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La Bible pour les débutants pour le 15 septembre 2001

La Bible de Jérusalem (fr)

Ezéchiel, Chapitre 39

III. Pendant et après le siège de Jérusalem> 1 Contre Gog, roi de Magog., 21 Conclusion.
Et toi, fils d’homme, prophétise contre Gog. Tu diras : Ainsi parle le Seigneur Yahvé. Je me déclare contre toi, Gog, prince, chef de Méshek et de Tubal.
Je te ferai faire demi-tour, je te conduirai, je te ferai monter de l’extrême nord et je t’amènerai contre les montagnes d’Israël.
Je briserai ton arc dans ta main gauche et je ferai tomber tes flèches de ta main droite.
Tu tomberas sur les montagnes d’Israël, toi, toutes tes troupes et les peuples qui sont avec toi. Je te donne en pâture aux oiseaux de proie de toute espèce et aux bêtes sauvages :
Tu tomberas en plein champ, car moi, j’ai parlé, oracle du Seigneur Yahvé.
J’enverrai le feu dans Magog et sur ceux qui habitent des îles, en sécurité, et ils sauront que je suis Yahvé.
Je ferai connaître mon saint nom au milieu de mon peuple Israël, je ne laisserai plus profaner mon saint nom, et les nations sauront que je suis Yahvé, saint en Israël.
Voici que cela vient, c’est fait — oracle du Seigneur Yahvé — c’est le jour que j’ai annoncé.
Alors les habitants des villes d’Israël s’en iront brûler et livrer au feu les armes, écus et boucliers, arcs et flèches, javelots et lances. Ils en feront du feu pendant sept ans.
10 On n’ira plus chercher de bois dans la campagne, on n’en coupera plus dans les forêts, car c’est avec les armes qu’on fera du feu. Ils pilleront ceux qui les pillaient, ils prendront du butin à ceux qui leur en prenaient, oracle du Seigneur Yahvé.
11 Ce jour-là, je donnerai à Gog pour sa sépulture en Israël un lieu célèbre, la vallée des Oberim, à l’est de la mer, la vallée qui arrête les passants ; on y enterrera Gog et toute sa multitude, et on l’appellera : Vallée de Hamôn-Gog.
12 La maison d’Israël les enterrera afin de purifier le pays pendant sept mois.
13 Tous les gens du pays travailleront à les enterrer, et cela leur vaudra la renommée au jour où je manifesterai ma gloire, oracle du Seigneur Yahvé.
14 On mettra à part des hommes dont la fonction permanente sera de parcourir le pays et d’enterrer ceux qui sont restés sur le sol, pour le purifier. Ils entreprendront leur recherche au bout de sept mois.
15 Quand ces gens-là parcourront le pays, si l’un d’eux voit des ossements humains, il dressera à côté une borne, jusqu’à ce que les fossoyeurs les enterrent dans la vallée de Hamôn-Gog
16 (et Hamona est aussi le nom d’une ville), et qu’ils aient purifié le pays.
17 Et toi, fils d’homme, ainsi parle le Seigneur Yahvé. Dis aux oiseaux de toute espèce et à toutes les bêtes sauvages : Rassemblez-vous, venez, réunissez-vous de partout alentour pour le sacrifice que je vous offre, un grand sacrifice sur les montagnes d’Israël, et vous mangerez de la chair et vous boirez du sang.
18 Vous mangerez la chair des héros, vous boirez le sang des princes de la terre. Ce sont tous des béliers, des agneaux, des boucs, des taureaux gras du Bashân.
19 Vous mangerez de la graisse jusqu’à satiété et vous boirez du sang jusqu’à l’ivresse, en ce sacrifice que je vous offre.
20 Vous vous rassasierez à ma table, de chevaux et de coursiers, de héros et de tout homme de guerre, oracle du Seigneur Yahvé.
21 Je manifesterai ma gloire aux nations, et toutes les nations verront mon jugement quand je l’exécuterai, et ma main quand je l’abattrai sur elles.
22 Et la maison d’Israël saura que je suis Yahvé son Dieu, à partir de ce jour et désormais.
23 Les nations aussi le sauront : c’est pour sa faute envers moi que la maison d’Israël a été exilée, c’est parce qu’elle m’a été infidèle que je lui ai caché ma face, que je l’ai livrée aux mains de ses ennemis et que tous sont tombés par l’épée.
24 Je les ai traités comme le méritaient leurs souillures et leurs transgressions, et je leur ai caché ma face.
25 C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Yahvé : Maintenant, je vais ramener les captifs de Jacob, je vais prendre en pitié toute la maison d’Israël, et je me montrerai jaloux de mon saint nom.
26 Ils oublieront leur déshonneur et toutes les infidélités qu’ils ont commises envers moi, quand ils habitaient dans leur pays en sécurité, sans que personne les inquiète.
27 Quand je les ramènerai d’entre les peuples et que je les rassemblerai des pays de leurs ennemis, quand je manifesterai ma sainteté en eux aux yeux des nations nombreuses,
28 ils sauront que je suis Yahvé leur Dieu — quand je les aurai emmenés captifs parmi les nations et que je les réunirai sur leur sol, sans laisser aucun d’eux là-bas.
29 Et je ne leur cacherai plus ma face, car je répandrai mon Esprit sur la maison d’Israël, oracle du Seigneur Yahvé.
Lire la suite:Ezéchiel, Chapitre 40
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 c) Plutôt qu’un doublet du chap. 38, le chap. 39 est le développement des derniers vv. du chap. précédent le récit détaillé de la défaite de Gog et de ses suites.


