RÉFLEXIONS. Lectionnaire catholique.

RÉFLEXIONS pour Rm 15:14-21

En parlant de son ministère apostolique, Paul ne souligne pas par hasard qu'il n'a jamais prêché là où il y avait déjà des Églises nées grâce à la prédication d'autres témoins du Royaume (v. 20-21). Apparemment, pour Paul lui-même, un tel service était le signe qu'il témoignait précisément du Christ et du Royaume, et non de sa propre religion.

En effet, la prédication à ceux qui s'étaient déjà convertis pouvait facilement se transformer en prédication d'idées et de points de vue particuliers, d'autant plus lorsqu'il s'agissait d'une personnalité aussi brillante à tous égards que Paul. Il avait de quoi parler en dehors du Christ et du Royaume. Mais cela n'aurait été possible que s'il avait prêché à ceux qui avaient déjà accueilli le Christ. Dans ce cas, l'apôtre aurait effectivement pu, comme le faisaient d'autres prédicateurs, commencer à exposer ses propres vues et conceptions. Mais c'est précisément cela que Paul s'efforçait d'éviter de toutes ses forces, bien qu'il soit tout à fait évident que, s'il s'était agi de conceptions, il aurait pu en exposer à ses auditeurs une multitude qu'aucun autre n'aurait pu leur proposer.

Paul, lui, est extrêmement prudent en matière d'enseignements et d'exhortations ; il ne cherche pas à devenir maître ni guide spirituel pour ceux qui, il en est convaincu, n'ont besoin de rien de tel (v. 14-16). Il rappelle seulement aux membres de l'Église de Rome, comme à des frères, ce qui lui paraissait essentiel pour la vie spirituelle.

Mais, apparemment, une telle position par rapport à son propre ministère était importante pour Paul encore à un autre égard. Il savait manifestement très bien combien l'action de son témoignage était forte et combien sa parole comptait pour les chrétiens. Dans de telles circonstances, la simple apparition de l'apôtre aurait fort bien pu introduire un certain trouble dans la vie établie de l'Église, où il y avait naturellement ses propres maîtres, guides et prédicateurs. Une personnalité d'une telle stature aurait inévitablement attiré sur elle tous les regards et toute l'attention dans n'importe quelle Église, et Paul ne le souhaitait sans doute absolument pas : car une telle situation n'aurait été d'aucune utilité pour le Royaume ni pour le témoignage. L'apôtre préfère donc agir là où les circonstances mêmes limiteront son témoignage exclusivement au thème du Christ et du Royaume, et où il ne pourra en aucune façon, même involontairement, introduire le trouble dans la vie d'Églises déjà existantes. Comme il convient à un apôtre.