RÉFLEXIONS pour Gn 35:1-29
Le récit de la seconde rencontre de Jacob avec Dieu est donné deux fois dans le Livre de la Genèse : dans le récit que Jacob en fait lui-même et comme partie d'une tradition épique expliquant l'origine du nom de Beit-El (Béthel), qui signifie en traduction « maison de Dieu ». Les philologues appellent ces traditions toponymiques ; elles apparaissent habituellement chez des peuples qui ne sont pas les habitants autochtones des lieux dont les noms figurent dans ces traditions. Les peuples locaux, autochtones, n'ont rien à expliquer : l'origine de n'importe quel nom géographique local leur est claire sans aucune tradition. Ceux qui sont venus de loin, en revanche, doivent s'expliquer pourquoi tels ou tels lieux s'appellent comme ils s'appellent. Surtout lorsque les nouveaux venus les renomment, leur donnant leurs propres noms pour remplacer les anciens.
Il en fut ainsi avec Beit-El, et cela témoigne du fait qu'au temps de Jacob, les descendants d'Abraham ne vivaient déjà plus depuis assez longtemps en Samarie, sur les terres où Abraham s'était établi lorsqu'il était venu de Mésopotamie en Palestine. Jacob et ses contemporains redécouvrent en quelque sorte ces lieux, revenant aux autels d'Abraham, les réaménageant et réoccupant les lieux qu'Abraham avait autrefois abandonnés. Cela devint possible parce que le nombre des descendants d'Abraham, les fils de Jacob, avait alors fortement augmenté. Peut-être commençaient-ils déjà à se trouver à l'étroit dans l'oasis de Beer-Shéva (Bersabée). Quoi qu'il en soit, une chose est évidente : Jacob revient en Samarie, sur la terre d'Abraham. L'auteur du Livre de la Genèse décrit ce retour comme une marche victorieuse, conservant probablement ici le pathos de la tradition épique qui se trouve à la base du récit. Ce pathos était très probablement lié aux promesses faites par Dieu déjà à Abraham. Les contemporains de Jacob devaient regarder leur retour en Samarie comme l'accomplissement de ces promesses ; un tel regard serait tout à fait compréhensible et naturel.
En tout cas, ils regardent Jacob comme un nouvel Abraham : on le voit ne serait-ce qu'à la ressemblance de la structure et de la logique des récits décrivant les théophanies liées au nom d'Abraham avec celles des récits décrivant les théophanies liées au nom de Jacob. Dans les deux cas, il y a deux rencontres : la première décrit la conclusion de l'alliance (dans le cas d'Abraham) ou son renouvellement (dans le cas de Jacob), avec les promesses correspondantes ; la seconde suppose des changements spirituels qui se produisent dans l'homme et dont le signe devient le changement de nom.
Et le nom de Dieu figure aussi dans les deux cas : à Abraham, Dieu le révèle ; Jacob, lui, le demande sans recevoir de réponse. Une telle perception des événements est compréhensible : les hommes cherchent souvent à hâter l'histoire. En réalité, des siècles passeront encore avant l'accomplissement des promesses de Dieu, des siècles de vie en Égypte et dans le désert. Ce n'est qu'après une nouvelle révélation, d'une importance sans précédent, que les promesses de Dieu s'accompliront. Jacob ne fait que commencer ce chemin ; d'autres l'achèveront.
