RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Gn 44:1-34

Il existe aujourd’hui, comme il existait dans l’Antiquité, une compréhension pas toujours nette mais propre à tous les peuples: le semblable se rachète par le semblable. Tu as tué un homme, sois prêt à mourir. Tu as volé, sois prêt à rendre le vol au multiple. Et maintenant: comment pouvait-on racheter la vente de son propre frère comme esclave? D’une manière tout à fait évidente: en libérant son frère de l’esclavage, en devenant esclave à sa place. Quelque chose de semblable se produit après la mise en scène, ordonnée par Joseph, du «vol» de sa coupe par ses frères.

Il est évident que cette mise en scène fait partie du travail que Joseph mène avec ses frères. Il fallait bien leur faire sentir ce que c’est que d’être coupables sans faute, et cela de telle manière qu’il soit absolument impossible de se justifier, même si l’on a mille fois raison. Peut-être comprendront-ils ainsi mieux ce que Joseph a ressenti lorsque ses frères l’ont vendu aux marchands d’une caravane qui passait. Il est important de sentir cela, mais ce n’est pas assez. Il s’agit en effet d’un travail spirituel. Pour Joseph, il importe de comprendre quel choix feront ses frères lorsqu’ils devront décider quoi faire maintenant que leur cadet doit rester esclave en Égypte. La situation est le miroir de la sienne: lui aussi était promis à l’esclavage en Égypte sans aucune faute.

On pourrait dire que les frères ont encore eu de la chance: pour le «vol», le plus jeune d’entre eux encourait la peine de mort, et seule la miséricorde de Joseph le laissait en vie, quoique dans l’esclavage. Il en avait été de même autrefois pour Joseph lui-même: pour lui aussi, l’esclavage en Égypte était devenu une miséricorde, un remplacement de la mort qui paraissait déjà presque inévitable. C’est alors que Juda s’offrit comme esclave à la place de Benjamin.

Cette proposition tranche l’affaire: encore très peu de temps, et Joseph se révélera à ses frères; l’épreuve est terminée. Pourquoi précisément maintenant? Ce n’est pas difficile à comprendre: parmi les frères, il s’en est trouvé au moins un qui était prêt à racheter ce qui avait été fait à Joseph. Le racheter encore, bien sûr, au sens le plus habituel et traditionnel, mais même là se trouve déjà ce qui est présent dans tout rachat et sans quoi aucun rachat n’est possible par définition: la disposition à prendre sur soi les conséquences des actes d’autrui et des péchés d’autrui. Les prendre uniquement par amour, sans aucune contrainte. Désormais, le péché contre Joseph était racheté, et Joseph pouvait se révéler à ses frères.