7 d) Ou peut-être, avec les versions et quelques mss hébr. « le Saint d’Israël », formule très fréquente chez Isaïe, mais par là même suspecte ici.


11 e) « célèbre » shem versions ; « là » sham hébr. — Au lieu de « vallée des Oberim » ou « vallée des Passants », il faut peut-être lire avec le copte « vallée des Abarim », le jeu de mots avec la suite du v. ayant pu entraîner cette erreur de vocalisation. On connaît des monts Abarim, au pays de Moab, cf. Nb 27.12 ; la vallée « qui arrête les passants » pourrait être celle de l’Arnon, profonde et escarpée.


11 f) C’est-à-dire « la vallée de la Horde de Gog ».


14 g) Après « enterrer », hébr. ajoute « les passants », omis par grec. — Il y a tant de morts qu’il faudra sept mois pour les enterrer, v. 12, et ce n’est qu’au bout de ces sept mois qu’on désignera des émissaires pour aller s’assurer qu’il ne reste plus de cadavres à enterrer, car un seul suffirait à souiller le pays.


16 h) Glose sur Hamôn, mais on ne connaît pas de ville de ce nom, et le texte n’est pas sûr.


21 i) Cette conclusion n’est pas celle de l’oracle contre Gog, mais de toute la section ; c’est un résumé de l’enseignement d’Ézéchiel, déjà exprimé à 5.8, 10 ; 28.26 ; 34.30, etc.


À la différence du livre de Jérémie, celui d’Ézéchiel se présente comme un tout bien ordonné. Après une introduction, 1.3, où le prophète reçoit de Dieu sa mission, le corps du livre se divise clairement en quatre parties : 1° les chap. 4-24 contiennent presque uniquement des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem ; 2° les chap. 25-32 Sont des oracles contre les nations, où le prophète étend la malédiction divine aux complices et aux provocateurs de la nation infidèle ; 3° dans les chap. 33-39, pendant et après le siège, le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur ; 4° il prévoit enfin, chap. 40-48, le statut politique et religieux de la communauté future, rétablie en Palestine.

Cependant, cette logique de la composition dissimule de sérieuses failles. Il y a de nombreux doublets, ainsi 3.17-21 = 33.7-9 ; 8.25-29 = 33.17-20, etc. Les indications sur le mutisme dont Ézéchiel est frappé par Dieu, 3.26 ; 24.27 ; 33.22, sont séparées par de longs discours. La vision du char divin, 1.4 – 3.15, est interrompue par celle du livre, 2.1 – 3.9. De même, la description des péchés de Jérusalem, 11.1-21, fait suite au chap. 8 et coupe manifestement le récit du départ du char divin qui, de 10.22, se continue en 11.22. Les dates données dans les chap. 26-33 ne se suivent pas. Ces maladresses sont difficilement imputables à un auteur écrivant son ouvrage d’un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’elles sont le fait de disciples travaillant sur des écrits ou des souvenirs, les combinant et les complétant. Le livre d’Ézéchiel a donc eu, dans une certaine mesure, le sort des autres livres prophétiques. Mais l’égalité de la forme et de la doctrine nous assure que ces disciples nous ont gardé fidèlement la pensée et, généralement, la parole même de leur maître. Leur travail rédactionnel est surtout sensible dans la dernière partie du livre, 40-48, dont le noyau remonte cependant à Ézéchiel lui-même.

