RÉFLEXIONS pour Ep 4:20-24
Pour Paul, la tâche principale de la vie chrétienne, qui constitue le sens du christianisme, est la transfiguration de l'homme, la transformation qualitative de la nature humaine. Et l'apôtre rappelle avant tout qu'une telle transformation, même lorsqu'elle n'est encore qu'en cours, ne permet aucun péché conscient. Au début, bien sûr, personne ne peut maîtriser ses émotions ; cela vient avec l'expérience. Mais dès que cette maîtrise devient possible, l'homme doit se séparer de tout ce qui ne correspond pas à la Torah intérieure, laquelle devient désormais l'instrument principal de la transformation de sa nature. Au début, par exemple, il est difficile de ne pas céder à une colère qui peut submerger l'âme avant que le néophyte ait eu le temps de réagir. Mais si ce même néophyte continue de nourrir en lui la colère qui vient de s'enflammer alors qu'il pourrait déjà s'en libérer, il s'agit désormais de son choix, dont il répondra devant Dieu. Et surtout, entretenir consciemment et volontairement un état qui ne favorise pas une relation normale avec Dieu détruit la vie spirituelle de l'homme et le freine sur le chemin de la vie chrétienne dans lequel il s'est engagé.
Au début du chemin, il peut arriver à chacun de perdre un instant conscience de soi, emporté par une vague émotionnelle ou intellectuelle. Mais on ne peut pas vivre dans un tel état d'oubli, en s'enfonçant dans l'abîme des états psychiques et psychophysiques pécheurs et en se livrant, selon les paroles de l'apôtre, à « la débauche jusqu'à l'insensibilité ». Le renouvellement de l'homme consiste précisément en ce que ces états incontrôlés deviennent de moins en moins nombreux dans sa vie avec le temps. En effet, ces états qui conduisent au péché ne sont qu'un cas particulier et une manifestation concrète de l'inconscience propre à la vie de l'homme déchu en général, de cet automatisme irréfléchi qui exclut par lui-même toute relation profonde, que ce soit avec Dieu, avec le Christ ou avec quelque autre personne. On ne peut se libérer de tout cela qu'en étant « renouvelé par le souffle de l'intelligence », comme l'apôtre décrit ce processus.
Par « intelligence », Paul entend ici ce que les livres bibliques appellent habituellement le « cœur » : le « moi » spirituel de l'homme qui recèle le « souffle de vie » de Dieu. Au plus profond du « moi » spirituel du chrétien se révèle aussi le souffle du Royaume, qu'il éprouve en entrant dans la relation du Père avec le Fils. À la différence des Juifs, les Grecs désignaient traditionnellement cette profondeur par un mot généralement traduit en français par « intelligence », et Paul, qui écrivait ses épîtres en grec, l'emploie lui aussi afin de rendre son propos compréhensible à ceux auxquels la tradition grecque était plus proche que la tradition juive.
C'est depuis cette profondeur spirituelle du « moi » humain, derrière laquelle se tient la présence réelle de Dieu, qu'agit le souffle du Royaume qui renouvelle l'homme. Non pas immédiatement, bien sûr : ce processus exige, pour s'achever, plus de temps que la durée de la vie terrestre d'un homme. Mais l'essentiel est qu'il ait commencé : il est tout à fait possible d'être prêt pour le jour du triomphe complet du Royaume et du retour du Sauveur, à condition, bien sûr, de ne pas s'arrêter ni se détourner du chemin.
