Bible-Centre

La Bible en cinq ans pour le 30 octobre 2001

La Bible de Jérusalem (fr)

Josué, Chapitre 2

I. Conquête de la Terre Promise> 1 Les espions de Josué à Jéricho. f, 8 Le pacte entre Rahab et les espions., 22 Retour des espions.
Josué, fils de Nûn, envoya secrètement de Shittim deux hommes pour espionner, en disant : « Allez, examinez le pays et Jéricho. » Ils y allèrent, se rendirent à la maison d’une prostituée nommée Rahab et ils y couchèrent.
On dit au roi de Jéricho : « Voici que des hommes sont venus ici cette nuit, des Israélites, pour explorer le pays. »
Alors le roi de Jéricho envoya dire à Rahab : « Fais sortir les hommes venus chez toi — qui sont descendus dans ta maison — car c’est pour explorer tout le pays qu’ils sont venus. »
Mais la femme avait pris les deux hommes et les avait cachés. « C’est vrai, dit-elle, ces hommes sont venus chez moi, mais je ne savais pas d’où ils étaient.
Lorsqu’à la nuit tombante on allait fermer la porte de la ville, ces hommes sont sortis et je ne sais pas où ils sont allés. Mettez-vous vite à leur poursuite et vous les rejoindrez. »
Or elle les avait fait monter sur la terrasse et les avait cachés sous des tiges de lin qu’elle y avait déposées.
Les gens les poursuivirent dans la direction du Jourdain, vers les gués, et l’on ferma la porte dès que furent sortis ceux qui étaient à leur poursuite.
Quant à eux, ils n’étaient pas encore couchés que Rahab monta vers eux sur la terrasse.
Elle leur dit : « Je sais que Yahvé vous a donné ce pays, que vous faites notre terreur, et que tous les habitants du pays ont été pris de panique à votre approche.
10 Car nous avons appris que Yahvé avait mis à sec devant vous les eaux de la mer des Roseaux, à votre sortie d’Égypte, et ce que vous avez fait aux deux rois amorites, de l’autre côté du Jourdain, à Sihôn et à Og que vous avez voués à l’anathème.
11 En l’apprenant, le cœur nous a manqué et personne n’a gardé courage devant vous, parce que Yahvé, votre Dieu, est Dieu, aussi bien là-haut dans les cieux qu’ici-bas sur la terre.
12 Jurez-moi donc maintenant par Yahvé, puisque je vous ai traités avec bonté, qu’à votre tour vous traiterez avec bonté la maison de mon père et m’en donnerez un signe loyal ;
13 que vous laisserez la vie sauve à mon père et à ma mère, à mes frères, à mes sœurs et à tous ceux qui leur appartiennent, et que vous nous préserverez de la mort. »
14 Alors les hommes lui dirent : « Nous mourrons plutôt nous-mêmes, à moins que vous ne révéliez notre affaire. Quand Yahvé nous aura livré le pays, nous agirons envers toi avec bonté et loyauté. »
15 Alors elle les fit descendre par la fenêtre au moyen d’une corde, car sa maison était contre le rempart, elle-même logeait dans le rempart.
16 « Allez vers la montagne, leur dit-elle, de peur que ceux qui vous poursuivent ne vous retrouvent. Cachez-vous là pendant trois jours, jusqu’au retour de ceux qui vous poursuivent, et puis, allez votre chemin. »
17 Les hommes lui dirent : « Voici comment nous nous acquitterons de ce serment que tu nous as fait prêter :
18 à notre arrivée dans le pays, tu attacheras ce cordon de fil écarlate à la fenêtre par laquelle tu nous as fait descendre, et tu rassembleras auprès de toi dans la maison ton père, ta mère, tes frères et toute la famille.
19 Quiconque franchira les portes de ta maison pour sortir, son sang retombera sur sa tête et nous en serons quittes ; mais le sang de quiconque restera avec toi dans la maison retombera sur nos têtes si l’on porte la main sur lui.
20 Mais s’il t’arrive de révéler notre affaire, nous serons quittes de ce serment que tu nous as fait prêter. »
21 Elle répondit : « Qu’il en soit ainsi ! » Elle les fit partir et ils s’en allèrent. Alors elle attacha le cordon écarlate à la fenêtre.
22 Ils partirent et allèrent vers la montagne. Ils y restèrent trois jours, jusqu’à ce que fussent rentrés ceux qui les poursuivaient. Ceux-ci avaient battu tout le chemin sans les trouver.
23 Alors les deux hommes redescendirent de la montagne, traversèrent et se rendirent auprès de Josué, fils de Nûn, à qui ils racontèrent tout ce qui leur était arrivé.
24 Ils dirent à Josué : « Yahvé a livré tout ce pays entre nos mains et déjà tous ses habitants sont pris de panique devant nous. »
Lire la suite:Josué, Chapitre 3
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 f) Les chap. 2-8 rassemblent des traditions originaires du sanctuaire benjaminite de Gilgal, 4.19. — Dans l’histoire de la ville de Jéricho, se mêlent deux récits : 1° l’envoi des espions et l’histoire de Rahab, chap. 2, avec sa conclusion, 6.22-25 ; 2° l’histoire elle-même composite, du passage du Jourdain, chap. 3-4, et de l’entrée dans Jéricho, chap. 6. Il est difficile d’harmoniser ces deux récits indépendants.


