RÉFLEXIONS pour Lv 14:1-32
Il est prescrit de purifier le lépreux guéri de sa maladie comme on purifie du péché. Plus précisément, non du péché lui-même, mais de ses conséquences : du péché, on ne peut que se repentir ; des conséquences du péché, il faut précisément être purifié. Que signifie une telle purification ? Pour un païen, la purification signifie avant tout une sorte de procédure hygiénique, non physique, mais psychique et psychosomatique. On supposait qu’il y avait dans le monde beaucoup de choses dont la psychophysiologie humaine pouvait souffrir si on les laissait agir sur la nature humaine.
On considérait habituellement comme purificateur ce qui était capable de secouer l’homme, d’agir sur son corps et son âme de manière à leur faire vivre un choc, plus ou moins grand. Au moment d’un tel choc, l’homme « secouait » en quelque sorte hors de lui tous les états psychophysiques stables imposés par des influences extérieures, éprouvant cela comme une purification, une libération à leur égard. Dans le yahvisme, tout n’était pas tout à fait ainsi.
Bien sûr, le séjour dans la présence de Dieu et l’aspersion par le sang sacrificiel étaient une action bouleversante sur la nature humaine, parfois bouleversante même au sens littéral. Cependant, dans ce cas, il y avait encore autre chose : l’action de la présence de Dieu sur l’homme pouvait restaurer l’état psychophysique qui était normal pour lui et qui lui permettait ensuite d’être sanctifié, au même autel, mais par un sacrifice distinct.
Les conséquences du péché détruisaient en effet avant tout les relations de l’homme avec Dieu ; elles les détruisaient parce qu’elles changeaient sa nature, l’adaptant au péché et à la mort plus qu’à la vie, et plus encore à la vie en présence de Dieu. La même chose se produisait lorsqu’un homme vivait pendant des années, voire des décennies, en mourant lentement de fait, comme vivaient les lépreux : leur nature se transformait, s’adaptant à la mort au lieu de s’adapter à la plénitude de la vie. Les rites de purification et les sacrifices devaient donc arrêter ce processus d’adaptation à la mort et le retourner en sens inverse, dans la mesure où un tel retournement était possible dans un monde où régnait la mort.
