D'un point de vue pratique, dans la parabole du Bon Samaritain, le plus important est la différence entre ce que comprend par le mot « prochain » le docteur de la loi qui interroge le Christ sur la vie éternelle, et ce que le Seigneur Lui-même comprend. Le docteur de la loi, tout à fait dans l'esprit de la pensée humaine ordinaire, considère comme prochain celui qui a une certaine relation avec nous. Il s'attend à une réponse...
D'un point de vue pratique, dans la parabole du Bon Samaritain, le plus important est la différence entre
ce que comprend par le mot « prochain » le docteur de la loi qui interroge le Christ sur la vie éternelle, et ce que le Seigneur
Lui-même comprend. Le docteur de la loi, tout à fait dans l'esprit de la pensée humaine ordinaire, considère comme prochain
celui qui a une certaine relation avec nous. Il s'attend à une réponse qui
s'alignerait avec les concepts de « parent, ami, voisin, compatriote, coreligionnaire ». La
nécessité d'aider ceux qui sont près de nous est mentionnée à maintes reprises dans les Saintes Écritures du Nouveau Testament,
et tout particulièrement de l'Ancien Testament.
Il faut dire que la position de la loi de l'Ancien Testament sur cette question est très élevée ; elle
exige de faire du bien à tous, depuis la famille jusqu'aux réfugiés, qu'elle appelle les étrangers dans notre pays. Et
pourtant, la conscience de l'Ancien Testament ne diffère pas en cela de la façon de penser de tous les hommes. Elle
présuppose l'existence de cercles concentriques de personnes toujours plus larges, qui sont situés
plus ou moins près de soi-même. Au sens propre du terme, l'homme, y compris celui de l'Ancien Testament,
considère sa famille et ses amis comme ses prochains. Envers eux, nous sommes prêts à faire preuve de toute notre
bienveillance, et même d'amour. « Les païens n'en font-ils pas autant ? », demande le
Seigneur ( 5:47).
Cependant, l'Ancien Testament, en comparaison avec les croyances et les mœurs païennes, élargit considérablement
ce cercle. Non seulement la famille et les voisins, mais aussi des compatriotes tout à fait étrangers doivent
être considérés comme des prochains. Même l'esclave et l'étranger sans droits sont aussi des êtres humains, c'est pourquoi tu dois
les traiter humainement, c'est-à-dire comme tes prochains. Ainsi, l'Ancien Testament amène la
réponse à la question : « qui est mon prochain ? » à cette limite : « toute personne qui se trouve près de moi ».
Le Seigneur, quant à Lui, termine la parabole du Bon Samaritain en posant à son tour une question au docteur de la loi : « lequel de ces
trois te semble être devenu le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? » ( 10:36). La traduction synodale dans ce verset est quelque peu approximative. Le texte grec ne contient pas le verbe « être », mais le verbe « devenir,
naître, se faire ». Le Seigneur explique que tu es devenu le prochain d'une personne parce qu'elle
a besoin de ton aide.
Il ne s'agit pas de relations de proximité ou de parenté, mais de la relation de besoin envers une autre personne.
Bien plus, Il renverse délibérément le concept : ce n'est pas celui qui est tombé au milieu des brigands qui est devenu le prochain de l'un des
trois voyageurs — ce qui aurait été tout à fait dans l'esprit de l'Ancien Testament ; au contraire, c'est l'un d'eux qui est devenu
son prochain. Ainsi, au centre des cercles définissant la notion de « prochain », le Seigneur ne te place pas
toi, mais l'autre, celui qui a besoin de toi. Le prochain, par conséquent, n'est pas celui à qui tu voudrais
donner quelque chose. Le prochain n'est même pas celui à qui tu pourrais donner quelque chose. Le prochain, c'est celui qui a besoin de
toi.
Et ici, il est important de se rappeler comment l'apôtre Paul appelle les croyants : « concitoyens des saints, gens de la maison de
Dieu » ( 2:19). Nous devenons les prochains de Dieu parce que nous
avons besoin de Lui. Et Il nous invite à définir le prochain de la même manière que Lui le fait, c'est-à-dire à
suivre Sa voie, à être à Son image.
11 z) Ce passé que Paul va décrire n’est pas tant celui de ses lecteurs que celui de tout le monde païen.
