RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Nb 7:1-89

Dans le Livre des Nombres sont énumérés, avec une précision comptable, tous les sacrifices offerts par chaque tribu lors de la consécration de la Demeure. Des questions naturelles surgissent: qu'est-ce que c'est, et pourquoi? La réponse à la première est assez simple: nous avons réellement devant nous une sorte de livre de comptes de son temps. Il s'agit très certainement, bien sûr, non plus de l'époque de l'Exode et du séjour au désert, mais des jours où la terre avait été définitivement conquise; en tout cas, la farine et les huiles aromatiques en grande quantité, tout comme l'abondance d'objets d'or, ne sont pas caractéristiques de la vie nomade. Quoi qu'il en soit, c'est bien une liste d'offrandes qui est présentée ici: sinon une comptabilité financière complète, du moins un compte de grenier.

Il est un peu plus difficile de répondre à la question « pourquoi? ». Le plus simple serait de dire: pour que personne ne se sente lésé. Le judaïsme de l'époque de l'Exode et de la conquête de la Palestine est, à bien des égards, une communauté religieuse, rassemblée autour de la Demeure, unie avant tout par des fêtes communes, des sacrifices, des rites. Il importait vraiment de savoir qui avait versé combien dans la caisse commune du sanctuaire unique pour tous; autrement pouvait se poser la question des droits et des privilèges, des avantages de ceux qui avaient donné davantage, de celui à qui revenait la première place auprès de la Demeure. Ce n'est pas un hasard si le Livre des Nombres énumère toutes les offrandes de chaque tribu: à la lecture du texte, on comprend aussitôt que chaque tribu a apporté sa contribution, et que toutes sont identiques, si bien que personne n'a ni ne peut avoir devant Dieu aucun privilège, même selon un signe aussi extérieur et formel que le montant versé dans la caisse commune. Tous sont égaux, et la contribution de chacun est égale à celle de tout autre, bien que les possibilités matérielles des différentes tribus juives fussent loin d'être identiques.

Il y avait aussi autre chose ici: la mémoire. Pour nous, la caisse commune, la tirelire commune, le pot commun signifient souvent une masse unique dans laquelle tout entre et où tout se dissout. Cela se dissout, et se dépersonnalise, si bien qu'on ne comprend plus ce qui appartenait initialement à qui; et d'ailleurs cela n'a pas d'importance, car c'est bien pour cela, finalement, que le pot commun existe. Or, pour Dieu, tout est exactement inverse. Pour lui, chaque personne concrète est importante; il ne communique pas avec une masse sans visage, avec une foule, avec un collectif. Même lorsque beaucoup de gens entrent en relation avec lui en même temps, il construit pourtant le dialogue précisément avec chacun, en tenant compte de tous les liens qui unissent entre eux ceux qui viennent à lui. L'offrande de chacun ne lui est pas indifférente, car il regarde avant tout l'intention de celui qui apporte, et non ce qui est apporté en soi. Pour lui, chacun est unique, avec tout ce que l'homme lui a apporté.