RÉFLEXIONS. La Bible pour les débutants.

RÉFLEXIONS pour Mc 10:17-31

La question des biens est devenue périodiquement centrale dans l'histoire chrétienne, sinon pour tous, du moins pour beaucoup de chrétiens. Il est apparu des gens affirmant que le chrétien non seulement peut, mais doit nécessairement être pauvre, pauvre totalement et absolument, faute de quoi il devra oublier le salut et le Royaume.

Certaines des histoires racontées par les évangélistes peuvent réellement conduire à ce genre de pensées, surtout au premier regard. Or Jésus lui-même n'était pas complètement indigent : dans la communauté des disciples qu'il dirigeait, il y avait une caisse commune, mentionnée d'une manière ou d'une autre dans les quatre évangiles. Cette caisse, il est vrai, était gérée par Judas Iscariote, ce qui, sans aucun doute, a servi en tout temps d'argument supplémentaire aux partisans de la pauvreté totale et absolue. Pourtant, les apôtres eux-mêmes réagirent aux paroles du Sauveur sur la difficulté du salut pour le riche, et cela comme s'ils avaient tous été riches. S'il avait été question de richesse matérielle, d'argent ou de biens en général, ils n'auraient eu aucune raison de s'inquiéter ; mais il apparaît que les disciples comprenaient que le Maître avait en vue quelque chose de plus.

Certes, le jeune homme qui parlait avec Jésus était riche matériellement, mais l'affaire ne portait pas sur la richesse matérielle en tant que telle. Jésus répond simplement à la question posée : que me manque-t-il pour le Royaume ? C'est précisément cette question que le jeune homme pose à Jésus, attendant une réponse semblable à celles que donnaient alors souvent les savants rabbins et les maîtres de la Torah. Il pensait que, comme eux, Jésus lui proposerait quelque moyen particulier, une prière, par exemple, ou un exercice ascétique spécial, ou quelque secret lié à l'observance des normes et des règles de pureté rituelle, bref quelque chose qui lui permettrait d'entrer dans le Royaume. Il ne s'attendait pas à la simple réponse sur les commandements : « Tout cela, je l'observe depuis mon enfance ». Rien de particulier ; la plupart des Juifs orthodoxes pouvaient dire cela d'eux-mêmes. Le jeune homme, lui, cherche justement quelque chose de particulier ; il veut obtenir la clé du Royaume, et c'est elle qu'il cherche en allant de maître spirituel en maître spirituel.

Jésus, lui, ne peut lui proposer qu'une seule chose : la pauvreté totale. Non pas l'indigence au sens littéral, mais la pauvreté comme disponibilité à renoncer à ce que l'on considère comme sien. Dans le Royaume, personne n'a rien qui lui appartienne. Chacun use de tout ce dont il a besoin, mais ne s'approprie pas ce dont il use. Il ne s'y attache pas de coeur, lequel demeure libre. Cette tâche est plus difficile que le renoncement complet aux biens, et cette fois les disciples comprirent parfaitement leur Maître. Une telle pauvreté est affaire non pas tant humaine que divine, comme Jésus le leur dit.