RÉFLEXIONS pour Gn 26:1-35
Les relations d’Abraham comme d’Isaac avec les habitants du pays ne furent pas simples du tout. Cela se comprend: la Palestine, à cette époque, était déjà assez densément peuplée. De plus, Abraham et Isaac se distinguaient des autres par leur religion: ils adoraient en effet leur Dieu, le Dieu d’Abraham. Leur Dieu ne ressemblait ni aux baals locaux, ni à El-Élyôn, que l’on vénérait alors à Jérusalem.
C’est très certainement cette circonstance qui finit par pousser Abraham à s’installer à Beer-Shéva. Là, comme en témoigne l’antique tradition reflétée dans la Bible, Isaac réussit à trouver un «puits d’eau vive»: c’est ainsi qu’on appelait à cette époque les sources qui, à la différence des puits ordinaires, pouvaient donner de l’eau en tout temps. Un puits ordinaire dans le désert n’est pas un puits foré en profondeur jusqu’à la nappe aquifère la plus proche, comme dans d’autres régions, mais une fosse dans la terre où s’accumulent l’humidité atmosphérique et l’humidité du sol. Pour que l’eau accumulée ne s’évapore pas, on couvrait le puits d’une grande pierre. De tels puits appartenaient toujours à un clan ou à une tribu; ils n’étaient jamais à personne, jamais sans propriétaire. La quantité d’eau y était toujours limitée, et voler l’eau d’autrui en vidant un puits qui ne t’appartenait pas constituait un crime grave, qui pouvait fort bien entraîner des affrontements intertribaux, voire une guerre sérieuse.
Une source vive, un «puits d’eau vive», réglait radicalement ce problème: la tribu à laquelle appartenait une telle source n’avait plus à s’inquiéter de l’eau. Il n’est pas étonnant qu’une telle découverte ait été perçue comme un don de Dieu. À Beer-Shéva, il existait alors une oasis qui devint le lieu de résidence des descendants d’Abraham jusqu’à leur départ pour l’Égypte.
Là, ils pouvaient adorer tranquillement leur Dieu, sans irriter personne par leur présence ni par leur religion. Parfois, sous Isaac puis plus tard sous Jacob, les descendants d’Abraham revenaient de nouveau pour peu de temps en Samarie, là où Abraham avait vécu aussitôt après son installation en Palestine; mais c’est bien Beer-Shéva, avec son oasis, qui demeura, après sa découverte par Isaac, une sorte de capitale du désert pour les descendants d’Abraham.
