RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Nb 15:1-41

Dans le Livre des Nombres reviennent souvent les mêmes normes et règles de pureté rituelle que nous trouvons dans le Livre du Lévitique, ainsi que la description du même ordre des sacrifices. Dans le Livre du Lévitique, toutefois, elles sont présentées de façon plus systématique ; dans le Livre des Nombres, en revanche, les règles et prescriptions correspondantes se trouvent dispersées dans différents chapitres et intégrées au contexte des événements historiques liés au cheminement du peuple depuis le Sinaï jusqu'à la terre promise. On pourrait dire que nous avons ici devant nous l'histoire de la Torah, l'histoire de l'apparition de telles ou telles prescriptions qui, dans le Livre du Lévitique, sont données systématiquement sous une forme pratique pour l'usage quotidien de ces textes par les prêtres. Il y a cependant encore autre chose, qui dépasse le cadre de l'histoire comme telle.

Le Livre des Nombres nous donne, entre autres, de voir comment la Torah entre dans l'histoire, et comment l'histoire engendre la Torah. La lapidation pour violation du sabbat, qu'est-ce donc ? Une cruauté inutile et absurde ? Un zèle religieux excessif ? Un formalisme obtus ? Dans certaines conditions, sans aucun doute. Mais dans les conditions d'un camp militaire ? La question n'est pas univoque. La discipline militaire est la discipline militaire ; dans l'armée, surtout lorsqu'elle mène des opérations, tout est beaucoup plus strict que dans la vie en temps de paix. Ici, il ne peut y avoir de relâchement : agir « au petit bonheur », dans l'espoir que tout s'arrangera, n'est pas permis en temps de guerre. La Torah est donc d'une rigueur extrême ? Peut-être. Du moins quand cela est nécessaire.

Dans d'autres situations, il en va autrement. À l'époque des guerres des Maccabées, par exemple, l'observance stricte du sabbat coûta la vie à certains des insurgés : ils refusaient de combattre, non pas, bien sûr, parce que Dieu interdit de prendre les armes, mais parce que le sabbat exclut toute activité. Et alors même, pendant les guerres des Maccabées, il fut décidé que la participation aux opérations militaires en temps de guerre ne constitue pas une violation du sabbat, car il peut y être question de vie humaine, qui importe davantage que les interdits rituels.

La Torah n'enferme pas la vie dans des cadres extérieurs rigides ; elle la forme de l'intérieur, elle la soutient comme une sorte de squelette spirituel sans lequel la vie de l'homme se répandrait comme une gelée. Ses manifestations concrètes peuvent être diverses, comme la vie même qu'elle oriente.