Le décret d'Artaxerxès, envoyé aux quatre coins de son immense empire, paraît aujourd'hui quelque peu naïf. Pourtant, à une époque qui ne reconnaissait...
Le décret d'Artaxerxès, envoyé aux quatre coins de son immense empire, paraît aujourd'hui quelque peu naïf. Pourtant, à une époque qui ne reconnaissait aucun droit aux femmes, il avait un ton plutôt sévère. Les conseillers du roi, inquiets pour leur autorité et leur pouvoir dans leurs propres familles, le persuadèrent d'interdire par la loi aux femmes d'avoir une opinion personnelle. Il importe de remarquer que la reine qui avait tant irrité Artaxerxès avait refusé de faire ce qui, à cette époque, aurait été considéré comme très inconvenant. C'est précisément le jugement personnel des femmes dans de telles questions, la conscience qu'elles avaient de leur propre dignité, qui effrayait tant les courtisans. Plus loin dans le livre d'Esther, et dans toute la Bible, nous verrons combien cette attitude s'écarte de la manière dont Dieu considère les êtres humains qu'Il a créés.
13 c) « la science des lois » conj. ; « la science des temps » hébr.
14 d) C’est-à-dire admis au conseil royal, cf. 2 R 25.19. — Cette consultation de sages est également attestée en Dn 2.2s ; 5.7-12.
19 e) Le thème de l’édit irrévocable, et bientôt caduc, est très exploité dans la littérature biblique d’inspiration perse, peut-être avec une subtile ironie de l’écrivain juif.
22 f) Hébr. ajoute « et qu’il parle la langue de son peuple », omis par grec.
Le livre d’Esther raconte, comme celui de Judith, une délivrance de la nation par l’intermédiaire d’une femme. Les Juifs établis en Perse sont menacés d’extermination par la haine d’un vizir omnipotent, Aman, et sont sauvés grâce à l’intervention d’Esther, une jeune compatriote devenue reine, elle-même dirigée par son oncle Mardochée ; c’est un retournement complet de la situation : Aman est pendu, Mardochée prend sa place, les Juifs massacrent leurs ennemis. La fête des Purim est instituée pour commémorer cette victoire et on recommande aux Juifs de la célébrer chaque année.
Ce récit illustre l’hostilité dont les Juifs étaient l’objet dans le monde antique, à cause de la singularité de leur vie qui les mettait en opposition avec la loi du prince (comparer la persécution d’Antiochus Épiphane) ; leur nationalisme exacerbé est une réaction de défense. Sa violence nous choque mais nous devons nous souvenir que le livre est antérieur à la révélation chrétienne. Il faut aussi faire la part de la convention littéraire : ces intrigues de harem et ces tueries ne servent qu’à la présentation dramatique d’une thèse, qui est une thèse religieuse. L’élévation de Mardochée et d’Esther et la délivrance qui en résulte rappellent l’histoire de Daniel, et surtout celle de Joseph, opprimé puis exalté pour le salut de son peuple. Dans le récit de la Genèse sur Joseph, Dieu ne manifeste pas extérieurement sa puissance et cependant il dirige les événements. De même, dans le livre hébreu d’Esther, qui évite de nommer Dieu, la Providence conduit toutes les péripéties du drame. Les acteurs le savent et mettent toute leur confiance en Dieu, qui réalisera son dessein de salut, même si défaillent les instruments humains qu’il a choisis, cf. Est 4.13-17 qui donne la clé du livre. Les additions grecques sont d’un ton plus religieux (elles ont fourni tous les passages d’Esther utilisés par la liturgie chrétienne), mais elles ne font qu’expliciter ce que l’auteur hébreu laissait deviner.
La version grecque existait en 114 (ou 78) av. J.-C., où elle est envoyée en Égypte pour authentiquer la fête des Purim, Est 10.3l. Le texte hébreu est antérieur ; d’après 2 M 15.36, les Juifs de Palestine célébraient, en 160 av. J.-C., un « jour de Mardochée », qui suppose connus l’histoire d’Esther et peut-être le livre lui-même. Celui-ci peut avoir été composé dans le deuxième quart du IIe siècle av. J.-C. Son rapport original avec la fête des Purim est incertain : le passage d’Est 9.20-32 est d’un style différent et paraît être une addition. Les origines de la fête sont obscures et il est possible que le livre lui ait été rattaché secondairement (2 M 15.36 ne donne pas le nom de « Purim » au « jour de Mardochée ») et ait servi à la justifier historiquement.