Apocalypse, Chapitre 11, vers 4-12
II. Les visions prophétiques> 1 Les deux témoins.Luc, Chapitre 20, vers 27-40
V. Ministère de Jésus à Jérusalem> 27 La résurrection des morts.34 h) Sémitisme ceux qui appartiennent à ce monde-ci.
35 i) Il n’est question ici que de la résurrection des justes.
36 j) Var. « ne doivent-ils ».
36 k) Sémitisme ressuscités.
39 l) Les scribes, pour la plupart Pharisiens, croyaient à la résurrection des morts, cf. Ac 23.6-9.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

4 h) Dans Za, les deux oliviers symbolisent Josué et Zorobabel, les deux chefs, civil et religieux, de la communauté du retour, les restaurateurs du Temple de Jérusalem après l’Exil. Ici, ils symbolisent probablement les deux champions chargés d’édifier le Temple nouveau, l’Église du Christ ils sont décrits, vv. 5-6, 11-12, sous les traits de Moïse et Élie, cf. Mt 17.3. Il n’est guère possible de les identifier. On a pensé souvent à Pierre et Paul, martyrisés à Rome sous Néron, vv. 7-8.
7 i) L’empereur Néron, cf. 13.1, 18 ; 17.8 et les notes, type de l’Antichrist.
8 j) La grande Cité de Babylone, c’est Rome, 14.8 ; 16.19 ; 17.5, 18 ; 18.2, 10-21. Elle est appelée Sodome et Égypte en raison de ses deux crimes majeurs impudicité et oppression des fidèles du Christ, cf. 17.4-6 ; ici elle est identifiée à Jérusalem, qui n’est pas seulement Ville sainte, 11.1, mais qui a « mis à mort les prophètes », Mt 23.37.
12 k) Var. « Ils entendirent ».
Le mot « apocalypse » est la transcription d’un terme grec signifiant : révélation ; toute apocalypse suppose donc révélation faite par Dieu aux hommes de choses cachées et connues de lui seul, spécialement de choses concernant l’avenir. Il est malaisé de définir exactement la frontière séparant le genre apocalyptique du genre prophétique, dont il n’est en quelque sorte qu’un prolongement ; mais tandis que les anciens prophètes entendaient les révélations divines et les transmettaient oralement, l’auteur d’une apocalypse reçoit ses révélations sous forme de visions qu’il consigne dans un livre. D’autre part, ces visions n’ont pas valeur pour elles-mêmes, mais pour le symbolisme dont elles sont chargées ; car tout, ou presque tout, dans une apocalypse, a valeur symbolique : les chiffres, les choses, les parties du corps, les personnages eux-mêmes qui entrent en scène. Lorsqu’il décrit une vision, le voyant traduit en symboles les idées que Dieu lui suggère, procédant alors par accumulation de choses, de couleurs, de chiffres symboliques, sans se soucier de l’incohérence des effets obtenus. Pour le comprendre, il faut donc entrer dans son jeu, et retraduire en idées les symboles qu’il propose, sous peine de fausser le sens de son message.
Les apocalypses eurent un grand succès dans certains milieux juifs (y compris les Esséniens de Qumrân) aux deux siècles qui précédèrent l’avènement du Christ. Préparé déjà par les visions de prophètes tels qu’Ézéchiel ou Zacharie, le genre apocalyptique s’épanouit dans l’œuvre de Daniel et dans de nombreux ouvrages apocryphes écrits aux alentours de l’ère chrétienne. Le Nouveau Testament n’a retenu dans son canon qu’une Apocalypse, dont l’auteur se nomme lui-même : Jean, 1.9, exilé dans l’île de Patmos pour sa foi au Christ au moment où il écrit. Une tradition, représentée déjà par saint Justin et largement répandue à la fin du second siècle (saint Irénée, Clément d’Alexandrie, Tertullien, le Canon de Muratori), l’identifie à Jean l’apôtre, l’auteur du quatrième évangile. Mais, jusqu’au Ve siècle, les Églises de Syrie, de Cappadoce et même de Palestine ne semblent pas avoir inséré l’Apocalypse au canon des Écritures, preuve qu’elles ne la tenaient pas pour l’œuvre d’un apôtre ; un certain Caïus, prêtre romain du début du IIIe siècle, l’attribuait même à l’hérétique Cérinthe, mais sans doute pour des motifs de polémique. D’autre part, si l’Apocalypse de Jean offre une parenté indéniable avec les autres écrits johanniques, elle s’en distingue nettement aussi, et par sa langue, et par son style, et par certaines vues théologiques (concernant la Parousie du Christ, notamment), si bien qu’il demeure difficile de lui assigner immédiatement le même auteur. Malgré tout, elle reste d’inspiration johannique, écrite dans l’entourage immédiat de l’apôtre et pénétrée de son enseignement. Sa canonicité ne saurait faire de doute. Quant à sa date, on admet assez communément qu’elle aurait été composée sous le règne de Domitien, vers 95 ; d’autres, non sans quelque vraisemblance, pensent que certaines parties au moins auraient été rédigées dès le temps de Néron, un peu avant 70.
