Jude, Chapitre 1, vers 1-10
1 Adresse., 3 Occasion., 5 Les faux docteurs. Le châtiment qui les menace., 8 Leurs blasphèmes.Luc, Chapitre 22, vers 39-42, 45-71
VI. La passion> 39 Au mont des Oliviers., 47 L’arrestation de Jésus., 54 Reniements de Pierre., 63 Premiers outrages., 66 Jésus devant le Sanhédrin.Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.
Luc, Chapitre 23, vers 1
VI. La passion> 66 Jésus devant le Sanhédrin.Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

1 a) « aux appelés », var. « aux nations appelées », — « aimés », var. « sanctifiés ».
3 b) « notre salut », Vulg. « votre salut ».
3 c) À la tradition de la foi des apôtres, v. 17, fondement de la vie chrétienne, v. 20, il n’y a rien à changer, v. 5 cf. 1 Co 11.2 ; 2 Th 2.15 ; 1 Tm 6.20.
4 d) « cette sentence », var. « ce péché ».
4 e) Var. « et renient Dieu, le seul Maître, et notre Seigneur Jésus Christ ». Cf. Hénok 48.10.
5 f) Dieu le Père, cf. 2 P 2.4. Var. (Vulg.) « Jésus », qui désignerait le Christ dans sa préexistence divine, cf. 1 Co 10.4.
6 g) S’étant laissé séduire par les filles des hommes, Gn 6.1-2 thème développé par le Livre d’Hénok : Hénok 12.4 ; 10.6.
7 h) Une chair qui n’était pas humaine, puisque leur péché avait été de vouloir abuser d’« anges », Gn 19.1-11. Comme Jude 6-7, l’apocryphe Testament des Douze Patriarches mentionne ensemble le péché des anges et celui de Sodome.
8 i) Les hérétiques contemporains de Jude, que n’arrête pas le châtiment des anges séducteurs, vv. 6-7.
8 j) Var. « les Seigneuries » (les anges, cf. Ep 1.21 ; Col 1.16).
9 k) Jude paraît dépendre ici de l’apocryphe Assomption de Moïse, où Michel (Dn 10.13) entre en contestation avec le diable qui, après la mort de Moïse, réclamait son cadavre.
10 l) Ils ignorent parce qu’ils n’ont pas l’Esprit, Rm 1.9, et ne connaissent que selon leur nature d’êtres « psychiques », v. 19 ; cf. 1 Co 15.44, hommes que méprisaient les gnostiques.
Jude, qui se dit « frère de Jacques », v. 1, semble se donner lui aussi pour l’un des « frères du Seigneur », Mt 13.55. Rien n’oblige à l’identifier avec l’apôtre du même nom, Lc 6.16 ; Ac 1.13 ; cf. Jn 14.22 ; aussi bien lui-même se distingue-t-il du groupe apostolique, v. 17. La médiocre importance du personnage rend difficile l’hypothèse du pseudonyme, mais la date tardive de l’épître rend ce fait possible et même probable. L’auteur montre une connaissance remarquable des sources juives, un indice qu’il représente une église cultivée, riche en livres.
De fait, cette épître était reçue dès l’an 200 par la plupart des Églises comme Écriture canonique. L’usage qu’elle fait de sources apocryphes (Hénok aux vv. 7, 14s ; Assomption de Moïse au v. 9) a bien suscité quelques doutes dès l’Antiquité, mais il n’a pas de quoi troubler, car ce recours légitime à des écrits juifs alors répandus n’équivaut nullement à leur reconnaître un caractère inspiré.
Tout le propos de Jude est de stigmatiser les mauvais docteurs qui mettent en péril la foi chrétienne. Il les menace d’un châtiment divin illustré par des précédents de la tradition juive, vv. 5-7, et la description qu’il donne de leurs errements paraît aussi influencée par ces souvenirs du passé, v. 11. Elle demeure d’ailleurs assez vague et n’autorise certainement pas à déceler le gnosticisme du IIe siècle. L’impiété et la licence morale qu’il leur reproche, particulièrement leurs blasphèmes contre le Seigneur Christ et les Anges, vv. 4, 8-10, ont pu se rencontrer au sein du christianisme dès le Ier siècle sous l’influence de ces tendances syncrétistes qu’attaquent l’épître aux Colossiens, les Pastorales et l’Apocalypse.
Certains traits invitent toutefois à ne pas remonter trop haut dans le Ier siècle. Les prédications des apôtres sont rejetées dans le passé, vv. 17s. La foi est conçue comme un donné objectif « transmis une fois pour toutes », v. 3. Les épîtres de Paul paraissent utilisées. Il est vrai que la deuxième épître de Pierre utilise à son tour celle de Jude, mais nous dirons qu’elle peut être postérieure à la mort de saint Pierre. En définitive on songera aux derniers temps de l’âge apostolique.