1 g) Shittim (« les Acacias ») désignait la partie de la steppe qui avoisine la mer Morte au nord-est, Nb 25.1 ; 33.49.


11 h) Le livre prête à Rahab une profession de foi dans le style du Dt, cf. Dt 4.39. Rahab a été sauvée par sa foi, He 11.31, justifiée par ses œuvres, Jc 2.25. Cette étrangère, qui procure par sa foi et sa charité le salut de toute sa maison, est devenue chez les Pères une image de l’Église. — En hébreu, le nom s’écrit différemment de celui de Rahab, monstre mythique, Jb 9.13 ; 7.12, et désignation symbolique de l’Égypte, Ps 87.4.


21 i) Logiquement les vv. 17-21 se placeraient mieux avant le v. 15. Il ne sera plus question du fil écarlate. Dans celui-ci certains Pères ont vu le symbole du sang du Christ, dans la ligne de leur exégèse allégorique sur Rahab, cf. note sur le v. 11.


Le livre de Josué se divise en trois parties : a) la conquête de la Terre Promise, 1-12 ; b) la répartition du territoire entre les tribus, 13-21 ; c) la fin de la carrière de Josué, et spécialement son dernier discours et l’assemblée de Sichem, 22-24. Il est certain que ce livre n’a pas été écrit par Josué lui-même, comme l’a admis la tradition juive, et qu’il met en œuvre des sources variées. Dans la première partie, on reconnaît, dans les chap. 2-9, un groupe de traditions qui se rattachent très probablement au sanctuaire benjaminite de Gilgal. Les chap. 2 et 9, l’histoire d’une femme, Rahab, et celle d’un groupe d’étrangers, les Gabaonites, encadrent ce premier ensemble littéraire. Dans les chap. 10-11, on trouve deux histoires de batailles, celle de Gabaôn et celle de Mérom, auxquelles est rattachée la conquête de tout le sud puis de tout le nord du pays. L’histoire des Gabaonites, chap. 9, en enjambant sur 10.1-6, fait le lien entre ces deux groupes de chapitres, vraisemblablement réunis avant la fin de l’époque monarchique.

Les traditions recueillies dans les chap. 3-8 ont été conservées à Gilgal, un sanctuaire de Benjamin ; la figure de Josué, qui est un Éphraïmite, pourrait bien y être secondaire ; sa présence dans les récits veut souligner que, dès avant la royauté, l’entrée en Canaan s’est faite sous un chef unique. L’aspect étiologique de ces récits, c’est-à-dire leur souci d’expliquer des faits ou des situations qui restent observables, est indéniable et obéit à une motivation historique. Dans les récits relatifs à Jéricho, chap. 6, et à Aï, chap. 8, l’historicité des événements rapportés est difficile à prouver et ne reçoit pas l’appui des découvertes archéologiques.

La seconde partie est un exposé géographique d’un genre tout différent. Le chap. 13 localise les tribus de Ruben et de Gad et la demi-tribu de Manassé, déjà installées par Moïse en Transjordanie, d’après Nb 32, cf. Dt 3.12-17. Les chap. 14-19 concernent les tribus à l’ouest du Jourdain et combinent deux sortes de documents : une description des limites des tribus, qui est d’une précision très inégale et qui remonte pour le fond à l’époque prémonarchique, et des listes de villes qui ont été ajoutées. La plus détaillée est celle des villes de Juda, 15, qui, complétée par une partie de villes de Benjamin, Jos 18.25-28, répartit les villes en douze districts ; elle reflète une division administrative du royaume de Juda, probablement sous Josaphat. En manière de compléments, le chap. 20 énumère les villes de refuge dont la liste n’est pas antérieure au règne de Salomon ; le chap. 21, sur les villes lévitiques, est une addition postérieure à l’Exil, qui utilise cependant les souvenirs de l’époque monarchique.

