RÉFLEXIONS. La Bible en cinq ans.

RÉFLEXIONS pour Gn 41:1-24

Le pharaon aussi voit des songes prophétiques. Dieu ne laisse personne sans soutien, et si une personne n'est pas capable de L'entendre autrement, Il utilise souvent les songes comme dernier moyen. Ici, toutefois, il importe de tenir compte de la différence entre le rêve en tant que tel et ce qu'on appelle d'ordinaire un «sommeil subtil»: un état intermédiaire entre le sommeil et la veille, pour lequel la Bible hébraïque possède un mot particulier.

L'état de «sommeil subtil» rappelle davantage les visions au sens propre, comme celles que voient les prophètes, tandis que l'homme vit le songe prophétique précisément comme un rêve: il ressemble à un rêve, même s'il présente avec lui certaines différences essentielles. La différence principale tient au fait que, pendant le songe, l'homme a une conscience très nette de lui-même; il ne perçoit généralement pas son état comme un sommeil, sans pour autant se réveiller (dans le cas du sommeil ordinaire, la seule pensée que l'on dort mène aussitôt au réveil). Souvent, pendant le songe, l'homme peut même se rappeler tel ou tel événement qui lui est arrivé à l'état de veille. De plus, pendant le songe, surtout prophétique, les sensations du dormeur sont d'ordinaire aiguisées, si bien qu'il vit tout ce qui lui arrive plus pleinement et plus clairement; les actions elles-mêmes, dans un tel songe, se révèlent tout à fait sensées. Elles peuvent, comme les tableaux qui se déploient alors, être étranges et inhabituelles, mais en même temps parfaitement logiques, et, à l'intérieur même de ces tableaux, tout à fait naturelles et organiques.

C'est précisément quelque chose de semblable que voit le pharaon, de même qu'auparavant l'échanson et le panetier, et Joseph lui-même aussi. Autre chose est de comprendre ce qui a été vu: ici, la logique seule ne suffit pas pour comprendre un songe; il faut le saisir dans toute son intégrité, le saisir directement, et non par réflexion. Une telle compréhension est impossible sans révélation; c'est pourquoi ceux qui voient des songes sont bien plus nombreux que les interprètes (il s'agit, bien sûr, de vrais interprètes, et non de fantaisistes fondés sur leurs propres associations assez arbitraires, comme celles dont regorgent les livres populaires des songes). C'est ainsi qu'il arriva qu'un interprète devint maintenant nécessaire au pharaon lui-même: il comprit aussitôt que ce qu'il avait vu n'était pas un rêve ordinaire, mais bien un songe prophétique.