RÉFLEXIONS. Lecture en trois ans.

RÉFLEXIONS pour Lv 13:1-28

Maladie et impureté, maladie et péché, le lien entre eux : voilà un thème ancien et controversé. Il y a encore relativement peu de temps (à l’échelle historique, bien sûr), la lèpre était considérée comme une maladie non seulement contagieuse, mais aussi impure, souillante. On se référait alors justement au Lévitique : tout y paraît sans équivoque. Pourtant, déjà à cette époque, et plus encore aujourd’hui, une question naturelle se pose : pourquoi précisément la lèpre ?

Oui, la lèpre est une maladie contagieuse, mais il en existe d’autres, tout aussi dangereuses : la peste, par exemple, ou la variole, ou le choléra, ou le charbon. Toutes ces maladies étaient connues dans l’Antiquité, mais, pour une raison donnée, c’est précisément la lèpre qui est particulièrement mise en avant dans le Lévitique. Si l’on réduit le problème à la médecine, à l’hygiène, aux mesures contre les épidémies, la question reste sans réponse. De quoi s’agit-il alors ?

Le choléra est une maladie mortelle, comme la peste et le charbon. Toutes tuent l’homme, parfois dans les souffrances, mais toujours assez vite. Souvent même aujourd’hui, lorsqu’il n’y a pas de soins médicaux appropriés. Pourtant, la mort en elle-même, dans l’Antiquité, n’était pas un si grand problème, aussi terrible que cela puisse sonner aux oreilles de notre contemporain. Dans l’Antiquité (et au Moyen Âge aussi), personne ne « vénérait la vie ». Les gens vivaient simplement, comme Dieu leur donnait de vivre. À leur heure, ils se réjouissaient ; à leur heure, ils souffraient ; à leur heure, ils naissaient ; à leur heure, ils mouraient.

Celui qui voulait sortir de ce cercle cherchait sa voie ; parfois il la trouvait, parfois non. Les émotions au sujet de la brièveté de la vie, de la proximité de la mort ou de quelque chose de ce genre étaient tenues pour superflues. On se réjouissait de joies concrètes, on s’attristait de peines concrètes, on souffrait de souffrances concrètes : chaque chose en son temps. Ce qui était vraiment considéré comme terrible et absurde, ce n’était pas la mort, mais la vie dans l’agonie.

Voilà pourquoi la lèpre est devenue le symbole précisément de quelque chose de semblable : la vie dans l’agonie. À peu près comme le cancer l’est devenu pour nous aujourd’hui, surtout lorsqu’il se prolonge longtemps, douloureusement, sans jamais finir ; mais le cancer était très rare dans l’Antiquité. La lèpre, elle, se rencontrait bien plus souvent qu’aujourd’hui dans notre monde, et elle était incurable. L’homme vivait en mourant, parfois pendant des décennies, et la question surgissait malgré lui : pourquoi ? Répondre à la question du péché humain dans un tel cas est presque impossible, du moins pour l’homme ; mais constater le fait de l’impureté est tout à fait possible. C’est ce qui fut fait, simplement d’après les faits. Comme tout à cette époque.