Bible-Centre

Lecture en trois ans pour le 16 août 2005

La Bible de Jérusalem (fr)

Ezéchiel, Chapitre 12

I. Avant le siège de Jérusalem> 1 Le mime de l’émigrant., 21 Proverbes populaires.
La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
Fils d’homme, tu habites au milieu d’une engeance de rebelles qui ont des yeux pour voir et ne voient point, des oreilles pour entendre et n’entendent point, car c’est une engeance de rebelles.
Et toi, fils d’homme, fais-toi un bagage d’exilé et pars en exil sous leurs yeux. Tu partiras du lieu où tu te trouves vers un autre lieu, à leurs yeux. Peut-être reconnaîtront-ils qu’ils sont une engeance de rebelles.
Tu arrangeras tes affaires comme un bagage d’exilé, de jour, à leurs yeux. Et toi, tu sortiras le soir, à leurs yeux, comme sortent les exilés.
À leurs yeux, fais un trou dans le mur, par où tu sortiras.
À leurs yeux, tu chargeras ton ballot sur l’épaule et tu sortiras dans l’obscurité ; tu te couvriras le visage pour ne pas voir le pays, car j’ai fait de toi un présage pour la maison d’Israël.
J’agis donc selon l’ordre que j’avais reçu : j’arrangeai mes affaires comme un bagage d’exilé, de jour, et le soir je fis un trou dans le mur avec la main ; puis je sortis dans l’obscurité et je chargeai mon ballot sur l’épaule, à leurs yeux.
Alors la parole de Yahvé me fut adressée, le matin, en ces termes :
Fils d’homme, la maison d’Israël, cette engeance de rebelles, ne t’a-t-elle pas dit : « Que fais-tu là ? »
10 Dis-leur : Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Cet oracle est prononcé à Jérusalem et dans toute la maison d’Israël où ils résident.
11 Dis : Je suis votre présage ; comme j’ai fait, il leur sera fait ; ils iront en déportation, en exil.
12 Le prince qui est parmi eux chargera son bagage sur ses épaules, dans l’obscurité, et sortira par le mur qu’on percera pour faire une sortie ; il se couvrira le visage pour ne pas voir de ses yeux le pays.
13 J’étendrai mon filet sur lui et il sera pris dans mon rets ; je le mènerai à Babylone, au pays des Chaldéens, mais il ne le verra pas et il y mourra.
14 Tout ce qui forme son entourage, sa garde et toutes ses troupes, je les disperserai à tous les vents et je tirerai l’épée derrière eux.
15 Et ils sauront que je suis Yahvé lorsque je les disséminerai parmi les nations et que je les disperserai dans les pays étrangers.
16 Mais je laisserai quelques-uns d’entre eux qui échapperont à l’épée, à la famine et à la peste pour raconter toutes leurs abominations parmi les nations où ils se rendront, afin qu’elles sachent que je suis Yahvé.
17 La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
18 Fils d’homme, tu mangeras ton pain en tremblant et tu boiras ton eau dans l’inquiétude et l’angoisse ;
19 et tu diras au peuple du pays : Ainsi parle le Seigneur Yahvé aux habitants de Jérusalem dispersés sur le sol d’Israël : ils mangeront leur pain dans l’angoisse, ils boiront leur eau avec effroi, afin que le pays et ceux qui s’y trouvent soient débarrassés de la violence de tous ses habitants.
20 Les villes peuplées seront détruites, le pays deviendra une désolation et vous saurez que je suis Yahvé.
21 La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
22 Fils d’homme, que voulez-vous dire par ce proverbe prononcé sur la terre d’Israël :
Les jours s’ajoutent aux jours et toute vision s’évanouit ?
23 Eh bien ! dis-leur : Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Je ferai taire ce proverbe, on ne le répétera plus en Israël. Mais dis-leur :
Les jours approchent où toute vision s’accomplit,
24 car il n’y aura plus ni vision vaine ni présage trompeur au milieu de la maison d’Israël,
25 car c’est moi, Yahvé, qui parlerai. Ce que je dis est dit et s’accomplira sans délai ; car c’est de votre temps, engeance de rebelles, que je prononcerai une parole et que je la réaliserai, oracle du Seigneur Yahvé.
26 La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
27 Fils d’homme, voici que la maison d’Israël dit : « La vision que celui-là voit est pour une époque lointaine ; il prophétise pour un avenir éloigné. »
28 Eh bien ! Dis-leur : Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Il n’y a plus de délai pour toutes mes paroles. Ce que je dis est dit et se réalisera, oracle du Seigneur Yahvé.
Lire la suite:Ezéchiel, Chapitre 13
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 w) Cette nouvelle action symbolique, jouée en silence, annonce une prochaine déportation du peuple de Jérusalem.


