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La Bible en cinq ans pour le 27 août 2007

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Rois, Chapitre 1,  vers 1-31

I. La succession de David> 1 Vieillesse de David., 4 Menées d’Adonias., 11 L’intrigue de Natân et de Bethsabée., 28 Salomon désigné par David est sacré roi.
1 Le roi David était un vieillard avancé en âge ; on le couvrait de vêtements sans qu’il pût se réchauffer.
2 Alors ses serviteurs lui dirent : « Qu’on cherche pour Monseigneur le roi une jeune fille vierge qui assiste le roi et qui le soigne : elle couchera sur ton sein et cela tiendra chaud à Monseigneur le roi. »
3 Ayant donc cherché une belle jeune fille dans tout le territoire d’Israël, on trouva Abishag de Shunem et on l’amena au roi.
4 Cette jeune fille était extrêmement belle ; elle soigna le roi et le servit, mais il ne la connut pas.
5 Or Adonias, le fils de Haggit, jouait au prince en disant : « C’est moi qui régnerai ! » Il s’était procuré char et attelage et cinquante hommes qui couraient devant lui.
6 De sa vie, son père ne l’avait contrarié en disant : « Pourquoi agis-tu ainsi ? » Il avait lui aussi très belle apparence et sa mère l’avait enfanté après Absalom.
7 Il s’aboucha avec Joab fils de Çeruya et avec le prêtre Ébyatar, qui se rallièrent à la cause d’Adonias ;
8 mais ni le prêtre Sadoq, ni Benayahu fils de Yehoyada, ni le prophète Natân, ni Shiméï et ses compagnons, ni les preux de David, n’étaient avec Adonias.
9 Un jour qu’Adonias immolait des moutons, des bœufs et des veaux gras à la Pierre-qui-glisse, qui est près de la source du Foulon, il invita tous ses frères, les princes royaux, et tous les Judéens au service du roi,
10 mais il n’invita pas le prophète Natân, ni Benayahu, ni les preux, ni son frère Salomon.
11 Alors Natân dit à Bethsabée, la mère de Salomon : « N’as-tu pas appris qu’Adonias fils de Haggit est devenu roi à l’insu de notre seigneur David ?
12 Eh bien ! laisse-moi te donner maintenant un conseil, pour que tu sauves ta vie et celle de ton fils Salomon.
13 Va, entre chez le roi David, et dis-lui : “N’est-ce pas toi, Monseigneur le roi, qui as fait ce serment à ta servante : Ton fils Salomon régnera après moi et c’est lui qui s’assiéra sur mon trône ? Comment donc Adonias est-il devenu roi ?”
14 Et pendant que tu seras là, conversant encore avec le roi, j’entrerai après toi et j’appuierai tes paroles. »
15 Bethsabée se rendit chez le roi dans sa chambre. Or le roi était très vieux et Abishag de Shunem le servait.
16 Elle s’inclina et se prosterna devant le roi, et le roi dit : « Que désires-tu ? »
17 Elle lui répondit : « Monseigneur, tu as juré à ta servante par Yahvé ton Dieu : « Ton fils Salomon régnera après moi, et c’est lui qui s’assiéra sur mon trône. »
18 Voici maintenant qu’Adonias est devenu roi, et toi, Monseigneur le roi, tu n’en saurais rien !
19 Car il a immolé quantité de taureaux, de veaux gras et de moutons, et il a invité tous les princes royaux, le prêtre Ébyatar, le général Joab, mais ton serviteur Salomon, il ne l’a pas invité !
20 Pourtant c’est vers toi, Monseigneur le roi, que tout Israël regarde pour que tu lui désignes qui siégera sur le trône de Monseigneur le roi après lui.
21 Et quand Monseigneur le roi sera couché avec ses pères, moi et mon fils Salomon, nous serons coupables ! »
22 Elle parlait encore avec le roi que le prophète Natân arriva.
23 On annonça au roi : « Le prophète Natân est là. » Il entra chez le roi et se prosterna devant lui, la face contre terre.
24 Natân dit : « Monseigneur le roi, tu as donc décrété : « Adonias régnera après moi et s’assiéra sur mon trône » !
25 Car il est descendu aujourd’hui, il a immolé quantité de taureaux, de veaux gras et de moutons et il a invité tous les princes royaux, les officiers de l’armée et le prêtre Ébyatar ; les voilà qui mangent et boivent en sa présence et qui crient : « Vive le roi Adonias ! »
26 Mais moi ton serviteur, le prêtre Sadoq, Benayahu fils de Yehoyada et ton serviteur Salomon, il ne nous a pas invités.
27 Se peut-il que la chose vienne de Monseigneur le roi et que tu n’aies pas fait savoir à tes fidèles qui siégera sur le trône de Monseigneur le roi après lui ? »
28 Le roi David répondit et dit : « Appelez-moi Bethsabée. » Elle entra chez le roi et se tint devant lui.
29 Alors le roi fit ce serment : « Par Yahvé vivant, qui m’a délivré de toutes les angoisses,
30 comme je t’ai juré par Yahvé, Dieu d’Israël, que ton fils Salomon régnerait après moi et s’assiérait à ma place sur le trône, ainsi ferai-je aujourd’hui même. »
31 Bethsabée s’inclina, la face contre terre, se prosterna devant le roi et dit : « Vive à jamais Monseigneur le roi David ! »
Lire la suite:1 Rois, Chapitre 1
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 a) Les chap. 1-2 Sont la suite du récit de 2 S 13-20.


