RÉFLEXIONS pour Jos 2:1-24
L'écrivain sacré commence le récit de la conquête du pays par la parabole de Rahab, une prostituée de la ville qui, par trahison, fit entrer des éclaireurs ennemis dans la cité et les cacha chez elle, puis aida l'ennemi à s'en emparer, devenant « l'une des leurs » parmi les vainqueurs. A-t-elle alors abandonné son ancien métier ? On l'ignore : le texte n'en dit rien. Très probablement, oui : dans une société rigoureusement et rigidement religieuse comme l'était alors la société juive, son mode de vie et ses activités n'étaient, pour le moins, guère encouragés. On pourrait dire qu'il s'agit là d'une situation ordinaire dans toute guerre où, comme chacun sait, tous les moyens sont bons, pourvu qu'ils soient efficaces et donnent des résultats. À la guerre, on recourt aux services des traîtres et l'on ne fait la fine bouche devant personne si cela contribue au succès de l'opération. Malgré tout, ceux dont on a un jour utilisé les services n'inspirent généralement pas une grande confiance par la suite : qui a trahi une fois peut facilement recommencer.
Or, à en juger par le texte de la parabole, on peut supposer que la ville était déjà largement démoralisée. Cela se comprend : les incursions incessantes des nomades, dont Jéricho souffrait particulièrement souvent en raison de sa situation géographique, épuisaient ses habitants. Ces raids étaient d'ordinaire soudains et rapides : les nomades attaquaient la ville, y faisaient souvent irruption, pillaient et tuaient les habitants, puis se retiraient rapidement au-delà du Jourdain, grâce à un gué tout proche qui permettait de traverser facilement le fleuve. Là, dans la steppe, poursuivre les assaillants était non seulement inutile, mais dangereux, si bien que les raids restaient généralement impunis. On comprend que Rahab ait été certaine que la ville était condamnée en cas de grande guerre.
Mais cette compréhension de la situation n'était pas seule à déterminer ses actes : elle dit explicitement aux éclaireurs que Yahvé leur a livré la ville et tout le reste du pays. C'est l'unique lueur sur un fond d'ensemble sombre : qui que soit une personne, elle n'est pas encore condamnée si elle voit Qui dirige les événements et pourquoi ils se déroulent comme ils le font. C'est précisément cette vision qui devint le fondement de l'avenir ouvert à Rahab en lien avec l'histoire du peuple de Dieu.
