Bible-Centre

Lectionnaire catholique pour le 23 septembre 2004

La Bible de Jérusalem (fr)

Ecclésiaste (or Qohélet), Chapitre 1,  vers 2-11

Première partie> 2 Prologue.
Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité.
Quel profit trouve l’homme à toute la peine qu’il prend sous le soleil ?
Un âge va, un âge vient, mais la terre tient toujours.
Le soleil se lève, le soleil se couche, il se hâte vers son lieu et c’est là qu’il se lève.
Le vent part au midi, tourne au nord, il tourne, tourne et va, et sur son parcours retourne le vent.
Tous les fleuves coulent vers la mer et la mer n’est pas remplie. Vers l’endroit où coulent les fleuves, c’est par là qu’ils continueront de couler.
Toutes les paroles sont usées,
personne ne peut plus parler ;
l’œil n’est pas rassasié de ce qu’il voit
et l’oreillen’est pas saturée de ce qu’elle entend.
Ce qui fut, cela sera,
ce qui s’est fait se refera,
et il n’y a rien de nouveau sous le soleil !
10 Qu’il y ait quelque chose dont on dise : « Tiens, voilà du nouveau ! », cela fut dans les siècles qui nous ont précédés.
11 Il n’y a pas de souvenir d’autrefois, et même pour ceux des temps futurs : il n’y aura d’eux aucun souvenir auprès de ceux qui les suivront.
Notes:
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Notes sur la partie

2 c) Le déterminisme du cosmos, cadre monotone de la vie humaine, provoque chez l’Ecclésiaste l’ennui, à l’opposé de l’émerveillement et de l’adoration qu’expriment Jb 38-40 ou le Ps 104.


2 d) Le terme dont nous gardons la traduction traditionnelle « vanité » signifie d’abord « buée », « haleine », et fait partie du répertoire d’images (l’eau, l’ombre, la fumée, etc.) qui décrivent dans la poésie hébraïque la fragilité humaine. Mais le mot a perdu son sens concret et n’évoque plus chez Qo que l’être illusoire des choses, leur absurdité et par conséquent la déception qu’elles réservent à l’homme.


3 e) En hébreu `amal, qui évoque le plus souvent un travail pénible comme celui de l’esclave (cf. Dt 26.7), d’où la peine, la souffrance. Ce mot est très fréquent dans Qo sous forme de substantif il y apparaît vingt fois, sous sa forme verbale, treize fois.


8 f) L’hébreu dabar signifie « parole » (cf. grec) ou « chose » (cf. v. 10). On traduit aussi « Toutes les choses sont fastidieuses ».


Ce petit livre s’intitule « Propos de Qohélet, fils de David, roi à Jérusalem ». Le mot « Qohélet », cf. Ec 12, 12 ; 7.27 ; 12.8-10, n’est pas un nom propre mais un nom commun employé parfois avec l’article ; bien que sa forme soit féminine, il se construit au masculin. D’après l’explication la plus vraisemblable, c’est un nom de fonction qui désigne celui qui parle dans l’assemblée (qahal, en grec ekklèsia, d’où les titres latin et français, transcrits de la Bible grecque), en somme le « Prédicateur ». Il est dit « fils de David et roi dans Jérusalem », cf. Ec 1.12, et, bien que le nom ne soit pas écrit, il est certainement identifié avec Salomon à qui le texte fait clairement allusion, Ec 1.16 (cf. 1 R 3.12 ; 5.10-11 ; 10.7) ou Ec 2.7-9 (cf. 1 R 3.13 ; 10.23). Mais cette attribution n’est qu’une fiction littéraire de l’auteur qui met ses réflexions sous le patronage du plus illustre des sages d’Israël. La langue du livre et sa doctrine, sur laquelle on va revenir, interdisent de le placer avant l’Exil. On a souvent contesté l’unité d’auteur et l’on a distingué deux, trois, quatre et jusqu’à huit mains différentes. Mais beaucoup d’incohérences s’expliquent si l’on discerne un certain nombre de citations faites par Qohélet et ensuite critiquées par lui. L’épilogue (Ec 12.9-14) est dû à deux mains distinctes : l’une (9-11) est celle d’un disciple fervent ; la seconde (12-14), d’un juif pieux qui exhorte à craindre Dieu et à observer ses commandements.

