RÉFLEXIONS pour Jn 20:1-31
À la lecture des récits de la Résurrection, il devient évident que, malgré tout ce que Jésus leur avait dit pendant Son ministère terrestre, les apôtres n'étaient absolument pas prêts à rencontrer le Ressuscité. Ce n'est pas un hasard si Jean mentionne les vêtements funéraires, les « linges », qui ont amené pour la première fois les apôtres à penser qu'il se passait quelque chose d'inhabituel (v. 1–9). En effet, selon la coutume juive, le corps était enveloppé dans le linceul si étroitement qu'il était pratiquement impossible de le dérouler sans endommager le tissu. Or les apôtres ont vu ce linceul non seulement intact mais, apparemment, même sans qu'il ait été dérangé, si bien que le linge dont on entourait habituellement la tête du défunt, le « suaire » du v. 7, était resté posé à part, sans doute à l'endroit où se trouvait la tête du Sauveur avant la Résurrection. Il était impossible d'expliquer ce qui s'était produit autrement que par un miracle. Mais les apôtres ne se représentaient apparemment pas encore très bien ce qui avait précisément eu lieu.
Bien sûr, Marie Madeleine avait vu Jésus ressuscité dans le jardin et l'avait aussitôt annoncé aux apôtres (v. 11–18), mais son témoignage ne leur avait probablement pas suffi. La véritable rencontre eut lieu le soir du même jour (v. 19–23), et les apôtres purent enfin se convaincre que leur Maître était réellement vivant. Ce n'est pas un hasard si Jésus leur permet de regarder Ses mains, Ses pieds et Ses côtes (v. 20). Les traces des blessures devaient convaincre les apôtres qu'ils n'avaient devant eux ni un fantôme ni une ombre sortie du tombeau, comme ils auraient pu le penser en apprenant de Marie Madeleine que le Ressuscité ne lui avait pas permis de Le toucher (v. 17). Cela était extrêmement important, car il ne s'agissait pas seulement de la Personne du Ressuscité, mais aussi de la nature du Royaume. Si celui-ci ne différait en rien du monde des ombres et des esprits, son influence sur le monde ne serait pas plus forte que la leur. Les ombres et les esprits peuvent parfois manifester leur présence, mais ils sont incapables d'influer sérieusement sur l'ordre existant, et moins encore de le changer radicalement comme le monde change lorsqu'il devient une partie du Royaume.
Mais, malgré toute son objectivité et sa réalité tangible, le Royaume diffère apparemment de manière essentielle, sous certains aspects, de notre monde qui n'est pas encore transfiguré. Ce n'est pas un hasard si le Seigneur place tout de même le désir de Thomas de toucher de ses propres mains les blessures de Jésus au-dessous de la confiance accordée au témoignage (v. 24–29). Car l'essentiel dans le Royaume est déterminé par la confiance : confiance en Dieu, confiance en Jésus, confiance les uns envers les autres. Elle est le fondement de tout. Sans elle, il n'y a pas de Royaume. Et elle ne peut dépendre de la possibilité de toucher de ses mains ce en quoi l'on croit ou celui en qui l'on a confiance. Non pas parce que cela est interdit, mais parce que l'essentiel dans le Royaume ne peut être touché avec les mains. On ne peut le toucher qu'avec le cœur. Et tous ceux qui veulent vivre la vie du Royaume doivent y être prêts.
