Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 9 novembre 2005

La Bible de Jérusalem (fr)

Zacharie, Chapitre 11

Deuxième partie> 3 Libération et retour d’Israël., 4 Les deux pasteurs.
1 Ouvre tes portes, Liban,
et que le feu dévore tes cèdres !
2 Gémis, genévrier, car le cèdre est tombé,
car les majestueux sont ravagés.
Gémissez, chênes de Bashân,
car elle est abattue la forêt inaccessible.
3 On entend le gémissement des pasteurs
car leur majesté est ravagée.
On entend les rugissements des lionceaux
car l’orgueil du Jourdain est ravagé.
4 Ainsi parle Yahvé mon Dieu : « Fais paître les brebis d’abattoir,
5 celles que leurs acheteurs abattent sans être châtiés, dont leurs vendeurs disent : « Béni soit Yahvé, me voilà riche », et que les pasteurs n’épargnent point.
6 Car je n’épargnerai plus les habitants du pays — oracle de Yahvé ! — Mais voici que moi, je vais livrer les hommes chacun aux mains de son prochain, aux mains de son roi. Ils écraseront le pays et je ne les délivrerai pas de leurs mains. »
7 Alors je fis paître les brebis d’abattoir qui appartiennent aux marchands de brebis. Je pris pour moi deux bâtons, j’appelai l’un « Faveur » et l’autre « Liens » et je fis paître les brebis.
8 Je fis disparaître les trois pasteurs en un seul mois. Mais je perdis patience avec eux, et quant à eux, ils furent avares envers moi.
9 Alors je dis : « Je ne vous ferai plus paître. Que celle qui doit mourir meure ; que celle qui doit disparaître disparaisse, et que celles qui restent s’entre-dévorent.
10 Puis je pris mon bâton « Faveur » et le mis en morceaux pour rompre mon alliance, celle que j’avais conclue avec tous les peuples.
11 Elle fut donc rompue en ce jour-là, et les marchands de brebis qui m’observaient surent que c’était là une parole de Yahvé.
12 Je leur dis alors : « Si cela vous semble bon, donnez-moi mon salaire, sinon n’en faites rien. » Ils pesèrent mon salaire : trente sicles d’argent.
13 Yahvé me dit : « Jette-le au fondeur, ce prix splendide auquel ils m’ont apprécié ! » Je pris donc les trente sicles d’argent et les jetai à la Maison de Yahvé, pour le fondeur.
14 Puis je mis en morceaux mon deuxième bâton « Liens », pour rompre la fraternité entre Juda et Israël.
15 Yahvé me dit alors : « Prends encore l’équipement d’un pasteur insensé,
16 car voici que moi je vais susciter un pasteur dans le pays ; celle qui a disparu, il n’en aura cure, celle qui vagabonde, il ne la recherchera pas, celle qui est blessée, il ne la soignera pas, celle qui est bien portante, il ne l’entretiendra pas ; mais il dévorera la chair des bêtes grasses et arrachera même leurs sabots.
17 Malheur au pasteur inexistant
qui délaisse son troupeau !
Que l’épée s’attaque à son bras
et à son œil droit !
Que son bras soit tout desséché,
que son œil droit soit aveuglé ! »
Lire la suite:Zacharie, Chapitre 12
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 b) Symboles des grandes puissances, cf. Isa 10.33s ; Ez 31, ou de leurs rois.


4 c) Le livret des pasteurs, cf. Ez 34.1, s’achèvera, 13.7-9, en prophétie messianique. Ici, les vv. 4-14 sont un retour allégorique sur les événements récents, qui constitue une sorte d’apologie de la Providence. Le prophète tient le rôle de Yahvé, dont il a revêtu, pour ainsi dire, le Pastorat éminent. Mais Israël n’a pas compris le bien que lui voulait son Dieu. Aussi Yahvé va-t-il susciter un mauvais pasteur que le prophète est chargé de mimer, vv. 15-17, figurant le retour aux anciens errements.


5 d) « disent », « n’épargnent » conj. ; l’hébr. a le singulier. — Acheteurs et vendeurs sont les classes dirigeantes juives ; leurs intrigues et leur argent en font les maîtres des pasteurs du peuple.


6 e) On considère souvent ce v. comme une glose, attirée par le mot « épargner » mais étrangère à la perspective du morceau. On peut cependant y voir une allusion aux événements rapportés en 1 R 12.19, 24. Tout ce passage pourrait faire allusion aux débuts de la royauté, les trois pasteurs rejetés, v. 8, représentant alors Salomon, coupable d’idolâtrie, Roboam, qui provoqua le schisme, et Jéroboam qui inaugura un culte hétérodoxe. Mais cf. v. 8.


7 f) « les marchands » (litt. « les Cananéens ») grec ; « les plus pauvres » hébr., de même au v. 11.


8 g) S’il ne s’agit pas des rois coupables, cf. v. 6, ce peut être une allusion à la suite des grands prêtres dont Yahvé, représenté symboliquement par son prophète, amena l’éviction. On sait qu’après l’Exil, les prêtres furent les chefs de la communauté juive. — Le « mois » symbolise le temps du salut dont ne voulut pas profiter le peuple.


