RÉFLEXIONS pour Jr 7:1-34
La prédication que Jérémie prononça à l'entrée du Temple (v. 2) soulève certaines questions. Ainsi, par exemple, on ne comprend pas tout à fait de quels « baals » (v. 9) il parle, étant donné qu'il s'agit d'une époque où la réforme religieuse du roi Josias était déjà un fait accompli. Il n'est pas exclu, bien sûr, que la prédication ait retenti sous l'un des successeurs de Josias, lorsque les cultes païens recommencèrent à se répandre en Judée et que des autels païens apparurent même dans la cour du Temple. Mais il semble plutôt être question ici de cultes domestiques, auxquels même Josias ne pouvait faire face.
Le paganisme, comme on le sait, pénètre toujours profondément dans la vie quotidienne, et il y est particulièrement difficile de lutter contre lui, car c'est précisément la vie quotidienne qui est entièrement déterminée par le contenu spirituel de la vie de ceux qui l'organisent. C'est pourquoi la religiosité publique et officielle diffère souvent sensiblement de la religiosité domestique et quotidienne. Manifestement, une part importante de ces nouveaux « yahvistes » qui apparurent en si grand nombre dans le pays après la réforme de Josias demeuraient, au fond, des païens, sans douter un instant de leur propre orthodoxie.
Une telle situation était spirituellement pire que le paganisme ouvert: car les païens, au moins, savent qui ils sont et ne se trompent pas sur eux-mêmes, tandis que les prétendus « yahvistes », semblables à ceux auxquels Jérémie s'adressait, demeuraient au contraire dans une illusion agréable pour eux au sujet de leur religiosité. Il est probable que le yahvisme était pour ces hommes non le fondement de la vie spirituelle, mais seulement une sorte d'idéologie nationale; et en Yahvé ils voyaient le Protecteur du pays et du peuple, qui toutefois ne touchait pas leur cœur, si bien que dans leur vie quotidienne il restait toujours une place pour les baals et pour le culte de la Grande déesse (v. 17-18).
Mais un tel yahvisme devenait en revanche le fondement d'une croissance vigoureuse d'un nationalisme religieux particulier. Les habitants de Juda étaient convaincus que rien ne les menaçait: ils possédaient désormais à Jérusalem le seul lieu sur la terre où l'on offrait des sacrifices au vrai Dieu, et par conséquent ni eux-mêmes ni leur pays n'avaient rien à craindre (v. 3-4). De plus, manifestement, ils étaient absolument convaincus que le salut des malheurs et le Royaume messianique leur étaient garantis par définition, puisqu'ils étaient le peuple de Dieu, qu'ils visitaient régulièrement les offices du Temple et participaient aux sacrifices, sans penser ni à l'observation des commandements ni même au fait d'abandonner au moins les cultes païens si chers à leur cœur (v. 9-10). Une telle assurance spirituellement dévalorise tout culte, ce que le prophète rappelle à ses compatriotes (v. 21-24).
Tels furent les fruits de la réforme religieuse menée d'en haut: le résultat extérieur fut atteint relativement facilement et rapidement, mais l'état spirituel du peuple se révéla pire qu'auparavant. Désormais, au paganisme qui, ayant quitté les rues de Jérusalem, s'était caché dans les maisons et dans les cœurs des habitants de la ville, s'ajouta un nationalisme sûr de lui-même, fortement mêlé à une religiosité yahviste très superficielle. Ce mélange rendit le repentir impossible, et la catastrophe inévitable.
