Premièrement, bien sûr, Jésus a bu du vin, et ce que le Seigneur Lui-même a fait ne peut être un péché en soi...
Premièrement, bien sûr, Jésus a bu du vin, et ce que le Seigneur Lui-même a fait ne peut être un péché en soi. Mais prêtez attention à ces derniers mots « en soi » : le péché ne réside pas dans l'acte, mais dans le cœur de l'homme ; et le problème n'est pas de boire du vin, mais ce qui se passe à l'intérieur de la personne.
De là découle le deuxième point : il existe de nombreux passages dans les Écritures qui parlent de la consommation de vin de manière positive (il est inutile de tous les énumérer, je ne mentionnerai que 2:1-11; 26:27-29; 5:23), mais il y a de nombreux passages qui mettent en garde contre le danger de l'abus de vin (à nouveau, je ne donnerai que quelques références : 9:20-22; 20:1; 28:7; 21:34; 5:18).
Troisièmement, l'approche évangélique de nos affaires courantes ne consiste pas à savoir ce qui est « permis » ou « interdit », mais plutôt à se demander si cela me rapproche de Dieu ou m'éloigne de Lui, si cela aide mon prochain ou s'il est pour lui une occasion de chute. « Tout m'est permis, mais tout n'est pas utile », écrit l'apôtre Paul. Et c'est précisément dans la relation avec Dieu et avec le prochain que se détermine la mesure où finit la « joie du cœur » et où commence la « débauche ».
En conclusion, je citerai un exemple précis. Le célèbre prêtre orthodoxe, le père Alexandre Men, a toujours su animer un repas de fête, mais dans les dernières années de sa vie, il refusait toute boisson alcoolisée (même faiblement alcoolisée), disant que dans notre pays, où l'alcoolisme est un problème national, il préférait ne pas être une occasion de chute pour les autres, ne pas leur donner la possibilité de se justifier en le montrant du doigt : voyez, le prêtre lui-même boit.
28 r) Ou « rédemption », terme paulinien, cf. Rm 3.24.
31 s) Non dans son stade initial, déjà inauguré, 17.21, mais dans son stade de développement et de conquête, qu’inaugurera la ruine de Jérusalem. Cf. 9.27.
35 t) Var. « car il s’abattra comme un filet ».
38 u) Le contact littéraire avec Jn 8.1-2 est évident. La péricope de la femme adultère, Jn 7.53—8.11, que tant de raisons invitent à attribuer à Luc, trouverait ici un excellent contexte.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.