RÉFLEXIONS pour Jr 5:1-31
La lecture d'aujourd'hui nous permet de mieux comprendre ce que les auteurs bibliques ont en vue lorsqu'ils parlent du « châtiment de Dieu ». Le passage commence par la description d'un tableau spirituel assez sombre: dans toute Jérusalem, il n'y a personne qui réfléchisse sérieusement à des choses aussi fondamentales que la justice, la « vérité », et la fidélité à Dieu, l'« authenticité » (v. 1-5). Et cela concerne manifestement non seulement le simple peuple, peu instruit dans la Torah, mais aussi ceux qui peuvent et doivent s'y connaître et comprendre ce qu'ils font. Mais le plus terrible ici n'est même pas le péché lui-même, mais cette attitude envers Dieu que l'on peut appeler athéisme pratique: des hommes qui savent de la Torah tout ce qu'ils sont censés savoir violent manifestement les commandements non parce qu'ils espèrent le pardon, mais parce qu'en fait ils ne croient pas en Dieu (v. 12-13).
Cet athéisme pratique, d'ailleurs, n'était pas forcément ouvert; il pouvait très bien se combiner même avec une religiosité extérieure, et parfois peut-être ostentatoire. Mais ces athées pratiques traitaient la prédication prophétique avec au minimum de l'hostilité, car les prophètes rappelaient toujours non pas la religiosité extérieure, mais le Dieu vivant et réel, auquel les transgresseurs de la Torah préféraient ne pas penser. Mais même dans une telle situation, Dieu ne veut pas la destruction complète de son peuple (v. 10, 18). Il semblerait qu'il soit totalement sans perspective de garder quelque relation que ce soit avec des hommes qui disent « non » à Dieu. Même l'athée militant a plus de possibilités de trouver Dieu que le cynique froid: car la négation furieuse de Dieu est elle aussi une relation, elle peut, sous certaines conditions, se transformer en son contraire direct; le cynisme, lui, exclut complètement toute relation, le cynique n'a besoin de personne et ne s'intéresse à personne sauf à lui-même. Une seule chose peut réveiller spirituellement un tel homme et le ramener à lui: la catastrophe, l'effondrement de tous les plans et de toutes les espérances, et cela d'une manière telle qu'il devienne absolument évident qu'il n'existe aucune possibilité de changer la situation par ses propres forces.
Bien sûr, cela en soi ne garantit pas que le cynique reconsidérera son attitude envers le monde, mais c'est tout de même au moins une possibilité. Dans ce cas, toutefois, la catastrophe ne doit pas être définitive: car alors parler d'un changement quelconque de vie, même dans l'avenir, deviendrait simplement dépourvu de sens. Et Dieu permet à son peuple de traverser une telle catastrophe, que l'on ne pouvait spirituellement survivre qu'en se remettant entièrement à la volonté de Dieu et en devenant une partie de ce reste dont parlaient les prophètes.