12 a) Sans messie.
12 b) Les alliances successives que Dieu a conclues avec Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, David, etc., cf. Gn 12.1 ; 15.1 ; Ex 19.1 ; Lv 26.42, 45 ; Si 44-45 ; Sg 18.22 ; 2 M 8.15 ; Rm 9.4, et qui contenaient la promesse du salut messianique.
12 c) L’espérance messianique, jadis réservée à Israël, 1.12.
12 d) Les païens avaient beaucoup de dieux, mais non le Dieu vrai et unique, 1 Co 8.5s.
13 e) C’est la Croix de Jésus qui a opéré ce rapprochement d’abord des Juifs et des païens, vv. 14-15, ensuite d’eux tous avec le Père, vv. 16-18.
14 f) L’auteur parle, de façon abstraite, de la fusion des juifs et des Gentils réalisée par le Christ.
14 g) La haine réciproque des juifs et des Gentils est symbolisée par la barrière qui, dans le Temple de Jérusalem, excluait les Gentils des parties spécifiquement religieuses, ne leur autorisant que les cours extérieures.
15 h) Cet « Homme Nouveau » est le prototype de la nouvelle humanité que Dieu a recréée (cf. 2 Co 5.17) en la personne du Christ ressuscité, comme en un « second Adam », 1 Co 15.45, après avoir tué en lui, sur la Croix, la race du premier Adam corrompue par le péché, cf. Rm 5.12s ; 8.3 ; 1 Co 15.21. Créé « dans la justice et la sainteté de la vérité », 4.24, il est « unique », car en lui disparaissent toutes les divisions des hommes, Col 3.10s ; Ga 3.27s.
16 i) Ce Corps unique est d’abord le corps individuel et physique du Christ, sacrifié sur la Croix, Col 1.22, mais c’est aussi son Corps « mystique » où se groupent tous les membres enfin réconciliés, 1 Co 12.12.
17 j) Par ses apôtres, qui ont prêché en son nom l’Évangile du salut et de la paix.
18 k) Cet Esprit unique qui anime le Corps unique du Christ uni à son Église, c’est le Saint Esprit, qui a transformé son corps ressuscité et de là se déverse sur ses membres. La structure trinitaire est répétée au v. 22.
19 l) Après avoir décrit l’œuvre de rapprochement opérée par le Christ, vv. 14-18, Paul fait répondre au tableau des vv. 11-13 un tableau antithétique, vv. 19-22, de l’état nouveau des païens.
20 m) Plutôt que des prophètes de l’Ancien Testament, il s’agit ici de ceux du Nouveau Testament, 3.5 ; 4.11 ; Ac 11.27. Ils constituent, avec les apôtres, la génération des premiers témoins qui ont reçu la révélation du plan divin, 3.5, et qui ont prêché l’Évangile, cf. Lc 11.49 ; Mt 23.34 ; 10.41. Ils sont donc comme le fondement sur lequel s’édifie l’Église. Ce rôle de fondement est aussi attribué au Christ lui-même, 1 Co 3.10s.
21 n) « toute »; var. « toute la ».
Voir « Les Épîtres de Saint Paul » en introduction de « l’épître aux Romains ».
Les épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens forment un groupe bien homogène : même mission de Tychique en Col 4.7s et Ep 6.21s ; frappantes ressemblances de style et de doctrine entre Col et Ep. Paul est encore prisonnier, Phm 1, 9s, 13, 23 ; Col 4.3, 10, 18 ; Ep 3.1 ; 4.1 ; 6.20, et cette fois tout suggère Rome comme lieu de sa captivité (de 61 à 63) plutôt que Césarée où l’on s’expliquerait mal la présence de Marc ou d’Onésime, et qu’Éphèse où Luc ne paraît pas avoir été aux côtés de Paul. D’ailleurs le changement du style et le progrès de la doctrine requièrent une certaine distance entre Col, Ep et les « grandes épîtres » Co, Ga, Rm. Une crise est survenue dans l’intervalle : de Colosses, que Paul n’a pas évangélisée lui-même, Col 1.4 ; 2.1, son représentant apostolique Épaphras, 1.7, est venu lui apporter des informations alarmantes. Aussitôt alerté, Paul répond par l’épître aux Colossiens qu’il confie à Tychique. Mais la réaction suscitée en son esprit par le nouveau péril a produit un approfondissement de sa pensée et, de même que Rm lui avait servi à mettre en ordre les idées jaillies dans Ga, de même il écrit cette fois encore une autre épître, pratiquement contemporaine de Col, où il organise sa doctrine en fonction du nouveau point de vue que vient de lui imposer la polémique. Cette admirable synthèse est notre épître « aux Éphésiens ». Une telle dénomination, qui n’est même pas textuellement garantie, cf. Ep 1.1, pourrait faire illusion. En fait, Paul ne s’adresse pas aux fidèles d’Éphèse, qu’il a fréquentés durant trois ans, Ep 1.15 ; 3.2-4, mais plutôt aux croyants en général, et plus particulièrement aux communautés de la vallée du Lycus parmi lesquelles il fait circuler sa lettre, Col 4.16.
