RÉFLEXIONS pour Jn 21:15-25
L'un des thèmes favoris des prédicateurs chrétiens est l'histoire du triple reniement de Pierre et la question répétée trois fois par Jésus ressuscité: « M'aimes-tu? ». Les commentateurs attirent souvent l'attention sur les nuances de sens du mot « aimer », qui dans le texte grec est rendu par deux mots différents, en tirant parfois des nuances de l'usage grec des conclusions de grande portée. Pourtant de telles nuances ne pouvaient guère jouer un rôle aussi grand dans le dialogue de Jésus avec Pierre: car ils ne parlaient évidemment pas grec, mais très probablement araméen; or en araméen, contrairement au grec, de telles nuances sont absentes.
Mais la triple question et la triple réponse ont leur sens dans la tradition juive: un témoignage ou un serment répété trois fois est considéré comme définitivement confirmé. Apparemment, cette coutume est liée aux particularités du tempérament national: qui sait ce qui peut échapper à la langue dans le feu de l'émotion! Mais si un homme répète quelque chose trois fois, s'il répond trois fois de la même manière à la question qu'on lui pose, cela signifie que la réponse n'est plus donnée sous le coup de l'émotion, que celui qui répond pense réellement ce qu'il dit, et que sa réponse peut être tenue pour ferme et définitive.
Bien sûr, en répondant à Jésus, Pierre ne pouvait pas ne pas comprendre pourquoi le Maître lui posait trois fois la même question. Il ne pouvait évidemment pas ne pas se souvenir de son triple reniement de Jésus, même s'il n'en avait pas pleinement conscience à ce moment-là. Et tous deux comprenaient parfaitement que ce reniement n'avait tout de même pas été pleinement conscient, qu'il avait été involontaire, qu'il s'était produit dans une situation que Pierre lui-même ne comprenait pas jusqu'au bout, et qu'il n'avait été triple qu'extérieurement: en réalité, les trois fois, Pierre ne réfléchissait même pas au sens de la question, il écartait simplement les gens qui l'interrogeaient pour qu'ils ne l'empêchent pas de suivre ce qui arrivait à son Maître. Jésus, manifestement, veut de lui un triple serment, presque formel, d'amour à son égard. Et Pierre en éprouve amertume et douleur, comme un homme qui comprend qu'après ce qui s'est passé le Maître ne peut plus lui faire confiance comme auparavant.
Et Jésus explique aussitôt ses questions: un nouveau ministère important et responsable attend Pierre, qui s'achèvera comme s'est achevé le ministère terrestre de son Maître. La question n'était pas posée simplement ainsi: la réponse était nécessaire à Pierre lui-même. À l'homme dont le ministère apostolique a commencé par une apostasie involontaire et s'est achevé par la mort martyre d'un témoin fidèle.