12 h) Un gouverneur a droit à une rétribution, cf. Ne 5.15. Ici, celle qui est donnée allégoriquement par les classes dirigeantes au prophète (figurant Yahvé) est dérisoire, le prix d’un esclave, Ex 21.32. Bref, on se moque de Yahvé ! — Mt 27.3-10 a appliqué les vv. 12-13 au Christ, dont le prophète, tenant la place de Yahvé méprisé, apparaît comme le type.


14 i) Ce passage pourrait constituer la plus ancienne attestation du schisme samaritain. C’est vers 328, au témoignage de Josèphe, que les Samaritains auraient construit au Garizim un temple rival de celui de Jérusalem. Ainsi la rupture des deux bâtons symbolise l’oppression étrangère renaissante (v. 10) et le schisme intérieur consommé.


16 j) « vagabonde » na`ah corr. ; « jeune » na`ar hébr.


Le livre de Zacharie se compose de deux parties bien distinctes : 1-8 et 9-14. Après une introduction, datée d’octobre-novembre 520, deux mois après la première prophétie d’Aggée, le livre rapporte huit visions du prophète datées de février 519, 1.7 – 6.8, suivies du couronnement symbolique de Zorobabel (les réviseurs ont substitué le nom du grand prêtre Josué lorsque se fut évanoui l’espoir qu’on avait mis en Zorobabel et que le sacerdoce détint tout le pouvoir), 6.9-14. Le chap. 7 fait un retour sur le passé national et le chap. 8 ouvre des perspectives de salut messianique, l’un et l’autre à propos d’une question sur le jeûne, posée en novembre 518.

Cet ensemble bien daté et de pensée homogène est certainement authentique ; il porte cependant les marques d’une révision, faite par le prophète lui-même ou par ses disciples. Par exemple, les annonces universalistes de 8.20-23 ont été ajoutées après 8.18-19 qui est une conclusion.

Comme Aggée, Zacharie se préoccupe de la reconstruction du Temple. Mais il fait une part plus large à la restauration nationale et à ses exigences de pureté et de moralité, et l’attente eschatologique est plus pressante. Cette restauration doit ouvrir une ère messianique où le sacerdoce représenté par Josué sera exalté, 3.1-7, mais où la royauté sera exercée par le « Germe », 3.8, terme messianique que 6.12 applique à Zorobabel. Les deux Oints, 4.14, gouverneront en parfait accord, 6.13. Ainsi Zacharie fait renaître la vieille idée du messianisme royal mais l’associe aux préoccupations sacerdotales d’Ézéchiel, dont l’influence se marque sur bien des points : rôle prépondérant des visions, tendance apocalyptique, souci de la pureté. Les mêmes traits et la part faite aux anges préludent à Daniel.

La deuxième partie, 9-14, qui s’ouvre d’ailleurs par un nouveau titre, 9.1, est toute différente. Les pièces sont sans date et anonymes. Il n’est plus question ni de Zacharie, ni de Josué, ni de Zorobabel, ni de la construction du Temple. Le style est différent et fait un fréquent usage des livres antérieurs, surtout Jr et Ez. L’horizon historique n’est plus le même ; Assur et l’Égypte viennent comme les noms symboliques de tous les oppresseurs.

Ces chapitres ont très vraisemblablement été composés dans les dernières décennies du IVe siècle av. J.-C., après la conquête d’Alexandre. Malgré les efforts récemment renouvelés pour prouver leur unité, il faut admettre qu’ils sont disparates. On distingue deux sections introduites chacune par un titre, 9-11 et 12-14 ; la première est presque entièrement en vers, la seconde est presque entièrement en prose. On parle d’un Deutéro-Zacharie et d’un Trito-Zacharie. En fait ce sont deux collections elles-mêmes composites. La première utilise peut-être d’anciens morceaux poétiques, préexiliques, et se réfère à des faits d’histoire qu’il est difficile de préciser (l’application de 9.1-8 à la conquête d’Alexandre reste la plus vraisemblable). La seconde partie, 12-14, décrit en termes d’apocalypse les épreuves et les gloires de la Jérusalem des derniers temps. Mais l’eschatologie n’est pas absente de la première partie et certains thèmes se retrouvent dans les deux sections, ainsi celui des « pasteurs » du peuple, 10.2-3 ; 11.4-14 ; 13.7-9.

Cette partie du livre est importante surtout par sa doctrine messianique, d’ailleurs peu unifiée : relèvement de la maison de David, 12 Passim, attente d’un Roi messie humble et pacifique, 9.9-10, mais annonce mystérieuse du Transpercé, 12.10, théocratie guerrière, 10.3 – 11.3, mais aussi cultuelle à la manière d’Ézéchiel, 14. Ces traits s’harmoniseront dans la personne du Christ et le Nouveau Testament cite souvent ces chapitres de Zacharie ou au moins y fait allusion, ainsi Mt 21.4-5 ; 27.9 (combiné avec Jérémie) ; Mt 26.31 = Mc 14.27 ; Jn 19.37.

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