Paul met particulièrement en valeur l'humilité (« douceur »), sans laquelle le chemin du chrétien, et donc le salut, sont impossibles. En même temps, l'apôtre décrit assez en détail...
Paul met particulièrement en valeur l'humilité (« douceur »), sans laquelle le chemin du chrétien, et donc le salut, sont impossibles. En même temps, l'apôtre décrit assez en détail ce que signifie précisément l'humilité comme état spirituel. Avant tout, suivant le Christ, il appelle les destinataires de son épître à ne se soucier de rien, en remettant tout à Dieu, vers qui Paul les appelle à se tourner avec tous leurs désirs.
Cela paraît simple, mais en réalité une telle simplicité n'est pas du tout facile à atteindre. En effet, pour vivre ainsi, il faut prendre conscience que notre vie même ne nous appartient pas. En fait, il en est bien ainsi, et la Bible le dit parfaitement clairement : ce qui fait de l'homme un homme, c'est ce « souffle de vie » que Dieu « insuffle » dans ses « narines » lors de la création, et ce souffle appartient à Dieu, nullement à l'homme.
Cependant, la conscience que sa vie appartient à Dieu est très difficile pour l'homme déchu. Il faut ici une intervention directe de Dieu, cette paix même dont Jésus Lui-même dit qu'elle n'est pas de ce monde. Elle n'est pas de ce monde en ce sens qu'on ne la trouve pas dans la nature, dans le monde, dans cet espace que les anciens Grecs appelaient cosmos ; elle appartient au Royaume, qui lui aussi n'est pas de ce monde. L'homme la vit précisément comme paix, comme silence intérieur qui arrête et éteint en lui tous les mouvements spirituels liés à la nature humaine déchue.
Le « moi » spirituel de l'homme, que l'apôtre appelle ici, comme dans ses autres épîtres, par un mot grec signifiant littéralement « intelligence », tombe inévitablement, dans l'état déchu, sous le pouvoir de cette nature qu'il devait, selon le dessein de Dieu, contrôler et orienter. Or être chrétien signifie entrer dans les relations qui unissent le Fils au Père, de sorte que toute la vie spirituelle de l'homme se déroule dans l'espace de ces relations. Sans l'action directe du souffle du Royaume, qui libère l'homme du pouvoir de sa propre nature et le plonge dans le silence intérieur, il est impossible d'y entrer. Et depuis le silence intérieur, on peut déjà entrer au-dedans des relations du Père et du Fils, « garder les cœurs et les pensées dans le Christ Jésus », comme Paul l'appelle.
Mais pour y demeurer, pour ne pas tomber hors de l'espace spirituel des relations du Père et du Fils, il ne faut admettre dans sa vie spirituelle aucune intention, ni même aucune pensée, sauf celles qui sont « vertu et louange ». Sinon, aucun chemin spirituel ne se formera : l'homme ne pourra que toucher parfois, et pour très peu de temps, le Royaume et sa vie, mais il ne pourra pas y entrer. Voilà ce que rappelle l'apôtre à la fin de son épître.
2 u) 4.2-9 est la suite de 3.1 ; voir introduction.
3 v) Le nom de Syzyge signifie « collègue », « compagnon ». Jeu de mots sur un nom comme en Phm 10-11.
7 w) Var « vos corps ».
8 x) Add. « de la science » ou « de la discipline » (Vulg.).
8 y) Paul recommande, v. 8, un idéal de conduite dont tous les termes étaient courants chez les moralistes grecs de son temps (c’est la seule fois qu’il emploie le mot de « vertu », cf. Sg 4.1 ; 5.13), mais il invite, v. 9, à le mettre en pratique suivant les enseignements et surtout l’exemple qu’il en a donnés, 3.17 ; cf. 2 Th 3.7.
10 z) Dans cette section Paul remercie les Philippiens de l’avoir aidé financièrement. Il se montre si profondément reconnaisssant qu’on s’attendrait à voir ce sentiment déjà manifesté plus tôt dans la lettre. Or on ne trouve auparavant que deux allusions, 1.5 ; 2.30, qui laissent supposer que les expéditeurs ont déjà été remerciés. C’est pourquoi 4.10-20 est considéré comme une première lettre de Paul aux Philippiens.
13 a) Var. « en le Christ ».
