RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Nb 12:16-13:33

L'histoire des éclaireurs envoyés, décrite dans le livre des Nombres, pour apprendre tout ce qu'il était possible de savoir sur le pays qu'il fallait conquérir, montra une fois encore, et cette fois avec une entière certitude, que le peuple n'était prêt à aucune guerre. En effet: même à l'aspect des hommes revenus, traînant une lourde grappe de raisin, il était facile de deviner que personne ne les avait poursuivis, tout comme ils n'avaient rencontré aucune résistance particulière. Une telle situation rendait en principe tout à fait possible la conquête du pays peu après l'Exode.

Il suffisait seulement d'avancer depuis l'oasis de Qadesh-Barnéa, dans le Sinaï, où vivait alors le peuple qui avait fui l'Égypte, vers le nord, dans la région de Beer-Shéva, puis d'Hébron, située dans les contreforts méridionaux de la Judée. C'est précisément ce que firent les éclaireurs, sans rencontrer de résistance sérieuse; le chemin était donc ouvert, et tout le peuple aurait pu y passer, s'il n'avait pas eu peur. C'était justement dans ce «si» que se trouvait le problème principal. Le peuple avait peur, et les éclaireurs aussi avaient peur.

Sous l'effet de la frayeur, des hommes ordinaires peuvent paraître des géants, et des villages entourés de murets en pisé peuvent paraître des villes aux murailles «jusqu'aux cieux». La peur était tout à fait irrationnelle, mais on ne voulait pas l'avouer; alors entrèrent en jeu des «histoires terrifiantes» en partie «vues», en partie inventées en chemin. Le plus remarquable est que tout le peuple crut à ces récits, qu'il serait plus juste d'appeler des racontars, et s'apprêtait lui aussi à retourner plutôt en Égypte qu'à aller dans ce pays qui était tout proche, à portée de main.

Bien sûr, en pénétrant en Palestine par le sud, les conquérants auraient tôt ou tard dû affronter une résistance sérieuse des habitants locaux, mais en chemin, ce qui aurait pris un certain temps, ils auraient déjà pu apprendre quelque chose, y compris la guerre. La conquête de tout le pays n'aurait pas été une promenade facile, mais il était possible de s'établir dans les contreforts méridionaux de la Judée dès la vie de la première génération sortie d'Égypte. Si, bien sûr, les gens s'y étaient décidés. Ils ne s'y décidèrent pas, et la perspective d'entrer dans le pays s'éloigna, et de manière notable. Il fallait désormais attendre qu'une génération soit remplacée. Ainsi le choix des hommes corrige les plans de Dieu, et toujours pas dans le meilleur sens.