RÉFLEXIONS pour 1 Кор 14:26-40
Au terme de son exposé sur les dons et les ministères, Paul appelle à l'ordre dans les assemblées ecclésiales, sans pour autant limiter ni condamner personne, même pour des manifestations extatiques telles que la glossolalie (v. 39-40). Bien sûr, en parlant ainsi, l'apôtre pense aussi à la discipline ecclésiale. Mais il ne s'agit manifestement pas seulement de cela. Paul a avant tout en vue le bien spirituel de l'Église en tant que communauté de chrétiens vivant dans le Royaume. Le sens de l'existence de l'Église consiste avant tout à être le lieu où chacun peut avoir part au Royaume: aussi bien celui qui a déjà fait son choix et possède l'expérience de la vie dans ce Royaume que celui pour qui il n'est encore qu'une abstraction, quelque chose dont il a peut-être entendu parler mais qu'il n'a pas encore eu la possibilité de toucher. C'est pourquoi Paul dit que la glossolalie et la prophétie doivent avant tout viser à transmettre la révélation à la communauté ecclésiale, et non simplement à montrer aux personnes rassemblées les propres « exploits spirituels » de ceux qui ont reçu ces dons.
La tâche d'expliquer le sens d'une prophétie paraissait sans doute à beaucoup moins « élevée » que prophétiser ou « parler en langues »; pourtant, d'après le témoignage de l'apôtre, sans une telle explication, l'un et l'autre deviennent inutiles à l'Église (v. 26-31). On peut, bien sûr, se livrer à une « extase sans limites », mais les états de ce genre n'apportent rien de bon du point de vue spirituel et ne disent rien de l'authenticité de l'expérience: dans une situation normale, l'homme ne doit manifestement pas perdre la maîtrise de lui-même, même dans l'extase (v. 32). Il en va de même de l'émotivité et de la sociabilité naturelles par lesquelles, semble-t-il, les femmes se distinguaient particulièrement dans les assemblées ecclésiales (v. 34-35).
Bien sûr, les émotions ou la sociabilité ne comportent en elles-mêmes rien de mauvais. Les problèmes commencent lorsque les personnes émotives et excessivement sociables ne jugent pas nécessaire de se maîtriser, même quand elles en sont parfaitement capables. Et le principal problème ici, comme dans le cas de l'extase incontrôlée—surtout lorsqu'une telle extase, tout comme ses propres émotions, pourrait parfaitement être maîtrisée—n'est pas que toutes ces manifestations de sentiments religieux ou quasi religieux gênent souvent les personnes rassemblées, mais qu'elles sont incompatibles avec la vie dans le Royaume. Bien sûr, l'émotivité naturelle, tout comme l'inclination naturelle à l'extase, ne constitue pas en elle-même un obstacle insurmontable sur le chemin spirituel. Mais le laisser-aller spirituel et émotionnel, s'il n'est pas reconnu comme un péché et combattu, deviendra inévitablement un tel obstacle. Bien plus, il peut fort bien devenir un mauvais exemple pour ceux qui sont nouveaux dans l'Église, car, extérieurement, ce laisser-aller ressemble beaucoup à la liberté spirituelle dont Paul parle si souvent. Mais, au fond, non seulement il ne lui ressemble pas, il lui est directement opposé. Paul juge nécessaire de le rappeler aux chrétiens de Corinthe (v. 36-37), parmi lesquels il y en avait manifestement qui confondaient souvent l'un et l'autre.
