ce qui est caché aux yeux humains.


21 l) Le titre marque la vénération du roi pour le prophète, cf. 2 R 8.9 ; 13.14.


22 m) En dehors de l’anathème prononcé par Yahvé, ou de cas particuliers, ce n’était pas la coutume en Israël de massacrer les prisonniers de guerre, cf. 1 R 20.31.


24 n) Peut-être Ben-Hadad III de Damas, voir 13. L’ordre de tous ces récits paraît artificiel.


25 o) « oignons sauvages » harçonîm conj. ; l’hébr. hary yonim « fiente de pigeon » (?) est impossible ici.


31 p) Élisée avait sans doute encouragé la résistance en prédisant le secours de Yahvé ; le roi, qui l’a écouté, pense maintenant qu’Élisée l’a trompé.


Comme ceux de Samuel, les livres des Rois ne formaient d’abord qu’un ouvrage de la Bible hébraïque. Ils correspondent aux deux derniers livres des Règnes dans la traduction grecque et des Rois dans la Vulgate.

Ils font immédiatement suite aux livres de Samuel et 1 R 1-2 contient la fin du grand document de 2 S 9-20. Le long récit du règne de Salomon, 1 R 3-11, détaille l’excellence de sa sagesse, la splendeur de ses constructions, surtout du Temple de Jérusalem, l’étendue de ses richesses. C’est une époque glorieuse, certes, mais l’esprit conquérant du règne de David a disparu : on conserve, on organise, surtout on exploite. L’opposition entre les deux fractions du peuple se maintient et, à la mort de Salomon, en 931, le royaume se divise : les dix tribus du Nord font une sécession aggravée d’un schisme religieux, 1 R 12-13. L’histoire parallèle des deux royaumes d’Israël et de Juda se développe de 1 R 14 à 2 R 17 : c’est souvent l’histoire des luttes entre ces royaumes frères, c’est aussi celle des assauts extérieurs de l’Égypte contre Juda et des Araméens dans le Nord. Le danger devient plus pressant quand les armées assyriennes interviennent dans la région, d’abord au IXe siècle, plus fortement au VIIIe siècle, où Samarie tombe sous leurs coups en 721, cependant que Juda s’est déjà déclaré vassal. L’histoire de Juda seul se continue jusqu’à la ruine de Jérusalem en 587 dans 2 R 18-25.21. Le récit s’étend surtout sur deux règnes, celui d’Ézéchias, 2 R 18-20, et celui de Josias 2 R 22-23, marqués par un réveil national et une réforme religieuse. Les grands événements politiques sont alors l’invasion de Sennachérib sous Ézéchias en 701, en réponse au refus du tribut assyrien, et, sous Josias, la ruine de l’Assyrie et la formation de l’empire chaldéen. Juda dut se soumettre aux nouveaux maîtres de l’Orient, mais se révolta bientôt. Le châtiment ne tarda pas : en 597, les armées de Nabuchodonosor prirent Jérusalem et déportèrent une partie de ses habitants ; dix ans après, un sursaut d’indépendance amena une nouvelle intervention de Nabuchodonosor, qui s’acheva en 587 par la ruine de Jérusalem et une seconde déportation. Les Rois s’achèvent par deux courts appendices, 2 R 25.22-30.

L’ouvrage cite nommément trois de ses sources, une Histoire de Salomon, les Annales des rois d’Israël et les Annales des rois de Juda, mais il en eut d’autres : outre la fin du grand document davidique, 1 R 1-2, une description du Temple, d’origine sacerdotale, 1 R 6-7, surtout une histoire d’Élie composée vers la fin du IXe siècle et une histoire d’Élisée un peu postérieure ; ces deux histoires sont à la base des cycles d’Élie, 1 R 17 – 2 R 1, et d’Élisée, 2 R 2-13. Les récits du règne d’Ézéchias qui mettent en scène Isaïe, 2 R 18.17-20.19, proviennent des disciples de ce prophète.

Lorsque l’utilisation des sources n’y contrevient pas, les événements sont enfermés dans un cadre uniforme : chaque règne est traité pour lui-même et entièrement, le début et la fin des règnes sont marqués par des formules à peu près constantes, où ne manque jamais un jugement sur la conduite religieuse du roi. Tous les rois d’Israël sont condamnés à cause du « péché originel » de ce royaume, la fondation du sanctuaire de Béthel ; parmi les rois de Juda, huit seulement sont loués pour leur fidélité générale aux prescriptions de Yahvé. Mais cette louange est six fois restreinte par la remarque que « les hauts lieux ne disparurent pas »; seuls Ézéchias et Josias reçoivent une approbation sans réserve.

Ces jugements s’inspirent évidemment de la loi du Deutéronome sur l’unité du sanctuaire. Il y a davantage : la découverte du Deutéronome sous Josias et la réforme religieuse qu’elle inspira marquent le point culminant de toute cette histoire, et l’ouvrage entier est une démonstration de la thèse fondamentale du Deutéronome, qui est reprise dans 1 R 8 et 2 R 17 : si le peuple observe l’alliance conclue avec Dieu, il sera béni, s’il la transgresse, il sera châtié. Cette influence deutéronomiste se retrouve dans le style, chaque fois que le rédacteur développe ou commente ses sources.

Il est vraisemblable qu’une première rédaction deutéronomiste fut faite avant l’Exil, avant la mort de Josias à Megiddo en 609, et la louange décernée à ce roi, 2 R 23.25 (moins les derniers mots), serait la conclusion de l’ouvrage primitif. Une seconde édition, également deutéronomiste, fut donnée pendant l’Exil, après 562 Si on lui attribue la fin actuelle du livre, 2 R 25.22-30, un peu plus tôt si on l’arrête après le récit de la seconde déportation, 2 R 25.21, qui a l’allure d’une conclusion. Il y eut enfin quelques additions, pendant et après l’Exil.

Les livres des Rois doivent être lus dans l’esprit où ils ont été écrits, comme une histoire du salut. L’ingratitude du peuple élu, la ruine successive des deux fractions de la nation paraissent tenir en échec le plan de Dieu, mais il y a toujours pour sauvegarder l’avenir du groupe de fidèles qui n’ont pas plié le genou devant Baal, un reste de Sion qui garde l’Alliance. La stabilité des résolutions divines se manifeste dans la permanence étonnante de la lignée davidique, dépositaire des promesses messianiques, et le livre, sous sa forme dernière, se clôt sur la grâce fait à Joiakîn, comme sur l’aurore d’une rédemption.

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