RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Lv 14:33-56

Il est prescrit de purifier de la lèpre non seulement l’homme, mais aussi la maison et les objets qui lui appartiennent. Au premier regard, il n’y aurait là que de l’hygiène, mais à y regarder de plus près, tout se révèle moins simple. Ces purifications font partie de tout un ensemble de normes et de règles de pureté rituelle.

Elles peuvent sembler être un tribut payé à des schémas religieux ; pourtant il ne s’agit pas seulement de formalités religieuses. Il faut plutôt parler de la pureté comme possibilité d’entrer en contact avec le sacré. En fin de compte, avec cette présence de Dieu qui se révélait dans la Demeure, puis plus tard dans le Temple. Elle exigeait de l’homme une disponibilité : d’abord la disponibilité à vivre d’une vie pleine. Or tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, était lié à la mort privait l’homme de cette plénitude.

Dans les temps préchrétiens, en effet, la mort était un départ vers le monde des ombres, vers le shéol, où il n’y avait pas de vie. Là, ce n’était pas la vie, mais une existence que l’on ne pouvait appeler vie que de façon très conditionnelle. Dieu n’y avait pas de place. Nous vivons aujourd’hui à une autre époque, celle du Royaume qui vient et qui, selon la parole du Sauveur, « s’est approché ». Aujourd’hui, l’achèvement du chemin terrestre suppose bien sûr toujours pour l’homme une rencontre avec la mort, mais celle-ci n’est plus toute-puissante ; désormais, la mort n’a sur l’homme que le pouvoir que l’homme lui permet d’avoir sur lui.

L’achèvement du chemin terrestre peut aujourd’hui parfaitement devenir pour l’homme la continuation de la vie, et cela dans une plénitude non moindre, mais plus grande que celle qu’il avait sur terre. Dans les temps préchrétiens, c’est précisément la mort qui régnait dans le monde, et l’achèvement du chemin terrestre signifiait tomber dans le monde d’une agonie continue, qui n’arrive jamais à son terme. Il en allait de même de tout ce qui était lié à la lèpre : il s’agissait précisément d’une mort en pleine vie, qui pouvait durer parfois des décennies.

Tout ce qui était lié à la mort et à l’agonie faisait obstacle à la sanctification, empêchait cette plénitude de vie que supposait la communion avec Dieu. C’est pourquoi les normes et les règles de pureté rituelle sont exposées si minutieusement dans le Lévitique : pour les hommes de l’époque préchrétienne, c’était une question de vie et de mort, une question de communion avec Dieu ou de son absence. Il n’est pas étonnant qu’on craignît la souillure comme le feu. Il arrivait bien sûr qu’elle devienne inévitable, mais même alors on cherchait à s’en purifier dès que cette nécessité disparaissait : autrement, la communion avec Dieu devenait impossible, et donc la vie perdait son sens pour le yahviste croyant.