Que l’on tienne pour le temps de Domitien ou pour celui de Néron, il est indispensable, pour bien comprendre l’Apocalypse, de la replacer dans le milieu historique qui lui a donné naissance : une période de troubles et de violentes persécutions contre l’Église naissante. Car, de même que les apocalypses qui l’ont précédée (spécialement celle de Daniel) et dont elle s’inspire manifestement, elle est avant tout un écrit de circonstance, destiné à relever et à affermir le moral des chrétiens, scandalisés sans doute de ce qu’une persécution si violente ait pu se déchaîner contre l’Église de celui qui avait affirmé : « Ne craignez pas, j’ai vaincu le monde », Jn 16.33. Pour réaliser son dessein, Jean reprend les grands thèmes prophétiques traditionnels, spécialement celui du « Grand Jour » de Yahvé (cf. Am 5.18) : au Peuple saint, asservi sous le joug des Assyriens, des Chaldéens, puis des Grecs, dispersé et presque anéanti par la persécution, les prophètes annonçaient le jour prochain du salut, lorsque Dieu viendrait délivrer son Peuple de la main des oppresseurs, lui redonnant non seulement la liberté mais encore puissance et domination sur ses ennemis, à leur tour châtiés et presque anéantis. Lorsque Jean écrit, l’Église, le nouveau Peuple élu, vient d’être décimée par une persécution sanglante, 6.10-11 ; 16.6 ; 17.6, déchaînée par Rome et l’Empire romain (la Bête) mais sur l’instigation de Satan, 12 ; 13.2-4, l’Adversaire par excellence du Christ et de son Peuple. Une vision inaugurale décrit la majesté de Dieu qui trône au ciel, maître absolu des destinées humaines, 4, et qui remet à l’Agneau le livre contenant le décret d’extermination des persécuteurs, 5 ; la vision se poursuit par l’annonce d’une invasion de peuples barbares (les Parthes), avec son cortège traditionnel de maux : guerre, famine, peste, 6. Les fidèles de Dieu seront cependant préservés, 7.1-8 ; cf. 14.1-5, en attendant de jouir au ciel de leur triomphe, 7.9-17 ; cf. 15.1-5. Voulant cependant le salut des pécheurs, Dieu ne va pas les détruire tout de suite, mais leur envoyer une série de fléaux pour les avertir, comme il l’avait fait contre Pharaon et les Égyptiens, 8-9 ; cf. 16. Peine perdue ; à cause de leur endurcissement, Dieu va détruire les impies persécuteurs, 17, qui essayaient de corrompre la terre en l’amenant à adorer Satan (allusion au culte des empereurs de la Rome païenne) ; suivent une lamentation sur Babylone (Rome) détruite, 18, et des chants de triomphe au ciel, 19.1-10. Une nouvelle vision reprend le thème de la destruction de la Bête (la Rome persécutrice), opérée cette fois par le Christ glorieux, 19.11-21. Une période de prospérité s’ouvre alors pour l’Église, 20.1-6, qui s’achèvera par un nouvel assaut de Satan contre elle, 20.7s, l’anéantissement de l’Ennemi, la résurrection des morts et leur Jugement, 20.11-15, enfin l’établissement définitif du Royaume céleste, dans la joie parfaite, la mort elle-même étant anéantie, 21.1-8. Une vision rétrospective décrit l’état de perfection de la Jérusalem nouvelle durant son règne sur la terre, 21.9s.
Telle est l’interprétation historique de l’Apocalypse, son sens premier et fondamental. Mais la portée du livre ne s’arrête pas là, car il met en jeu des valeurs éternelles sur lesquelles peut s’appuyer la foi des fidèles de tous les temps. Déjà dans l’Ancien Testament, la confiance du Peuple saint était fondée sur la promesse de Dieu de demeurer « avec son Peuple », cf. Ex 25.8, présence qui signifiait protection contre les ennemis pour opérer le salut. Maintenant encore, et bien plus parfaitement, Dieu est avec son Peuple nouveau qu’il s’est uni en la personne de son Fils, Emmanuel (Dieu-avec-nous) ; et l’Église vit de cette promesse du Christ ressuscité : « Voici que je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde », Mt 28.20. S’il en est ainsi, les fidèles n’ont rien à craindre ; même s’ils doivent momentanément souffrir pour le nom du Christ, ils seront en définitive vainqueurs de Satan et de toutes ses machinations.
Dans son état actuel, le texte de l’Apocalypse présente un certain nombre de doublets, de ruptures dans la suite des visions, de passages apparemment hors de contexte. Les commentateurs ont essayé d’expliquer ces anomalies de multiples façons : compilation de sources différentes, déplacement accidentel de certains passages ou chapitres, etc. Parmi les explications possibles, nous proposons l’hypothèse suivante.
La partie proprement prophétique, Ap 4-22, serait composée de deux Apocalypses distinctes, écrites par le même auteur à des dates différentes, puis fondues en un seul texte par une autre main. Les deux textes primitifs comporteraient les sections suivantes :
Quant aux lettres aux sept Églises, 1-3, bien que destinées à être lues avec les deux autres textes, elles ont dû exister primitivement à l’état de texte séparé.
Une telle supposition ne saurait engendrer l’évidence. Elle a inspiré les grandes divisions insérées ci-après dans le texte du livre, mais non le détail de l’annotation, de sorte que le lecteur peut se livrer à une lecture suivie de l’Apocalypse sans se préoccuper des deux textes primitifs, en se laissant conquérir par l’imagerie compliquée mais puissante dont l’auteur a revêtu son message de certitude et d’espoir. Le sacrifice de l’Agneau a remporté la victoire dernière, et quels que soient les maux dont souffre l’Église du Christ, elle ne peut douter de la fidélité de Dieu jusqu’au moment où le Seigneur viendra, « bientôt », 1.1 ; 22.20. L’Apocalypse est la grande épopée de l’espérance chrétienne, le chant de triomphe de l’Église persécutée.