Comme en d’autres livres sapientiaux, ainsi Job et l’Ecclésiastique, pour ne rien dire des Proverbes qui sont composites, la pensée va et vient, elle se reprend et se corrige. Il n’y a pas de plan défini, mais ce sont des variations sur un thème unique, la vanité des choses humaines, qui est affirmé au début et à la fin du livre, Ec 1.2, 12.8. Tout est décevant : la science, la richesse, l’amour, la vie même. Celle-ci n’est qu’une suite d’actes décousus et sans portée, Ec 3.1-11, qui s’achève par la vieillesse, Ec 12.1-7, et par la mort, laquelle frappe également sages et fous, riches et pauvres, bêtes et hommes, Ec 3.14-20. Le problème de Qohélet est celui de Job : le bien et le mal ont-ils leur sanction ici-bas ? Et, comme la réponse de Job, celle de Qohélet est négative, car l’expérience contredit les solutions reçues, Ec 7.25-8.14. Seulement, Qohélet est un homme en bonne santé, il ne cherche pas comme Job les raisons de la souffrance, il constate l’inanité du bonheur et il se console en cueillant les joies modestes que peut donner l’existence, Ec 3.12-13 ; 8.15 ; 9.7-9. Disons plutôt qu’il cherche à se consoler, car il est d’un bout à l’autre insatisfait. Le mystère de l’au-delà le tourmente, sans qu’il entrevoie une solution au problème du Shéol, Ec 3.21 ; 9.10 ; 12.7. Mais Qohélet est un croyant et, s’il est déconcerté par le tour que Dieu donne aux affaires humaines, il affirme que Dieu n’a pas de comptes à rendre, Ec 3.11, 14 ; 7.13, qu’on doit accepter de sa main les épreuves comme les joies, Ec 7.14 (cf. 1 S 2.6 ; Jb 2.10). À Qohélet comme à Job, la réponse ne peut être donnée que par l’affirmation d’une sanction d’outre-tombe.

Le livre a le caractère d’une œuvre de transition. Les assurances traditionnelles sont ébranlées mais rien de ferme ne les remplace encore. Dans ce tournant de la pensée hébraïque, on a cherché à discerner des influences étrangères qui se seraient exercées sur Qohélet. Il faut écarter les rapprochements souvent proposés avec les courants philosophiques du stoïcisme, de l’épicurisme et du cynisme, que Qohélet aurait pu connaître par l’intermédiaire de l’Égypte hellénisée ; aucun de ces rapprochements n’est décisif et la mentalité de l’auteur est très éloignée de celle des philosophes grecs. On a établi des parallèles, en apparence plus valables, avec des compositions égyptiennes comme le Dialogue du Désespéré avec son âme ou les Chants du Harpiste et, plus récemment, avec la littérature mésopotamienne de sagesse et avec l’Épopée de Gilgamesh où figure déjà le proverbe « le fil triple ne rompt pas » (cf. Ec 4.1), ainsi que l’exhortation au Carpe Diem (cf. Ec 9.7ss.). Mais on ne peut démontrer l’influence directe d’aucune de ces œuvres. Les rencontres se font sur des thèmes qui sont parfois très anciens et qui étaient devenus le bien commun de la sagesse orientale. C’est sur cet héritage du passé que Qohélet a exercé sa réflexion personnelle, comme le dit son éditeur, Ec 12.9.

Qohélet est un Juif de Palestine, probablement de Jérusalem même. Il écrit un hébreu tardif, semé d’aramaïsmes, et il emploie deux mots perses (pardes, Ec 2.5 ; pitgam, Ec 8.11). Cela suppose une date assez postérieure à l’Exil, mais antérieure au début du IIe siècle av. J.-C., où Ben Sira a utilisé le livret ; de fait, la paléographie situe aux environs de 150 av. J.-C. des fragments de Qo trouvés dans les grottes de Qumrân. Le IIIe siècle est donc la date de composition la plus vraisemblable. C’est le temps où la Palestine, soumise aux Ptolémées, est atteinte par le courant humaniste et ne connaît pas encore le sursaut de foi et d’espérance de l’époque des Maccabées.

Le livre ne marque qu’un moment dans le développement religieux et il ne faut pas le juger en le détachant de ce qui l’a précédé et de ce qui le suivra. En soulignant l’insuffisance des conceptions anciennes et en forçant les esprits à affronter les énigmes humaines, il appelle une révélation plus haute. Il donne une leçon de détachement des biens terrestres et, en niant le bonheur des riches, il prépare le monde à entendre que « bienheureux sont les pauvres », Lc 6.20.

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Luc, Chapitre 9,  vers 7-9

III. Ministère de Jésus en Galilée> 7 Hérode et Jésus.
Hérode, le tétrarque, apprit tout ce qui se passait, et il était fort perplexe, car certains disaient : « C’est Jean qui est ressuscité d’entre les morts »;
certains : « C’est Élie qui est reparu »; d’autres : « C’est un des anciens prophètes qui est ressuscité. »
Mais Hérode dit : « Jean ! moi je l’ai fait décapiter. Quel est-il donc, celui dont j’entends dire de telles choses ? » Et il cherchait à le voir.
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Notes:
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Notes sur la partie

7 g) Au lieu de raconter le meurtre de Jean-Baptiste, Luc prépare (« il cherchait à le voir », v. 9) la future rencontre d’Hérode et de Jésus, 23.8-12.


Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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