L’interprétation dont nous venons de donner les grandes lignes respecte la tradition qui attribue Col et Ep à Paul et garde une forte probabilité. Mais depuis le milieu du XIXe siècle, l’authenticité de ces deux épîtres a été contestée. Le style lourd et répétitif semble à certains n’être pas paulinien ; les idées théologiques, particulièrement celles qui concernent le Corps du Christ, le Christ, Tête du corps et l’Église universelle ne sont pas les mêmes que dans les lettres précédentes, les erreurs combattues sont postérieures à Paul et appartiennent plutôt au gnosticisme du IIe siècle. Ces objections méritent d’être prises au sérieux. Elles sont formulées par de nombreux critiques y compris catholiques. Mais elles ne sont pas irréfutables. En fait, en ce qui concerne Col, on penche plutôt à présent en faveur de l’authenticité – et cela pour de bonnes raisons. Car non seulement on y retrouve ses idées fondamentales, mais les idées nouvelles s’expliquent de façon satisfaisante par les circonstances rapportées plus haut. La même chose peut se dire pour Ep mais là, le doute subsiste. Parmi les arguments en faveur de l’authenticité paulinienne, on note : 1° Ep est l’œuvre d’un auteur doué d’une pensée créatrice, non de quelqu’un qui utilise la pensée d’un autre. 2° Le style lent, riche, voire pesant de Col et Ep qui contraste tant avec les discussions rapides, heurtées des lettres antérieures peut s’expliquer par le fait que Paul ouvrait là de nouveaux et larges horizons. 3° Le style des lettres antérieures n’est lui-même pas totalement cohérent et on peut trouver deux exemples de ce style tardif, contemplatif et quasi liturgique en Rm 3.23-26 et 2 Co 9.8-14. La seule véritable difficulté vient de ce qu’en plusieurs passages Ep semble emprunter des phrases à Col de manière servile et parfois maladroite mais cela peut venir du fait que Paul n’était pas habitué à composer intégralement ses lettres et qu’il peut dans le cas présent avoir permis à un disciple de jouer une part plus grande que d’habitude. Mais il faut reconnaître que les phénomènes notés en 2 et 3 s’expliqueraient plus facilement par l’hypothèse d’un auteur qui ne serait pas Paul si un tel auteur existe, qui fût un penseur au génie créateur semblable à celui de Paul, et qui, en même temps, acceptât d’emprunter servilement des phrases entières à d’autres lettres pauliniennes. La difficulté qu’il y a à postuler un être aussi hybride que l’auteur d’Éphésiens est l’un des principaux facteurs qui ont poussé certains critiques à supposer que Colossiens, d’où sont tirées la plupart des phrases empruntées, était elle aussi non paulinienne. Sachant donc que l’authenticité paulinienne de ces deux épîtres est l’hypothèse la plus probable mais pas la seule possible, nous pouvons tenter de reconstituer la genèse de la pensée paulinienne dans Col et Ep. Les erreurs à Colosses, contre lesquelles se dresse Paul, ne sont pas encore celles des gnostiques du IIe siècle mais plutôt les idées communément rencontrées parmi les juifs esséniens. Le péril y venait de spéculations fondamentalement juives (Col 2.16) sur les puissances célestes ou cosmiques. On accordait à celles-ci le pouvoir de contrôler le mouvement du Cosmos et les Colossiens tendaient à exagérer leur importance, jusqu’à compromettre la suprématie du Christ.
