RÉFLEXIONS pour Mt 12:9-13
La réponse de Jésus aux hommes qui le regardaient avec reproche paraît, à première vue, pas tout à fait logique. Du point de vue de ceux qui l'entouraient, ce qu'il s'apprêtait à faire et ce qu'il fit réellement était une violation du shabbat. Or il leur rappelle que même un animal domestique menacé de mort est sauvé le jour du shabbat, et que de telles actions ne constituent pas une violation du repos sabbatique.
En raisonnant humainement, du point de vue de notre monde non transfiguré, la guérison d'un homme dont le principal problème était une main sèche est quelque chose de fondamentalement différent. Si la vie de cet homme avait été menacée, si une intervention médicale, pour parler en langage contemporain, avait été requise selon des indications vitales, personne n'aurait dit un mot à Jésus. Et même s'il s'était agi d'une menace pour la vie d'un animal domestique ayant besoin d'aide, personne ne l'aurait blâmé. Tout le problème était précisément qu'il n'existait aucune menace pour la vie: l'homme à la main desséchée, avec laquelle il vivait déjà depuis plus d'un an, aurait manifestement pu vivre tranquillement ainsi encore une journée. Puis, après la fin du shabbat, il aurait reçu l'aide attendue sans violer le repos sabbatique. Pourquoi donc se hâter?
Mais Jésus, manifestement, regarde la chose tout autrement et ne veut pas attendre. Et non parce qu'il serait un adversaire de principe des règles du repos sabbatique acceptées à cette époque. Il veut simplement faire comprendre à ceux qui l'entourent le sens véritable du shabbat: ce jour est donné pour être passé avec Dieu.
S'il s'était agi simplement d'une aide médicale, ceux qui l'entouraient auraient peut-être eu raison. Mais il ne s'agissait pas de médecine, il s'agissait du Royaume; non pas de traitement, mais de guérison, et cela changeait entièrement la donne. Car si le shabbat est précisément le temps qu'il faut passer avec Dieu, alors toute manifestation du Royaume avec les guérisons qui l'accompagnent ne peut qu'être accueillie. En substance, Jésus propose à ceux qui se trouvent auprès de lui de passer le shabbat avec lui dans son Royaume, mais ils ne le comprennent pas et ne remarquent pas le Royaume, ne voyant que la violation des interdits liés au repos sabbatique.
Il leur propose la plénitude de la vie; de là vient la mention du fait que même un animal dont la vie est menacée a droit à l'aide, fût-ce le jour du shabbat. Car sans cette plénitude, tous sont condamnés à la mort, et lui seul, Jésus, peut les sauver de la mort. Mais lorsqu'il le fait, en faisant participer pour commencer au Royaume au moins un homme qu'il guérit, on l'accuse de violer le shabbat. Le sens spirituel du shabbat est passé au second plan, tandis que les formalités religieuses sont au contraire passées au premier et ont caché le Royaume, que les hommes entourant Jésus ne remarquent même pas.
