Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 7 mars 2006

La Bible de Jérusalem (fr)

Esther, Chapitre 1,  vers 13-22

I. Assuérus et Vasthi> 9 L’affaire Vasthi.
13 Il s’adressa aux sages versés dans la science des lois — car c’est ainsi que les affaires du roi étaient traitées, en présence de tous ceux qui étaient versés dans la science de la loi et du droit. 14 Il fit venir près de lui Karshena, Shétar, Admata, Tarshish, Mérès, Marsena et Memukân, sept grands officiers perses et mèdes admis à voir la face du roi et siégeant aux premières places du royaume. 15 « Selon la loi, dit-il, que faut-il faire à la reine Vasthi pour n’avoir pas obtempéré à l’ordre du roi Assuérus que les eunuques lui transmettaient ? » 16 Et en présence du roi et des grands officiers, Memukân répondit : « Ce n’est pas seulement contre le roi que la reine Vasthi a mal agi, c’est aussi contre tous les grands officiers et contre toutes les populations répandues à travers les provinces du roi Assuérus. 17 La façon d’agir de la reine ne manquera pas de venir à la connaissance de toutes les femmes, qui regarderont leur mari avec mépris. « Le roi Assuérus lui-même, pourront-elles dire, avait donné l’ordre de lui amener la reine Vasthi, et elle n’est pas venue ! » 18 Aujourd’hui même les femmes des grands officiers perses et mèdes vont parler à tous les grands officiers du roi de ce qu’elles ont appris de la façon d’agir de la reine, et ce sera grand mépris et grande colère. 19 Si tel est le bon plaisir du roi, qu’un édit émané de lui s’inscrive, irrévocable, parmi les lois des Perses et des Mèdes, pour interdire à Vasthi de paraître en présence du roi Assuérus, et que le roi confère sa qualité de reine à une autre qui vaille mieux qu’elle. 20 Puis l’ordonnance portée par le roi sera promulguée dans tout son royaume, qui est grand, et lors les femmes rendront honneur à leur mari, du plus grand jusqu’au plus humble. » 21 Ce discours plut au roi et aux grands officiers, et le roi suivit l’avis de Memukân. 22 Il envoya des lettres à toutes les provinces de l’empire, à chaque province selon son écriture et à chaque peuple selon sa langue, afin que tout mari fût maître chez lui.
Lire la suite:Esther, Chapitre 2
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

13 c) « la science des lois » conj. ; « la science des temps » hébr.


14 d) C’est-à-dire admis au conseil royal, cf. 2 R 25.19. — Cette consultation de sages est également attestée en Dn 2.2s ; 5.7-12.


19 e) Le thème de l’édit irrévocable, et bientôt caduc, est très exploité dans la littérature biblique d’inspiration perse, peut-être avec une subtile ironie de l’écrivain juif.


22 f) Hébr. ajoute « et qu’il parle la langue de son peuple », omis par grec.


Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.

Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.

La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.3l. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.

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