L’auteur de la lettre accepte le terrain de la lutte et ne met pas en doute l’activité de ces Puissances ; il les assimile même aux Anges de la tradition juive, cf. Col 2.15. Mais c’est précisément pour les remettre à leur juste place dans le grand plan du salut. Ils ont joué leur rôle comme intermédiaires et administrateurs de la Loi. Aujourd’hui ce rôle est fini. En instaurant l’ordre nouveau, le Christ Kyrios a pris en main le gouvernement du monde. Son exaltation céleste l’a placé au-dessus des Puissances cosmiques qu’il a dépouillées de leurs anciennes attributions, 2 .15. Lui qui les dominait déjà de par la première création, à titre de Fils Image du Père, il les domine définitivement comme leur chef dans la nouvelle création où il a assumé en lui tout le Plérôme, c’est-à-dire toute la plénitude de l’Être, de Dieu et du monde en Dieu, Col 1.13-20. Affranchis de ces « éléments du monde », Col 2.8, 20, par leur union au Chef et la participation à sa Plénitude, Col 2.10, les chrétiens n’ont plus à se remettre sous leur tyrannie par des observances désuètes et inefficaces, Col 2.16-23. Unis par le baptême au Christ mort et ressuscité, Col 2.11-13, ils sont les membres de son Corps et ne reçoivent leur vie nouvelle que de lui comme de leur Tête vivifiante, Col 2.19. C’est bien toujours ce salut chrétien qui intéresse l’auteur au premier chef, mais les besoins de la polémique l’ont amené à préciser l’extension cosmique de l’œuvre du Christ en y intégrant aux côtés de l’humanité sauvée ce vaste cosmos qui en est le cadre et qui se trouve lui aussi rangé, de façon indirecte, sous la mouvance du seul Seigneur. De là cet épanouissement du thème du « Corps du Christ », déjà esquissé naguère, 1 Co 12: 12, avec une insistance nouvelle sur le Christ comme Tête ; de là cet élargissement cosmique de l’œuvre du salut ; de là cet horizon dilaté où le Christ est davantage considéré dans son triomphe céleste, tandis que l’Église dans son unité collective se construit vers lui ; de là enfin cet accent plus marqué sur l’eschatologie déjà réalisée, cf. Ep 2.6.
Ces perspectives sont reprises dans l’épître aux Éphésiens. Mais l’effort polémique pour remettre les Puissances à leur place a porté ses fruits, Ep 1.20-22, et le regard se dirige davantage sur l’Église, Corps du Christ dilaté aux dimensions de l’univers nouveau, « Plénitude de Celui qui est rempli, tout en tout », Ep 1.23. Dans cette contemplation suprême qui est comme le sommet de son œuvre, l’auteur reprend bien des thèmes anciens pour les ordonner dans la synthèse plus vaste à laquelle il est parvenu. Il repense particulièrement les problèmes de l’épître aux Romains, cet autre sommet qui couronnait l’étape antérieure de sa pensée. Non seulement il en évoque d’un mot les aperçus sur le passé pécheur de l’humanité et sur la gratuité du salut par le Christ, Col 2 1-10, mais encore il reconsidère le problème des Juifs et des païens qui angoissait Paul naguère, Rm 9-11. Et cette fois, c’est sous la lumière apaisée de l’eschatologie réalisée dans le Christ céleste : désormais les deux peuples lui apparaissent unis, réconciliés en une seule humanité nouvelle, et marchant de concert vers le Père, Ep 2.11-22. Cet accès des païens au salut d’Israël dans le Christ est le grand « mystère », Ep 1.9 ; 3.3-6, 9 ; 6.19 ; Col 1.27 ; 2.2 ; 4.3, dont la contemplation lui inspire des accents inimitables : sur l’infinie sagesse divine qu’il y voit déployée, Col 3.9s ; Col 2.3, sur la charité insondable du Christ qui s’y manifeste, Ep 3.18s, sur l’élection toute gratuite qui l’a choisi pour en être le ministre, Col 3.2-8. Ce plan du salut s’est déroulé par étapes selon les desseins éternels de Dieu, Col 1.3-14, et son terme est le mariage du Christ avec l’humanité sauvée qui est l’Église, Ep 5.22-32.