7 b) Joab, neveu de David et son vieux compagnon, toujours chef de l’armée, 2 S 19.14 ; Ébyatar, seul survivant du sacerdoce de Nob, 1 S 22.20, et toujours fidèle à David.


8 c) « et ses compagnons », corr. d’après grec lucianique hébr. mal coupé. — Des questions personnelles opposent le parti de Salomon et celui d’Adonias Sadoq est rival d’Ébyatar ; Benayahu, chef de la garde, jalouse Joab, chef de l’armée ; Natân a été l’intermédiaire de Dieu près de David, spécialement lors de la naissance de Salomon, 2 S 12.24-25.


13 d) Ce serment n’est pas mentionné dans l’histoire précédente de David.


20 e) L’ordre de succession au trône n’était pas encore réglé par le droit. Saül et David avaient été les élus de Dieu et du peuple. La primogéniture n’apparaît pas comme un titre suffisant et l’on attend que le roi lui-même choisisse entre ses fils. David va non seulement désigner Salomon, mais lui transmettre le pouvoir par les cérémonies qu’il ordonne, vv. 33-35.


Comme ceux de Samuel, les livres des Rois ne formaient d’abord qu’un ouvrage de la Bible hébraïque. Ils correspondent aux deux derniers livres des Règnes dans la traduction grecque et des Rois dans la Vulgate.

Ils font immédiatement suite aux livres de Samuel et 1 R 1-2 contient la fin du grand document de 2 S 9-20. Le long récit du règne de Salomon, 1 R 3-11, détaille l’excellence de sa sagesse, la splendeur de ses constructions, surtout du Temple de Jérusalem, l’étendue de ses richesses. C’est une époque glorieuse, certes, mais l’esprit conquérant du règne de David a disparu : on conserve, on organise, surtout on exploite. L’opposition entre les deux fractions du peuple se maintient et, à la mort de Salomon, en 931, le royaume se divise : les dix tribus du Nord font une sécession aggravée d’un schisme religieux, 1 R 12-13. L’histoire parallèle des deux royaumes d’Israël et de Juda se développe de 1 R 14 à 2 R 17 : c’est souvent l’histoire des luttes entre ces royaumes frères, c’est aussi celle des assauts extérieurs de l’Égypte contre Juda et des Araméens dans le Nord. Le danger devient plus pressant quand les armées assyriennes interviennent dans la région, d’abord au IXe siècle, plus fortement au VIIIe siècle, où Samarie tombe sous leurs coups en 721, cependant que Juda s’est déjà déclaré vassal. L’histoire de Juda seul se continue jusqu’à la ruine de Jérusalem en 587 dans 2 R 18-25.21. Le récit s’étend surtout sur deux règnes, celui d’Ézéchias, 2 R 18-20, et celui de Josias 2 R 22-23, marqués par un réveil national et une réforme religieuse. Les grands événements politiques sont alors l’invasion de Sennachérib sous Ézéchias en 701, en réponse au refus du tribut assyrien, et, sous Josias, la ruine de l’Assyrie et la formation de l’empire chaldéen. Juda dut se soumettre aux nouveaux maîtres de l’Orient, mais se révolta bientôt. Le châtiment ne tarda pas : en 597, les armées de Nabuchodonosor prirent Jérusalem et déportèrent une partie de ses habitants ; dix ans après, un sursaut d’indépendance amena une nouvelle intervention de Nabuchodonosor, qui s’acheva en 587 par la ruine de Jérusalem et une seconde déportation. Les Rois s’achèvent par deux courts appendices, 2 R 25.22-30.

