RÉFLEXIONS pour 1Co 4:20
Quelle puissance l'apôtre a-t-il donc en vue lorsqu'il parle de la puissance du Royaume ? On pourrait répondre qu'il s'agit de la puissance de Dieu, et cette réponse ne serait pas fausse. Mais que recouvre-t-elle ? En effet, on parlait beaucoup de la puissance de Dieu avant même la venue du Christ dans le monde, et on la comprenait de différentes manières. Bien sûr, les croyants savaient déjà que la puissance de Dieu et ce que le monde païen entend par puissance étaient des réalités différentes. Mais cette différence n'était pas toujours clairement comprise. Il s'agissait avant tout du fait que Dieu peut intervenir à tout moment dans n'importe quelle situation et la changer d'une manière totalement inattendue pour l'observateur extérieur : ce qui semblait inébranlable s'effondre en un instant, tandis que ce qui était complètement impuissant et insignifiant acquiert soudain de la force et devient le facteur décisif.
Mais il s'agissait encore généralement des lois du monde non transfiguré, que Dieu utilise pour réaliser Ses desseins, souvent en dépit de ceux qui s'y opposent, en retournant les événements à Son avantage d'une manière tout à fait imprévisible. L'histoire de Joseph est peut-être la plus remarquable illustration d'un tel retournement : ses frères firent tout pour empêcher l'accomplissement du dessein de Dieu, tel qu'ils le comprenaient, mais tous leurs efforts, comme il apparut plus tard, ne firent qu'en rapprocher l'accomplissement.
Paul parle d'une autre situation, celle où le Royaume est déjà entré dans le monde et où témoignent déjà de lui des personnes qui ont l'expérience de la vie en lui et de la communion avec Celui qui a apporté le Royaume dans le monde. Il ne s'agit évidemment plus ici d'une puissance extérieure. Il faut remarquer qu'à l'époque du Second Temple, l'annonce de Dieu devint en un certain sens l'annonce de la parole : aussi bien la Parole de Dieu dans tous les sens de cette expression que la parole humaine sans laquelle il était impossible de raconter au monde sa propre expérience de la communion avec Dieu et de l'écoute de la Parole.
Telle était notamment la prédication des maîtres et des docteurs pharisiens avec lesquels le Sauveur polémiqua tant pendant Son ministère terrestre. C'était aussi un témoignage, mais un témoignage sur leur propre expérience, souvent subjective, de la communion avec Dieu. Le témoignage chrétien, au sens véritable du terme, est toujours objectif : il témoigne non de soi devant Dieu, mais du Christ et du Royaume. Un tel témoignage n'est possible que lorsque le témoin a déjà participé à la vie du Royaume, qu'il vit de cette vie et que sa puissance agit en lui. C'est manifestement de cette puissance que témoigne l'apôtre, voyant précisément en elle la manifestation du Royaume.