15 b) Paul n’acceptait l’aide financière d’une communauté qu’après l’avoir quittée, 1 Co 9.1-8.
19 c) Var. (Vulg.) « puisse mon Dieu combler ».
22 d) Tous les chrétiens de la ville où Paul écrit.
22 e) L’expression a un sens très large ; elle peut désigner tout le personnel employé au service de l’empereur, tant à Rome que dans les grandes villes de l’empire.
23 f) Add. « Amen ».
Philippes, ville importante de Macédoine et colonie romaine, avait été évangélisée par Paul lors de son deuxième voyage, entre l’automne 48 et l’été 49, Ac 16.12-40. Il y repassa à deux reprises au cours du troisième voyage, en hiver 54-55, Ac 20.1-2, et à Pâques 56, Ac 20.3-6. Les fidèles qu’il y gagna au Christ témoignèrent d’une affection touchante pour leur apôtre en lui envoyant des secours à Thessalonique, 4.16, puis à Corinthe, 2 Co 11.9. Et quand Paul leur écrit, c’est précisément pour les remercier de nouveaux subsides qu’il vient de recevoir par l’intermédiaire de leur délégué, Épaphrodite, 4.10-20 ; en agréant leur offrande, lui qui craignait d’ordinaire de paraître intéressé, Ac 18.3, il marque à leur égard une confiance toute particulière.
Paul est prisonnier au moment où il leur écrit, 1.7, 12-17, et l’on a longtemps pensé qu’il s’agissait de sa première captivité romaine. Cependant les échanges fréquents et apparemment très faciles que les Philippiens ont avec lui, et avec Épaphrodite alors près de lui, 2.25-30, surprennent s’il se trouve dans la lointaine Rome. Surtout on comprend mal, si Paul est à Rome (ou à la rigueur à Césarée de Palestine, autre lieu d’une captivité connue de nous), que leur envoi d’argent par Épaphrodite soit la première occasion qu’ils aient trouvée d’aider l’Apôtre depuis leurs charités du deuxième voyage, 4.10, 16, puisqu’il est repassé deux fois chez eux au cours du troisième voyage. Tout s’explique mieux si Paul écrit avant ces deux nouvelles visites, c’est-à-dire à Éphèse entre 52 et 54. Les allusions au « Prétoire », 1.13, et à la « maison de César », 4.22, ne font pas difficulté, car il y avait des détachements de prétoriens dans les grandes villes, en particulier à Éphèse, aussi bien qu’à Rome. Notre ignorance d’une captivité de Paul à Éphèse n’est pas non plus un obstacle insurmontable, car Luc nous a dit fort peu de choses sur ce séjour de presque trois ans, et Paul laisse entendre qu’il y rencontra de bien graves difficultés, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10.
Si l’on admet cette hypothèse, il faut dissocier Ph de Col, Ep, Phm et la rapprocher des « grandes épîtres », en particulier de 1 Co. Loin de s’y opposer, le style et la doctrine de l’épître favorisent plutôt ce rapprochement. Aussi bien cet écrit est-il peu doctrinal. C’est plutôt une effusion du cœur, un échange de nouvelles, une mise en garde contre les « mauvais ouvriers » qui ravagent ailleurs les travaux de l’Apôtre et pourraient bien s’attaquer aussi à ses chers Philippiens, enfin et surtout un appel à l’unité dans l’humilité qui nous vaut l’admirable passage sur les souffrances du Christ, 2.6-11 : que cette hymne rythmée soit citée par saint Paul ou qu’elle soit bien de lui, de toute façon elle apporte un témoignage de première valeur sur la foi primitive.
L’authenticité de Ph ne fait pas de doute mais son unité a été sérieusement mise en question. Pour beaucoup de critiques, ce pourrait être le résultat du regroupement de trois lettres. La division probablement la plus satisfaisante est la suivante : lettre A : 4.10-20 ; lettre B : 1.1–3.1, 4.2-9, 21-23 ; lettre C : 3.2 – 4.1. La lettre A, antérieure aux deux autres, aura été envoyée dès la réception du don apporté par Épaphrodite. La lettre C est probablement la dernière. C’est une brûlante polémique contre des missionnaires judéo-chrétiens dont il n’apparaît aucune trace dans la lettre B ; celle-ci est un appel serein à l’unité et à la persévérance, ainsi qu’au témoignage résolu à la vérité.