5 x) « tu sortiras » versions ; « tu emporteras » hébr. ; de même au v. 6.


7 y) « je sortis » versions ; « j’emportai » hébr.


10 z) Avant « Cet oracle » (hammassa’), on omet « le prince » (hannasî), dittographie.


12 a) Il y a peut-être ici à la fois l’annonce de la sortie qui sera tentée par Sédécias et son armée à travers une brèche de rempart, 2 R 25.4s, et celle de la captivité du roi, à qui on crèvera les yeux avant de l’emmener à Babylone, 2 R 25.7.


18 b) Peut-être une nouvelle action symbolique mimer, en mangeant, le tremblement et l’effroi.


19 c) « le pays et ceux qui s’y trouvent (litt. ce qui l’emplit) soient débarrassés » grec ; « le pays soit débarrassé de ce qui l’emplit » hébr.


22 d) On écoutait donc les oracles menaçants d’Ézéchiel avec scepticisme. Ézéchiel va retourner le proverbe le châtiment est imminent.


À la différence du livre de Jérémie, celui d’Ézéchiel se présente comme un tout bien ordonné. Après une introduction, 1.3, où le prophète reçoit de Dieu sa mission, le corps du livre se divise clairement en quatre parties : 1° les chap. 4-24 contiennent presque uniquement des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem ; 2° les chap. 25-32 Sont des oracles contre les nations, où le prophète étend la malédiction divine aux complices et aux provocateurs de la nation infidèle ; 3° dans les chap. 33-39, pendant et après le siège, le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur ; 4° il prévoit enfin, chap. 40-48, le statut politique et religieux de la communauté future, rétablie en Palestine.

Cependant, cette logique de la composition dissimule de sérieuses failles. Il y a de nombreux doublets, ainsi 3.17-21 = 33.7-9 ; 8.25-29 = 33.17-20, etc. Les indications sur le mutisme dont Ézéchiel est frappé par Dieu, 3.26 ; 24.27 ; 33.22, sont séparées par de longs discours. La vision du char divin, 1.4 – 3.15, est interrompue par celle du livre, 2.1 – 3.9. De même, la description des péchés de Jérusalem, 11.1-21, fait suite au chap. 8 et coupe manifestement le récit du départ du char divin qui, de 10.22, se continue en 11.22. Les dates données dans les chap. 26-33 ne se suivent pas. Ces maladresses sont difficilement imputables à un auteur écrivant son ouvrage d’un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’elles sont le fait de disciples travaillant sur des écrits ou des souvenirs, les combinant et les complétant. Le livre d’Ézéchiel a donc eu, dans une certaine mesure, le sort des autres livres prophétiques. Mais l’égalité de la forme et de la doctrine nous assure que ces disciples nous ont gardé fidèlement la pensée et, généralement, la parole même de leur maître. Leur travail rédactionnel est surtout sensible dans la dernière partie du livre, 40-48, dont le noyau remonte cependant à Ézéchiel lui-même.

