RÉFLEXIONS pour Lc 16:1-31
La lecture d'aujourd'hui nous ramène au thème de la pauvreté évangélique, que Jésus considère avant tout comme un état spirituel. La question des richesses injustes s'est posée à toutes les époques, et l'intendant de la parabole citée dans ce passage savait naturellement parfaitement ce que devait faire celui qui avait enfreint le huitième commandement : il devait restituer ce qu'il avait volé et ajouter quelque chose en plus de ce qu'il avait pris. C'est précisément ce que fait l'intendant voleur. Alors que son maître est déjà prêt à le chasser (v. 1–3), il réfléchit à son avenir et non seulement restitue à son maître tout ce qu'il a volé, mais allège en même temps le fardeau de ses débiteurs afin de mériter leur reconnaissance (v. 4–7). Cet homme expie ainsi non seulement son propre péché, mais fait aussi du bien à ses prochains. Il n'est pas étonnant qu'une telle conduite lui rende la confiance de son maître : on peut faire confiance à celui qui ne se contente pas de restituer ce qu'il a volé, mais aide aussi ses prochains, et un tel repentir mérite d'être loué (v. 8).
Le problème de la richesse est ainsi placé dans le contexte des relations et des priorités. Même lorsqu'elle a été acquise par des moyens malhonnêtes, autrement dit lorsqu'elle a été volée, l'essentiel ne réside pas dans sa redistribution en elle-même, mais dans le fait d'aider des personnes concrètes et d'établir (ou de rétablir) ainsi avec elles des relations sans lesquelles on finit par n'avoir nulle part où aller. Dans ce cas comme dans tous les autres, la question centrale est celle des priorités, de ce qui est le plus important : les relations avec Dieu et avec les hommes, ou la richesse. Jésus le dit directement à la fin de la parabole (v. 9–13).
Il en va de même pour la parabole du riche et de Lazare (v. 19–31), mais ici la question de la richesse est examinée dans le contexte d'une perspective messianique et eschatologique. Le chemin du riche et celui du pauvre sont présentés dans le cadre de la représentation biblique traditionnelle des deux voies, dont l'une conduit au Royaume, « dans le sein d'Abraham » (v. 22), tandis que l'autre mène au shéol, au monde des ombres, dont on ne peut sortir et dont les habitants n'ont aucun chemin vers le Royaume (v. 23–26 ; le shéol est appelé ici « enfer »). Le sens de la parabole est parfaitement transparent : la richesse a caché à son propriétaire l'être humain et, avec lui, le Royaume. Pour le riche, tout commence et finit dans notre monde limité, où il reçoit tout, mais où l'on ne peut trouver ni le Royaume ni la vie éternelle. Et aucune preuve ne convaincra celui qui n'est pas prêt à rompre les frontières du monde non transfiguré (v. 27–31), car chacun choisit lui-même son chemin et reçoit ce qu'il a choisi.
