RÉFLEXIONS pour Ac 2:42-47
Dans le Livre des Actes, on rencontre des passages particuliers qui semblent résumer tout ce qui a été dit auparavant, et à la fin du deuxième chapitre du livre nous voyons précisément un tel passage. On pourrait croire que, vu tout ce qui s’est produit pendant le temps décrit dans les premiers chapitres du livre, ce bilan devrait toucher à des choses d’une importance fondamentale — par exemple l’Ascension ou la Pentecôte, car, en fin de compte, ce sont justement ces événements qui ont déterminé l’existence même de l’Église.
Mais l’auteur du livre parle d’autre chose : il raconte simplement la vie de l’Église en ce temps-là, le processus de son existence, de sa présence dans le monde — et de sa présence dans le Royaume. Ce n’est pas par hasard que le passage parle de la fraction du pain, de la prière et de la communion avec les apôtres. Telle était, dans l’Église des premiers chrétiens, la vie du Royaume, et telle elle demeure aujourd’hui. Rien de nouveau n’a été inventé, et cela ne pouvait pas l’être : car c’est ainsi que le Sauveur lui-même a défini cette vie lors de la Cène.
Quant à la vie communautaire, elle était plus étroite que chez nous aujourd’hui. Il ne s’agissait certes guère d’une vie commune du type de celle qui caractérisait les monastères médiévaux, souvent organisés comme de grands foyers collectifs. De telles formes de vie commune étaient peu propres au judaïsme.
Mais il y avait autre chose : une caisse communautaire, alimentée par les dons généreux des frères riches, une caisse dans laquelle chaque personne dans le besoin pouvait recevoir de l’aide. Bien sûr, la Synagogue a toujours connu la bienfaisance. Mais ici, il s’agit apparemment de plus que de simple bienfaisance : il s’agit de pauvreté au sens où les prophètes en parlaient, de pauvreté comme état spirituel et non comme situation matérielle. La conscience de ce fait simple : tout ce qui t’appartient n’est à toi que de façon conditionnelle, jusqu’au moment où cela devient plus nécessaire à l’un de tes frères. La compréhension qu’il n’existe pas sur terre de propriété absolue : il n’y a ici qu’un droit d’usage, déterminé par des circonstances concrètes, des circonstances qui exigent de ne rien considérer comme sien et d’user de tout ce qui est nécessaire. Or c’est bien la projection de la vie du Royaume dans la société, une vie où il n’y a rien à soi, et s’il y en a, c’est une vie perdue. Celui qui veut garder sa vie pour lui-même la perd, comme le dit le Sauveur lui-même, tandis que celui qui la donne au Christ, en la faisant entrer dans le Royaume, la reçoit au contraire en retour dans une plénitude impensable dans le monde non transfiguré.
La vie communautaire des premiers chrétiens était une sorte de pratique de la vie du Royaume. Car il vaut mieux s’habituer à la vie nouvelle le plus tôt possible, afin qu’ensuite, lorsque le Royaume se révélera dans toute sa plénitude, on y entre aussi naturellement que cela est possible à l’homme déchu.