D’après l’état actuel, Ézéchiel a exercé toute son activité parmi les exilés de Babylonie entre 593 et 571, les dates extrêmes données par le texte, 1.2 et 29.17. On s’est étonné que, dans ces conditions, les oracles de la première partie paraissent adressés aux habitants de Jérusalem et que parfois Ézéchiel ait l’air d’être corporellement présent dans la ville, surtout 11.13. On a donc émis l’hypothèse d’un double ministère d’Ézéchiel : il serait resté en Palestine et y aurait prêché jusqu’après la ruine de Jérusalem en 587. C’est seulement alors qu’il aurait rejoint les captifs de Babylonie. La vision du rouleau en 2.1–3.9 marquerait la vocation du prophète en Palestine, celle du char divin, 1.4-28 et 3.10-15, marquerait l’arrivée chez les exilés. Le transfert de cette vision au début du livre en aurait changé toute la perspective. Cette hypothèse sert à répondre à certaines difficultés, mais elle en soulève d’autres. Elle entraîne de sérieux remaniements du texte, elle doit admettre que, même pendant son ministère « palestinien », Ézéchiel vivait ordinairement en dehors de la ville, puisqu’il y est « transporté », 8.3, et il est curieux que, si Ézéchiel et Jérémie ont prêché ensemble à Jérusalem, ni l’un ni l’autre ne fasse allusion au ministère de son confrère. D’autre part, les difficultés de la thèse traditionnelle ne doivent pas être exagérées : les reproches adressés aux gens de Jérusalem servaient de leçon aux exilés et, lorsque Ézéchiel paraît être dans la Ville Sainte, le texte dit explicitement qu’il y est transporté « en vision », 8.3, comme il en est ramené « en vision », 11.24. L’hypothèse d’un double ministère ne garde que peu de partisans.

Quelle que soit la solution adoptée, la même grande figure se dégage du livre. Ézéchiel est un prêtre, 1.3. Le Temple est sa préoccupation majeure, qu’il s’agisse du Temple présent qui est souillé par des rites impurs, 8, et que quitte la Gloire de Yahvé, 10, ou du Temple futur, dont il décrit minutieusement le plan, 40-42, et où il voit revenir Dieu, 43. Il a le culte de la Loi et, dans son histoire des infidélités d’Israël, 20, le reproche d’avoir « profané les sabbats » revient comme un refrain. Il a horreur des impuretés légales, 4.14, et un grand souci de séparer le sacré du profane, 45.1-6. En qualité de prêtre, il réglait des cas de droit ou de morale, et son enseignement prend de ce fait un tour casuistique, 18. Sa pensée et son vocabulaire s’apparentent à la Loi de Sainteté, Lv 17-26. Cependant on ne peut démontrer ni qu’il s’en soit inspiré ni que la Loi de Sainteté dépende de lui, et les contacts les plus frappants se trouvent dans des passages rédactionnels. Il reste que les deux ensembles ont été transmis dans des milieux de pensée très voisins. L’œuvre d’Ézéchiel s’intègre au courant « sacerdotal » comme celle de Jérémie appartenait au courant « deutéronomiste ».

Mais ce prêtre est aussi un prophète d’action. Plus qu’aucun autre, il a multiplié les gestes symboliques. Il mime le siège de Jérusalem, 4.1 – 5.4, le départ des émigrants, 12.1-7, le roi de Babylone à la croisée des chemins, 21.23s, l’union de Juda et d’Israël, Ez 37.15s. Jusque dans les épreuves personnelles que Dieu lui envoie, il est un « signe » pour Israël, 24.24, comme avaient été Osée, Isaïe et Jérémie. Mais la complexité de ses actions symboliques contraste avec la simplicité des gestes de ses prédécesseurs.

Ézéchiel est surtout un visionnaire. Son livre ne contient que quatre visions proprement dites, mais elles occupent une place considérable : 1-3 ; 8-11 ; 37 ; 40-48. Elles ouvrent un monde fantastique : les quatre animaux du char de Yahvé, la sarabande cultuelle du Temple avec son grouillement de bêtes et d’idoles, la plaine d’ossements qui s’animent, un Temple futur dessiné comme sur un plan d’architecte, d’où jaillit un fleuve de rêve dans une géographie utopique. Ce pouvoir d’imaginer s’étend aux tableaux allégoriques que trace le prophète : les deux sœurs Ohola et Oholiba, 23, le Naufrage de Tyr, 27, le Pharaon-Crocodile, 29 et 32, l’Arbre Géant, 31, la Descente aux Enfers, 32.