D’après l’état actuel, Ézéchiel a exercé toute son activité parmi les exilés de Babylonie entre 593 et 571, les dates extrêmes données par le texte, 1.2 et 29.17. On s’est étonné que, dans ces conditions, les oracles de la première partie paraissent adressés aux habitants de Jérusalem et que parfois Ézéchiel ait l’air d’être corporellement présent dans la ville, surtout 11.13. On a donc émis l’hypothèse d’un double ministère d’Ézéchiel : il serait resté en Palestine et y aurait prêché jusqu’après la ruine de Jérusalem en 587. C’est seulement alors qu’il aurait rejoint les captifs de Babylonie. La vision du rouleau en 2.1–3.9 marquerait la vocation du prophète en Palestine, celle du char divin, 1.4-28 et 3.10-15, marquerait l’arrivée chez les exilés. Le transfert de cette vision au début du livre en aurait changé toute la perspective. Cette hypothèse sert à répondre à certaines difficultés, mais elle en soulève d’autres. Elle entraîne de sérieux remaniements du texte, elle doit admettre que, même pendant son ministère « palestinien », Ézéchiel vivait ordinairement en dehors de la ville, puisqu’il y est « transporté », 8.3, et il est curieux que, si Ézéchiel et Jérémie ont prêché ensemble à Jérusalem, ni l’un ni l’autre ne fasse allusion au ministère de son confrère. D’autre part, les difficultés de la thèse traditionnelle ne doivent pas être exagérées : les reproches adressés aux gens de Jérusalem servaient de leçon aux exilés et, lorsque Ézéchiel paraît être dans la Ville Sainte, le texte dit explicitement qu’il y est transporté « en vision », 8.3, comme il en est ramené « en vision », 11.24. L’hypothèse d’un double ministère ne garde que peu de partisans.

Quelle que soit la solution adoptée, la même grande figure se dégage du livre. Ézéchiel est un prêtre, 1.3. Le Temple est sa préoccupation majeure, qu’il s’agisse du Temple présent qui est souillé par des rites impurs, 8, et que quitte la Gloire de Yahvé, 10, ou du Temple futur, dont il décrit minutieusement le plan, 40-42, et où il voit revenir Dieu, 43. Il a le culte de la Loi et, dans son histoire des infidélités d’Israël, 20, le reproche d’avoir « profané les sabbats » revient comme un refrain. Il a horreur des impuretés légales, 4.14, et un grand souci de séparer le sacré du profane, 45.1-6. En qualité de prêtre, il réglait des cas de droit ou de morale, et son enseignement prend de ce fait un tour casuistique, 18. Sa pensée et son vocabulaire s’apparentent à la Loi de Sainteté, Lv 17-26. Cependant on ne peut démontrer ni qu’il s’en soit inspiré ni que la Loi de Sainteté dépende de lui, et les contacts les plus frappants se trouvent dans des passages rédactionnels. Il reste que les deux ensembles ont été transmis dans des milieux de pensée très voisins. L’œuvre d’Ézéchiel s’intègre au courant « sacerdotal » comme celle de Jérémie appartenait au courant « deutéronomiste ».

Mais ce prêtre est aussi un prophète d’action. Plus qu’aucun autre, il a multiplié les gestes symboliques. Il mime le siège de Jérusalem, 4.1 – 5.4, le départ des émigrants, 12.1-7, le roi de Babylone à la croisée des chemins, 21.23s, l’union de Juda et d’Israël, Ez 37.15s. Jusque dans les épreuves personnelles que Dieu lui envoie, il est un « signe » pour Israël, 24.24, comme avaient été Osée, Isaïe et Jérémie. Mais la complexité de ses actions symboliques contraste avec la simplicité des gestes de ses prédécesseurs.