L’ouvrage cite nommément trois de ses sources, une Histoire de Salomon, les Annales des rois d’Israël et les Annales des rois de Juda, mais il en eut d’autres : outre la fin du grand document davidique, 1 R 1-2, une description du Temple, d’origine sacerdotale, 1 R 6-7, surtout une histoire d’Élie composée vers la fin du IXe siècle et une histoire d’Élisée un peu postérieure ; ces deux histoires sont à la base des cycles d’Élie, 1 R 17 – 2 R 1, et d’Élisée, 2 R 2-13. Les récits du règne d’Ézéchias qui mettent en scène Isaïe, 2 R 18.17-20.19, proviennent des disciples de ce prophète.

Lorsque l’utilisation des sources n’y contrevient pas, les événements sont enfermés dans un cadre uniforme : chaque règne est traité pour lui-même et entièrement, le début et la fin des règnes sont marqués par des formules à peu près constantes, où ne manque jamais un jugement sur la conduite religieuse du roi. Tous les rois d’Israël sont condamnés à cause du « péché originel » de ce royaume, la fondation du sanctuaire de Béthel ; parmi les rois de Juda, huit seulement sont loués pour leur fidélité générale aux prescriptions de Yahvé. Mais cette louange est six fois restreinte par la remarque que « les hauts lieux ne disparurent pas »; seuls Ézéchias et Josias reçoivent une approbation sans réserve.

Ces jugements s’inspirent évidemment de la loi du Deutéronome sur l’unité du sanctuaire. Il y a davantage : la découverte du Deutéronome sous Josias et la réforme religieuse qu’elle inspira marquent le point culminant de toute cette histoire, et l’ouvrage entier est une démonstration de la thèse fondamentale du Deutéronome, qui est reprise dans 1 R 8 et 2 R 17 : si le peuple observe l’alliance conclue avec Dieu, il sera béni, s’il la transgresse, il sera châtié. Cette influence deutéronomiste se retrouve dans le style, chaque fois que le rédacteur développe ou commente ses sources.

Il est vraisemblable qu’une première rédaction deutéronomiste fut faite avant l’Exil, avant la mort de Josias à Megiddo en 609, et la louange décernée à ce roi, 2 R 23.25 (moins les derniers mots), serait la conclusion de l’ouvrage primitif. Une seconde édition, également deutéronomiste, fut donnée pendant l’Exil, après 562 Si on lui attribue la fin actuelle du livre, 2 R 25.22-30, un peu plus tôt si on l’arrête après le récit de la seconde déportation, 2 R 25.21, qui a l’allure d’une conclusion. Il y eut enfin quelques additions, pendant et après l’Exil.

Les livres des Rois doivent être lus dans l’esprit où ils ont été écrits, comme une histoire du salut. L’ingratitude du peuple élu, la ruine successive des deux fractions de la nation paraissent tenir en échec le plan de Dieu, mais il y a toujours pour sauvegarder l’avenir du groupe de fidèles qui n’ont pas plié le genou devant Baal, un reste de Sion qui garde l’Alliance. La stabilité des résolutions divines se manifeste dans la permanence étonnante de la lignée davidique, dépositaire des promesses messianiques, et le livre, sous sa forme dernière, se clôt sur la grâce fait à Joiakîn, comme sur l’aurore d’une rédemption.

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