Parlant de la vie chrétienne, l'auteur de la lettre rappelle d'anciennes prophéties dont le sens se ramène à ceci: l'époque messianique est l'époque du rachat universel et du pardon des péchés. Il comprend parfaitement que rien de semblable ne peut être atteint par cette purification partielle que pouvaient donner les sacrifices purificateurs yahvistes traditionnels. Il doit se produire quelque chose qui change qualitativement la situation de la purification. Et ce quelque chose doit sans aucun doute être lié à la personne de Celui qui a apporté le Royaume dans le monde. Ainsi se forme l'image de ce qu'on appelle d'ordinaire le sacrifice rédempteur du Christ.
Il ne s'agit évidemment pas d'un rachat au sens où nous comprenons généralement ce mot aujourd'hui, comme si Dieu rachetait quelqu'un au diable en payant les rachetés par la vie de son Fils. Il s'agit de rédemption au sens où, dans les livres de l'Ancien Testament, on appelle parfois rédempteurs les sacrifices purificateurs: ils libèrent l'homme du pouvoir du péché, partiellement et pour un temps, au prix de l'intervention de Dieu et de la mort de l'animal offert en sacrifice, qui, bien sûr, n'est en rien coupable des péchés de ceux qui en sont libérés par le sacrifice offert. De même, le Christ prend sur Lui les conséquences des péchés que nous avons commis; pour cela, Il vient dans le monde déchu, qui finit par Le tuer. Et Il consent à être tué, tout en n'étant évidemment en aucune manière coupable des péchés dont Il prend sur Lui les conséquences, et sans avoir part à aucun péché.
Cependant, sans une telle intervention purificatrice, la plénitude de la sanctification restera inaccessible à l'homme déchu, tout comme le Royaume lui restera inaccessible. Le Christ renonce volontairement à sa vie, va à la mort, se sacrifie pour intervenir dans la situation liée à nos péchés, pour régler à notre place les conséquences de ce que nous avons commis, parce que nous-mêmes ne pourrons jamais les régler. C'est en ce sens que Paul, comme son disciple, l'auteur de l'Épître aux Hébreux, parle du sacrifice rédempteur.