Ézéchiel est surtout un visionnaire. Son livre ne contient que quatre visions proprement dites, mais elles occupent une place considérable : 1-3 ; 8-11 ; 37 ; 40-48. Elles ouvrent un monde fantastique : les quatre animaux du char de Yahvé, la sarabande cultuelle du Temple avec son grouillement de bêtes et d’idoles, la plaine d’ossements qui s’animent, un Temple futur dessiné comme sur un plan d’architecte, d’où jaillit un fleuve de rêve dans une géographie utopique. Ce pouvoir d’imaginer s’étend aux tableaux allégoriques que trace le prophète : les deux sœurs Ohola et Oholiba, 23, le Naufrage de Tyr, 27, le Pharaon-Crocodile, 29 et 32, l’Arbre Géant, 31, la Descente aux Enfers, 32.

En contraste avec cette puissance visuelle, peut-être comme sa rançon et comme si l’intensité des images étouffait l’expression, le style d’Ézéchiel est monotone et gris, froid et dilué, d’une indigence rare quand on le compare à celui des grands classiques, à la pureté vigoureuse d’Isaïe, à la chaleur émouvante de Jérémie. L’art d’Ézéchiel vaut par ses dimensions et son relief, qui créent comme une atmosphère d’horreur sacrée devant le mystère du divin.

On voit que, si par bien des traits Ézéchiel se relie à ses prédécesseurs, il ouvre néanmoins une voie nouvelle. Et cela est vrai aussi de sa doctrine. Ézéchiel rompt avec le passé de sa nation. Le souvenir des promesses faites aux Pères et de l’Alliance conclue au Sinaï apparaît sporadiquement mais, si Dieu a sauvé jusqu’ici son peuple souillé dès sa naissance, 16.3s, ce n’est pas pour accomplir les promesses, c’est pour défendre l’honneur de son nom, 20 ; s’il doit remplacer l’Alliance ancienne par une Alliance éternelle, 16.60 ; 37.26s, ce n’est pas en récompense d’un « retour » du peuple vers lui, c’est par une bienveillance pure, nous dirions une grâce prévenante, et le repentir viendra après, 16.62-63. Le messianisme d’Ézéchiel, d’ailleurs peu exprimé, n’est plus royal et glorieux : il annonce bien un futur David mais celui-ci ne sera que le « berger » de son peuple, 34.23 ; 37.24, un « prince », 24.24, et non plus un roi, pour lequel il n’y a pas de place dans la vision théocratique de l’avenir, 45.7s. Il rompt avec la tradition de la solidarité dans le châtiment et affirme le principe de la rétribution individuelle, 18 ; cf. 33. Solution théologique provisoire qui, trop souvent contredite par les faits, conduira lentement à l’idée d’une rétribution outre-tombe. Prêtre si attaché à son Temple, il rompt, comme avait déjà fait Jérémie, avec l’idée que Dieu est lié à son sanctuaire. En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal qui étaient restés souvent opposés : les rites – qui subsistent – sont valorisés par les sentiments qui les inspirent. Toute la doctrine d’Ézéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur : il faut se faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, 18.31, ou plutôt Dieu lui-même donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau », et mettra dans l’homme un esprit « nouveau », 11.19 ; 36.26. Comme pour la bienveillance divine qui prévient le repentir, on est ici au seuil de la théologie de la grâce, que développeront saint Jean et saint Paul.

Cette spiritualisation de toutes les données religieuses est le grand apport d’Ézéchiel. Quand on l’appelle le père du Judaïsme, on se réfère souvent à son souci de séparation du profane, de pureté légale, à ses minuties rituelles, et l’on pense aux Pharisiens. Cela est tout à fait injuste : Ézéchiel, comme Jérémie mais d’une autre manière, est à l’origine du courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme et débouche dans le Nouveau Testament. Jésus est le Bon Pasteur qu’Ézéchiel avait annoncé et il a inauguré le culte en esprit que celui-ci avait appelé.

Par un autre de ses aspects, Ézéchiel est à l’origine du courant apocalyptique. Ses visions grandioses préludent à celles de Daniel et il n’est pas étonnant que dans l’Apocalypse de saint Jean on retrouve si souvent son influence.

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