Le deuxième chapitre du livre du prophète Malachie s'ouvre sur un nouveau reproche adressé aux prêtres infidèles d'Israël, qui ne porte plus...
Le deuxième chapitre du livre du prophète Malachie s'ouvre sur un nouveau reproche adressé aux prêtres infidèles d'Israël, qui ne porte plus sur leur négligence dans l'offrande des sacrifices. Le Seigneur dit que « les lèvres du prêtre doivent garder la connaissance, et c'est de sa bouche que l'on attend la loi » ; c'est donc bien l'instruction du peuple qui incombe au sacerdoce. Pourtant, au temps de Malachie, les prêtres ne s'étaient pas contentés de mépriser ce devoir : ils donnaient eux-mêmes l'exemple de la transgression de la loi. Le Seigneur répond que, pour les hommes en général et pour le sacerdoce lévitique en particulier, l'accomplissement de la volonté du Créateur est la seule source possible de dignité. Il en découle logiquement que, lorsque l'alliance avec la « descendance de Lévi », avec le sacerdoce d'Israël, est rompue, l'humiliation et la honte échoient d'elles-mêmes au sacerdoce infidèle.
Selon le prophète, c'est surtout par leur « partialité dans les affaires de la loi » que les prêtres égarent le peuple. Le Seigneur leur avait confié le devoir d'interpréter la loi, d'en expliquer le sens profond et de résoudre les questions litigieuses conformément à l'esprit de la loi et à leur propre expérience de la vie et de la prière. Mais, au lieu de cela, les prêtres d'Israël se comportaient comme si on les avait établis gardiens chargés de décider de ce qui pouvait ou non être permis, en fonction de l'influence et du rang de chacun de ceux qui venaient les interroger. Dans la pratique, les nobles et les riches recevaient ainsi la permission de ne pas observer certaines dispositions de la loi, tandis que les pauvres et les gens sans importance étaient tenus de les respecter. Derrière cette pratique se cache une manière de considérer la loi du Seigneur comme des prescriptions humaines facultatives, et non comme la révélation de la volonté du Tout-Puissant pour le salut des hommes. C'est là que s'enracinent les « fardeaux difficiles à porter » dont a parlé le Seigneur Jésus-Christ ; c'est là qu'une singulière corruption spirituelle s'introduit dans la vie religieuse et ronge le fondement même de la vie humaine : la relation avec Dieu. Car les prêtres justifiaient leurs opinions par la volonté du Créateur, prétendument exprimée dans la loi.
Le prophète aborde ensuite les relations des hommes entre eux, qui devraient se fonder sur leur fraternité devant Dieu. C'est ici l'un des rares passages de l'Ancien Testament où le prophète ose appeler Dieu non pas Créateur et Souverain, mais Père des hommes. « N'avons-nous pas tous un seul Père ? N'est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? », demande Malachie. Dieu est pour lui Celui qui fait jaillir la vie pour tous les hommes, Celui en qui l'âme de chaque homme prend sa source. Le prophète ressent intensément la vocation de l'homme à la ressemblance avec Dieu ; toute manifestation de cruauté et d'infidélité envers les autres est donc pour lui un reniement de cette vocation. De même, le lien direct des hommes avec le Créateur implique avant tout, pour Malachie, la fidélité dans l'adoration du Dieu unique. Les cultes païens et une attitude païenne envers la foi des pères sont ainsi perçus comme une trahison de la vie même.
2 e) « votre bénédiction » grec, cf. la suite du v. ; « vos bénédictions » hébr. — Il s’agit, au sens concret, des biens matériels départis aux lévites.
3 f) « briser le bras » godea` hazzeroa` grec ; « réprimander votre semence » go`er hazzera` hébr.
11 g) Les fautes du peuple souillent le Temple.
11 h) « Juda », d’abord pris collectivement, est maintenant pris au sens distributif celui qui fait partie de Juda épouse la « fille » d’un dieu étranger, une idolâtre.
12 i) « protecteur » et « répondant » sens incertain. On propose de lire `ed « témoin » (d’après un ms et grec) au lieu de `er hébr.
Le livre dit de « Malachie » était probablement anonyme, car ce nom signifie « mon messager » et paraît être tiré de 3.1. Il se compose de six morceaux bâtis sur le même type : Yahvé, ou son prophète, lance une affirmation, qui est discutée par le peuple ou par les prêtres et qui est développée dans un discours où voisinent menaces et promesses de salut. Il y a deux grands thèmes : les fautes cultuelles des prêtres et aussi des fidèles, 1.6–2.9 et 3.6-12, le scandale des mariages mixtes et des divorces, 2.10-16. Le prophète annonce le Jour de Yahvé, qui purifiera les membres du sacerdoce, dévorera les méchants et assurera le triomphe des justes, 3.1-5, 13-21. Le passage 3.22-24 est ajouté, peut-être aussi 2 11-13.
Le contenu du livre permet de déterminer sa date : il est postérieur au rétablissement du culte dans le Temple rebâti, 515, et antérieur à l’interdiction des mariages mixtes sous Néhémie, 445, probablement assez proche de cette dernière date. L’élan qu’Aggée et Zacharie avaient donné est brisé et la communauté se laisse aller. En s’inspirant du Deutéronome, et aussi d’Ézéchiel, le prophète affirme qu’on ne se moque pas de Dieu, qui exige de son peuple religion intérieure et pureté. Il attend la venue de l’Ange de l’Alliance, préparée par un mystérieux envoyé, 3.1, dans lequel Mt 11.10, cf. Lc 7.27 et Mc 1.2, a reconnu Jean-Baptiste, le Précurseur. Cette ère messianique verra le rétablissement de l’ordre moral, 3.5, et de l’ordre cultuel, 3.4, culminant dans le sacrifice parfait offert à Dieu par toutes les nations, 1.11.