Le problème des nôtres et des étrangers a toujours existé, dans toutes les sociétés et dans toutes les cultures. Et partout, toujours, il s'est avéré qu'il valait mieux être des nôtres qu'étranger. Mais voici que le Messie est venu dans le monde, et il s'est avéré que tout n'était pas si simple. Il s'est avéré que le nôtre n'est pas nécessairement celui que nous connaissons. Le plus souvent, c'est celui dont nous pensons le connaître...
Le problème des nôtres et des étrangers a toujours existé, dans toutes les sociétés et dans toutes les cultures. Et partout, toujours, il s'est avéré qu'il valait mieux être des nôtres qu'étranger. Mais voici que le Messie est venu dans le monde, et il s'est avéré que tout n'était pas si simple. Il s'est avéré que le nôtre n'est pas nécessairement celui que nous connaissons. Le plus souvent, c'est celui dont nous pensons le connaître. Cela se comprend: nous percevons les nôtres comme une part du monde habituel et familier. Il n'est pas nécessaire de les regarder attentivement, il n'est pas indispensable d'écouter leurs paroles. En général, nous savons déjà à peu près ce que les nôtres peuvent nous dire.
Les étrangers, c'est autre chose. L'étranger est toujours celui qu'on ne connaît pas. Celui qui ne fait pas partie du monde connu et habituel; peu importe alors d'où il vient: d'un autre continent ou du village voisin. Les étrangers sont souvent rejetés, mais on les regarde toujours attentivement. On écoute ce qu'ils disent. Pas forcément avec bienveillance, mais nécessairement avec attention. Car il faut comprendre l'étranger. Ou au moins se l'expliquer. L'explication est souvent une illusion de compréhension. La compréhension suppose en effet d'accueillir l'autre tel qu'il est. L'explication, elle, commence lorsque nous percevons cet autre tel que nous voulons le voir. Afin qu'il entre dans les cadres de notre perception du monde habituel et familier.
Le Christ peut et doit être accueilli tel qu'Il est. Et Il peut et doit aussi être compris, tel qu'Il est. Mais il ne faut pas L'expliquer. Ni à soi-même, ni aux autres. Si, bien sûr, nous voulons être en communion avec le Christ, et non avec nos images du Christ. Et là, il apparaît que c'est plus simple pour ceux pour qui Il est étranger. Ils ne savent rien de Lui. Les siens non plus ne savent rien de Lui, mais ils pensent tout savoir. À la différence des étrangers, qui au moins ne se trompent pas au sujet de leur ignorance. Et il n'en va pas ainsi seulement avec Lui.
Il en va de même avec Dieu. Avec Son Père céleste. Ce n'est pas un hasard si Jésus prend dans l'ancienne histoire juive des exemples où les siens ne reconnaissent pas Dieu. Une non-reconnaissance qui sépare les hommes de Dieu. Et du Messie aussi. Car pour que Dieu ou le Messie commence à agir, il faut que l'homme le veuille. Et qu'il s'adresse directement à Dieu. Directement au Christ. Mais en aucun cas aux images de Dieu ou du Christ qu'il s'est inventées. Sinon le Royaume lui aussi peut se révéler irréel. Inventé. Et la vie en lui aussi.
1 q) unit dans son récit les données de Mc (quarante jours de tentation) et celles de Mt (trois tentations au terme d’un jeûne de quarante jours). Il modifie l’ordre de Mt de manière à terminer par Jérusalem ; 2.38. Sur la nature de cette tentation, cf. Mt 4.1.
1 r) L’intérêt particulier de Luc pour l’Esprit Saint se manifeste non seulement dans ses deux premiers chapitres, 1.15, 35, 41, 67, 80 ; 2.25, 26, 27, mais encore dans le reste de son évangile où il ajoute sa mention plusieurs fois par rapport aux autres synoptiques, 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13. Il en parle aussi très souvent dans les Actes, Ac 1.18. Cf. Mt 4.1.
6 s) En introduisant dans le monde le péché et sa suite, la mort, Sg 2.24 Rm 5.12, Satan a rendu l’homme captif de sa tyrannie, Mt 8.29 ; Ga 4.3 ; Col 2.8 ; il a étendu sur le monde, dont il est devenu le « Prince », Jn 12.31, une domination que Jésus est venu supprimer par la « rédemption », Mt 20.28 ; Rm 3.24 ; 6.15 ; Col 1.13-14 ; 2.15. Voir encore Ep 2.1-6 ; 6.12 ; Jn 3.35 ; 1 Jn 2.14 ; Ap 13.1-18 ; 19.19-21.
14 t) Refrain de Luc 4.37 ; 5.15 ; 7.17 ; cf. les refrains analogues de Ac 2.41 ; 6.7 ; 1.80.
15 u) Jésus admiré et loué par les foules, autre thème cher à Luc : 4.22 ; 8.25 ; 9.43 ; 11.27 ; 13.17 ; 19.48, connexe du refrain précédent, 4.14, et des thèmes de la louange à Dieu, 2.20, et de la crainte religieuse, 1.12.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.