En contraste avec cette puissance visuelle, peut-être comme sa rançon et comme si l’intensité des images étouffait l’expression, le style d’Ézéchiel est monotone et gris, froid et dilué, d’une indigence rare quand on le compare à celui des grands classiques, à la pureté vigoureuse d’Isaïe, à la chaleur émouvante de Jérémie. L’art d’Ézéchiel vaut par ses dimensions et son relief, qui créent comme une atmosphère d’horreur sacrée devant le mystère du divin.

On voit que, si par bien des traits Ézéchiel se relie à ses prédécesseurs, il ouvre néanmoins une voie nouvelle. Et cela est vrai aussi de sa doctrine. Ézéchiel rompt avec le passé de sa nation. Le souvenir des promesses faites aux Pères et de l’Alliance conclue au Sinaï apparaît sporadiquement mais, si Dieu a sauvé jusqu’ici son peuple souillé dès sa naissance, 16.3s, ce n’est pas pour accomplir les promesses, c’est pour défendre l’honneur de son nom, 20 ; s’il doit remplacer l’Alliance ancienne par une Alliance éternelle, 16.60 ; 37.26s, ce n’est pas en récompense d’un « retour » du peuple vers lui, c’est par une bienveillance pure, nous dirions une grâce prévenante, et le repentir viendra après, 16.62-63. Le messianisme d’Ézéchiel, d’ailleurs peu exprimé, n’est plus royal et glorieux : il annonce bien un futur David mais celui-ci ne sera que le « berger » de son peuple, 34.23 ; 37.24, un « prince », 24.24, et non plus un roi, pour lequel il n’y a pas de place dans la vision théocratique de l’avenir, 45.7s. Il rompt avec la tradition de la solidarité dans le châtiment et affirme le principe de la rétribution individuelle, 18 ; cf. 33. Solution théologique provisoire qui, trop souvent contredite par les faits, conduira lentement à l’idée d’une rétribution outre-tombe. Prêtre si attaché à son Temple, il rompt, comme avait déjà fait Jérémie, avec l’idée que Dieu est lié à son sanctuaire. En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal qui étaient restés souvent opposés : les rites – qui subsistent – sont valorisés par les sentiments qui les inspirent. Toute la doctrine d’Ézéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur : il faut se faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, 18.31, ou plutôt Dieu lui-même donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau », et mettra dans l’homme un esprit « nouveau », 11.19 ; 36.26. Comme pour la bienveillance divine qui prévient le repentir, on est ici au seuil de la théologie de la grâce, que développeront saint Jean et saint Paul.

Cette spiritualisation de toutes les données religieuses est le grand apport d’Ézéchiel. Quand on l’appelle le père du Judaïsme, on se réfère souvent à son souci de séparation du profane, de pureté légale, à ses minuties rituelles, et l’on pense aux Pharisiens. Cela est tout à fait injuste : Ézéchiel, comme Jérémie mais d’une autre manière, est à l’origine du courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme et débouche dans le Nouveau Testament. Jésus est le Bon Pasteur qu’Ézéchiel avait annoncé et il a inauguré le culte en esprit que celui-ci avait appelé.

Par un autre de ses aspects, Ézéchiel est à l’origine du courant apocalyptique. Ses visions grandioses préludent à celles de Daniel et il n’est pas étonnant que dans l’Apocalypse de saint Jean on retrouve si souvent son influence.

Réduire

Après votre inscription, vous pourrez vous abonner à l’envoi des textes de n’importe quel plan de lecture de la Bible.

Nous prévoyons d’ajouter progressivement des paramètres personnalisés ainsi que d’autres services pour les utilisateurs inscrits. Nous vous conseillons donc de vous inscrire dès maintenant. C’est gratuit.