Dans la troisième partie, le chap. 22, sur le retour des tribus d’outre-Jourdain et l’érection d’un autel au bord du fleuve, porte les marques de rédactions deutéronomiste et sacerdotale ; il a pour origine une tradition particulière dont l’âge et le sens sont incertains. Le chap. 24 préserve le vieux et authentique souvenir d’une assemblée à Sichem et du pacte religieux qui y fut conclu.

À la rédaction deutéronomiste, on peut attribuer, outre des retouches de détail, les passages suivants : 1 (en grande partie) ; 8.30-35 ; 10.28-43 ; 11.11-24 ; 12 (sauf la liste) ; 22.1-8 ; 23 ; la révision de 24. La manière dont le chap. 24, retouché dans l’esprit du Deutéronome, a été maintenu à côté du chap. 23, qui s’en inspire mais est d’une autre main, fournit l’indice de deux éditions successives du livre.

Celui-ci présente la conquête de toute la Terre Promise comme le résultat d’une action d’ensemble des tribus sous la conduite de Josué. Le récit de Jg 1 offre un tableau différent : on y voit chaque tribu luttant pour son territoire et souvent mise en échec ; c’est une tradition d’origine judéenne, dont les éléments ont pénétré dans la partie géographique de Josué, Jos 13.1-6 ; 14.6-15 ; 15.13-19 ; 17.12-18. Cette image d’une conquête dispersée et incomplète est plus proche de la réalité historique, que l’on ne peut restituer que d’une manière conjecturale. L’installation dans le Sud de la Palestine se fit à partir de Cadès et du Négeb et surtout par des groupes qui ne furent que progressivement intégrés à Juda : les Calébites, Qenizzites, etc., et les Siméonites. L’installation en Palestine centrale fut l’œuvre des groupes qui traversèrent le Jourdain sous la conduite de Josué et qui comprenaient les éléments des tribus d’Éphraïm-Manassé et de Benjamin. L’installation dans le Nord eut une histoire particulière : les tribus de Zabulon, Issachar, Asher et Nephtali étaient établies depuis un temps indéterminé et ne sont pas descendues en Égypte. À Sichem, elles se rallièrent à la foi yahviste que le groupe de Josué avait apportée et elles acquirent leurs territoires définitifs en luttant contre les Cananéens qui les avaient asservies ou qui les menaçaient. Dans ces différentes régions, l’installation se fit en partie par des actions guerrières, en partie par une infiltration pacifique et par des alliances avec les précédents occupants du pays. Il faut retenir comme historique le rôle de Josué dans l’installation en Palestine centrale, depuis le passage du Jourdain jusqu’à l’assemblée de Sichem. Considérant la date qui a été indiquée pour l’Exode (Introduction au Pentateuque), on peut proposer la chronologie suivante : entrée des groupes du Sud vers 1250, occupation de la Palestine centrale par les groupes venant d’outre-Jourdain à partir de 1225, expansion des groupes du Nord vers 1200 av. J.-C.

De cette histoire complexe, que nous ne restituons que par hypothèse, le livre de Josué donne un tableau idéalisé et simplifié. Il est idéalisé : l’épopée de la sortie d’Égypte se continue dans cette conquête où Dieu intervient miraculeusement en faveur de son peuple. Il est simplifié : tous les épisodes se sont polarisés autour de la grande figure de Josué, qui mène les combats de la Maison de Joseph, 1-12, et à qui est attribuée une répartition du territoire qui ne s’effectua pas par lui ni d’un coup, 13-21. Le livre s’achève par les adieux et la mort de Josué, 23, 24 ; ainsi, du début à la fin, il en est le personnage principal. En lui, les Pères de l’Église ont reconnu une préfiguration de Jésus : non seulement il porte le même nom sauveur, mais le passage du Jourdain, introduisant avec lui dans la Terre Promise, est le type du baptême en Jésus qui introduit à Dieu, et la conquête et la répartition du territoire sont devenues l’image des victoires et de l’expansion de l’Église.

Cette terre de Canaan est bien, dans l’horizon de l’Ancien Testament, le vrai sujet du livre : le peuple, qui avait trouvé son Dieu au désert, reçoit maintenant sa terre, et il la reçoit de son Dieu. Car c’est Yahvé qui a combattu pour les Israélites, Jos 23.3-10 ; 24.11-12, et leur a donné en héritage le pays qu’il avait promis aux Pères, 23.5, 14.

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